DE LA FILUTION DU GENRE HUMAIN
croient entendre la voix de celui qui vient de les jeter dans rhistoire. L'homme se fie d'abord à la sagesse du serpent, à la prudence du hibou. Ils ont paru avant lui dans le monde; ils sont ses aines dans la création; comment ne seraient-ils pas les interprètes et les confidents de la Divinité !
Ainsi conduits par des guides différents, les peuples arrivaient à la place que la Providence leur avait assignée à Ninive, Thèbes, Jérusalem, Athènes, Rome. Au milieu de tant d'empires dont les traces rapides s'effacent les unes par les autres, qui ne croirait que ces migrations sur la rosée du monde naissant n'ont point laissé de vestiges, ou qu'au moins la généalogie des races humaines est pour jamais perdue! Loin de là, cette généalogie du genre humain a été retrouvée hier par une découverte qui ne permet point de doute. Des monuments plus sûrs que des colonnes milliaires marquent d'âge en âge, non-seulement la filiation, la descendance, le degré de parenté des peuples, mais aussi leur itinéraire dans un temps où ils croyaient ne point laisser de témoins derrière eux. Ces monuments sont les langues humaines ; cette découverte est celle de l'affiliation des idiomes de l'Orient avec ceux de rOccident.
Si, en effet, les langues de notre Europe ont, comme il est impossible d'en douter, leurs racines dans celles qui ont été originairement parlées dans le bassin du Gange et du golfe Persique ; si celles d'Homère, de Cambyse, de David, de Valmiki, sont alliées l'une à l'autre ; si à l'extrémité même du Nord, vous retrouvez sous les neiges de l'Islande la fleur glacée de la parole asiatique, de même que les géologues ont retrouvé l'ivoire de l'éléphant dans les glaces de la Scandinavie et l'empreinte de la végétation de la zone torride tout près du pôle, il résulte évi-
demment de là que les peuples aujourd'hui les plus étrangers les uns aux autres ont vécu à Torigine dans une relation intime; qu'ils ont composé d'abord une grande famille, laquelle puisait la vie sociale à la même source; que leur chemin est indiqué par les vestiges et les échos de la parole qui relie tous les hommes, depuis le premier jusqu'au dernier, dans une même chaîne, tout ensemble physique et spirituelle. Interprétez comme vous le voudrez cette parenté dans les idiomes, toujours vous serez ramené à la nécessité d'une souche centrale de laquelle sont sortis les rameaux de cet arbre de vie que l'on appelle l'histoire. Et cette conclusion tirée de ce qu'il j a de plus intime dans le génie de l'homme, s'accorde pleinement avec les traditions primitives, qui toutes placent à l'origine de* chaque race une même société, une même humanité; en sorte que des peuples qui, depuis, avaient cru être séparés par toutes les circonstances de l'organisation sociale, subitement rapprochés, ne forment plus, aux yeux de la science et de la religion, qu'une même famille; leur parenté se découvre, comme dans Œdipe, à la fin de la tragédie.
DE l'institution RELIGIEUSE DE LA SOCIÉTÉ.
Sans rechercher où s'est faite cette première réunion des hommes sortis de la main de Dieu, soit qu'on place ce berceau dsns la vallée de Cachemire, ou, plus au nord, entre les sources de l'Indus et de l'Oxus, la question qui résulte de ce qui précède est de savoir comment d'une