‹ Œuvres ComplètesChapitre 12 sur 57 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE

conduit l'auteur à reconnaître plusieurs faits dont il ne dit rien, il se place hors de la réalité, et suppose rhomme statue, plutôt que d'étudier l'homme même. Une hypothèse qui explique les faits et tous les faits est admissible, quoique toujours conjecturale; mais celle qui explique seulement une partie des faits, et ne l'explique pas toujours bien, ne peut être légitime. Or, on a justement fait voir que Condillac a oublié , ou négligé du moins, un fait si important, qu'il suffirait pour fonder un autre système. Ch. Bonnet , que je cite encore, parce qu'il est disciple de Locke, et M. Laromiguière , dont la rare sagacité a dignement apprécié Condillac, le blâment tous deux de ''ne pas accorder assez à \ activité de Vdme, Le second de ces deux philosophes montre bien qu'il en a parlé plusieurs fois ; mais qu'importe , s'il n'en a pas fait un des fondemens indispensables de sa doctrine ? Je suis persuadé que Condillac sentait vaguement luimême que cette condition manquait à sa philosophie, mais ne pouvait la concilier avec la féconde influence qu'il attribuait à la sensation, complètement yE^o^^^Ve. J'en ai pour preuve la page 49 de son Traité^ oîi il dit que l'âme est passive quand elle éprouve une sensation, et active quand elle se la rappelle; et où, dans une note^ il établit un principe de nos actions, que nous sentons sans pouvoir le définir, et que nous appelons^oAre. Demandons-le au philosophe, qu'estce que cç\X^ force dont il parle si brièvement, puisque, selon lui, nos facultés ne sont que des métamorphoses de la sensation, toute passive? Qu'est-ce que cette mémoire active^ fruit de \'à passivité?

SUR GONDILLAG. XXXJ

Je regrette encore ici , comme dans Y Essai sur V origine des connaissances, que Condillac ait méconnu des idées qui sont àesjaits de l'esprit; mais j'ai assez parlé de cette omission, à propos du premier ouvrage.

Pouvons-nous aussi approuver cette transformation d'un phénomène de l'âme en toutes les facultés qui la manifestent? Comment V attention, qui est actii^e, la mémoire et V imagination volontaires, \e jugement et le discernement, non moins act^s que V attention, dériveraient -ils d'un état passif? Et la volonté, oii éclate le plus l'activité de l'âme, comment la tirer de la sensation? Une dissertation sur la liberté, imprimée à la suite du Traité des sensations . conatérB* des vérités dont ce traité ne renferme point loiig^bme ; et il est peu étonnant que Fauteur ait fait un ouvrage à part de ce qui devait être un chapitre du traité lui-même.

Je m'interdis plus de développemens. Je fais ici des remarques, et non un traité de philosophie.

Des conséquences très-diverses ont été déduites de cet ouvrage, trop remarquable pour, ne pas être défiguré par les commentaires les plus capricieux. Ce système conduit au matérialisme, ont dit les uns; il mène au spiritualisme le plus absolu, ont soutenu les autres. Quel parti embrasser entre des options si contraires?

Il serait bien injuste de rendre un écrivain respon* sable des conséquences plus ou moins forcées qu'on peut tirer de ses ouvrages, surtout lorsqu'il s'est élevé lui-même, à plusieurs reprises, contre les opinions

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