XXVJ NOTICE
plus temps. Tout s'enchaîne avec une précision rigoureuse; les bases admises, tout doit obtenir Tassentiment d'un esprit qui sait raisonner.
Je ferai connaître d'abord le résultat de ce système, ce sera en montrer l'importance. Toutes nos idées, avait dit l'auteur dans son Essaie viennent de la sensation^ ou de la réflexion qui s'exerce sur les opérations de rdme. Toutes nos idées et toutes nos facultés^ dit-il maintenant, ne sont que la sensation elle-même^ transformée de diverses manières. Il n'est pas possible d'exprimer avec plus de force et d'indépendance tout ce que la doctrine des idées sensibles renferme de conséquences nécessaires. On se souvient que cette doctrine nous paraît exclusive et incomplète, et on peut croire que le Traité des sensations n'est pas sans erreurs à nos yeux; tel qu'il est, et relativement aux opinions de cette école , c'est l'ouvrage d'un grand esprit, mais d'un esprit qui a plus de suite et de pénétration que de hauteur et d'étendue. Il doit être médité par tous les amis de la science, parce qu'il est bien plus incompletqu'il n'est erroné , et parce qu'une allure franche et décidée plaît toujours à ceux que les aperçus timideç et les demi-systèmes fatiguent sans agrément et sans profit.
Je donnerai maintenant un court résumé de cette neuve et intéressante doctrine, et si j'essaie ensuite de la juger , je n'y reconnaîtrai pas moins l'œuvre d'un homme qui a eu la gloire de répandre sur une partie des connaissances humaines un jour que rien n'annonçait avant lui.
Afin de ne pas attribuer à un '$eps ce qui vient
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rl'un autre sens, Condillac suppose une statue bornée d'abord à un seul , à Todorat. Il étudie curieusement les degrés de connaissances qu'elle doit parcourir, à mesure que le nombre ou l'espèce des odeurs varie. Selon lui y elle ne se distingue pas de l'odeur qui laffecte, elle est cette odeur même; elle a cependant un moi y car elle est capable de mémoire , et son moi est la collection des sensations qu'elle éprouve et de celles que la mémoire lui rappelle. La capacité de sentir, tout entière présente à l'odeur, est Vatteri" lion , et de là naît l'état de souffrance ou de jouissance, le premier mobile des facultés. Cette forme nouvelle que prend la sensation devient tour à tour mémoire^ lorsque l'impression faite sur Torgane par les objets est retenue par V attention; comparaison ^\. jugement, lorsque \ attention s'applique à deux idées, et fait apercevoir le rapport qui les lie; ima^ gination, lorsque les choses passées non-s.eulement se retracent à la statue , mais se retracent avec tant de force qu'elles paraissent présentes; discernement y lorsque, par l'effet merveilleux de la liaison des idées, la statue reconnaît les sensations éprouvées antérieurement. Désir , passion , amour , haine , crainte, espérance, volonté, autant de sentimens qui naissent à la suite des besoins que la statue éprouve. Le désir est V action de ses facultés , lorsqu'elles se dirigent sur la chose dont elle sent le besoin; la passion, un désir Jîxe : l'amour, la haine, V espérance, la crainte, n'ont pas besoin d'être définis; la volonté n'est qu'wA^ désir absolu^ et tel^ que nous peiif :ions. qu'une chose désirée est en notre pouvoir.
XXviij NOTICE
La statue douée de telles facultés et capable de telles opérations, apprend successivement à ^^j^Amre, à concevoir le nombre , à se former quelque idée du possible , même de V impossible ; elle acquiert l'idée de durée passée^ à venir, celle Ae durée indéfinie y qui est pour elle l'idée d'éternité. U attention et le désir donnent naissance à tout le reâte. Être attentif et désirer ne sont, dans l'origine, que sentir; ainsi la sensation enveloppe toutes les facultés de notre âme.
Il suffit maintenant à Condillac de toucher légèrement la question de l'ouïe et celle dû goût, puisque toutes les facultés et un grand nombre d'idées se produisent dans sa statue à l'occasion des seules sensations d'odeur. Il s'arrête plus long -temps à Ut vue^ afin de prouver que rœîl ne juge pas par lui-même qu'il y a un espace hors de lui. Incapable de sacrifier la vérité à son amour- propre, il réfute courageusement ce qu'il avait dit à ce sujet dans son Essai sur V origine des connaissances; et La Harpe a remarqué avec raison qu'on est digne de trouver la vérité quand on la cherche avec tant de bonne foi.
Dans une seconde partie , il nous fait voir ce que lé toucher seul apprendrait à un homme privé de , l'usage des autres sens. La connaissance des objets extérieurs, les idées de solidité, de dureté, de cha* ^ leur, de figure, voilà ce que la statue devra spécialement au toucher. Toute cette portion de l'ouvrage est remplie d'une instruction véritable.
Se rapprochant de la réalité, Condillac examine
' comment le toucher, associé à chaque. sens tour à
tour, instruit l'odorat, l'ouïe, le goût et la vue à
SUR CONDILLAC. xxix.
juger des objets extérieurs, dont il est seul juge par lui-même. C'est surtout à Taction du toucher sur la vue qu'il applique son infaillible analise, et il restitue à celui-là des jugemens dont la vue avait eu faussement Thonneur.
Enfin, pour compléter ses recherches^ il consacre une dernière partie à considérer un homme isolé de toute société, et qui jouirait de tous ses sens. On doit comprendre que c'est là simplement une application simultanée de toutes les observations partielles renfermées dans le reste de louvrage. Gondilbc isole cet homme supposé, afin qu'aucun préjugé d'éducation n'exerce sur lui. d'influence, et il lui prête divers jugemens qui. ne sont pas toujours d'accord avec les îùgeQiens populaires. Il le fait douter même h il y a ae retendue^ et si ce n'est pas une simple apparence, une modification de l'âme, comme la couleur.
J'ai dît peu de choses des trois dernières parties , quoîl|ue la seconde, et la troisième surtout, soient dignes des plsifi grands éloges, et que la quatrième, irti peu arbitraire, puisse être lue encore avec beaucoup de fruit. Il vaut mieux , pour juger, s'arrêter aux principes <{u'aux conséquences d'une doctrine], et les. principes du Traité des sensations sont tous , contenus dans la première partie.
Voyons ce qu'on peut penser de ces principes : sont-ik confirmés par l'observation?
I II faut avouer que l'idée même qui a dicté cet ouvrage exclut l'emploi sévère de la méthode. Au ' lieu de commencer par observer les facultés et les idées qui sont dans l'âme humaine , ce qui aurait
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