XXXI] NOTICE
dont on l'accuse. Nous pensons ^ avec M. Laromigui ère, qu'on qe peut, sans absurdité ou sans niauvause foi, nommer Condillac matérialiste. Mais encore une fois, la conséquence, inconnue à lui-même, qui sorte rigoureusement du Traité des sensations^ estelle le matérialisme ?
Nous nous déclarons, sans balancer, pour la négative.
A ne considérer que cette formule : Toutes les facultés de Vâme ne sont que la sensation trans^ formée y et cet aveu : \âme est passive quand elle éprouva une sensation^ d'où il est permis de conclure que \âme est toujours passive^ j'avoue qu'une telle conclosiite tient de près au matérialisme. On n'est pas loin l}J4^i«Èintir l'esprit quand on le suppose inerte et immobile, et de mettre tout l'homme dans les sens quand on y met toute l'action. Mais il serait très-peu philosophique de fermer les yeux sur les aveux d'un autre genre que laisse échapper Condillac, et sur l'invincible nécessité qui le force d'introduire l'âme active à l'instant même où il fait naître toutes les facultés de la; 'sensation. On n'est pas en droit de s'autoriser de ses principes, si l'on ne réussit à expliquer ses contradictions; et, puisque un système si bien Hé donne jour, malgré son auteur, à des traits qui l'affaiblissent, il serait plus raisonnable d'a^récier l'embarras de l'écrivain que de l'oublier. Des écrits faux et présomptueux peuvent donc seuls extraire le matérialisme d'un livre où les détails garantissent du danger des principes fondamentaux. ' h'étenduey a dit Condillac, n'est peut-être qu'une
SUR GONDILLAC. XXxiîj
apparence^ une modification de Tâme. Il s'ensuit que peut-être les corps n'existent pas réellement, et qu'ils sont pour nous que des apparences. Ainsi avait déjà raisonné le sceptique Berkeley. D'autres auraient pu donner le caractère d'un système à une opinion qu'avait hasardée Condillac. Comme la conséquence serait immédiatement déduite, ceux qui ont reproché au Traité des Sensations une tendance au spirituor lisnie exagéré ont eu raison en partie. Nous sommes de leur avis, s'ils entendent par esprit ce que Condillac entend lui-même : la collection de^ sensations éprouvées.
Cette définition, que je rappelle, explique pourquoi Condillac a subi la double et contradictoire imputation de matérialisme et de spiritualisme. D'un coté , ne reconnaissant pas comme- principe fondamental la force active de l'esprit; de l'autre, conjecturant que l'étendue peut être une simple apparence, il n'admet à la rigueur ni corps ^ ni esprit y mais seulement des sensations f matérielles^ en ce sens qu'elles viennent du dehors, et spirituelles^ en cet autre sens qu'elles ne représentent peut - être rien de réel. On ne peut nier que le matérialisme grossier de Saint- Jlambert ne vienne d'une interprétation étroite et fausse de cette doctrine, puisque Condillac reconnaît l'activité de l'âme, quoiqu'il ne sache pas s'en servir: on ne peut nier, d'autre part, qu'un spiritualisme insensé , tel que celui de Berkeley, ne puisse venir de la même source. Mais on ne doit pas exagérer unç conjecture, et d'une note faire une doctrine. I. c
XXXiv NOTICE
Malgré le& observations critiques que je me suis permises sur le Traité des Sensations ^ je répète ^t c'est, à mes yeux, l'un des ouvrages les plus utiles de Condillac, et cei^tainement delui où il a déployé le plus de ressources. L^envie lui disputa l'invention du cadre. On cite Diderot qui, dans ses Lettres sur les Aveugles et sur les Sourds- Muets , avait proposé , disait -on 9 la même méthode. Condillac fut irtîté, quoique philosophe ; il prouva que cette petisée lui était venue avant la publication des Lettres^ et que d'ailleurs ce que Diderot avait écrit, loin de lui suggérer, comme on affectait de le dire, tout ce que renfermait son bel ouvrage, n'avait rien de commun ^ excepté l'idée du sujet, avec le Traité des Sensations. L'envie risqua une seconde attaque ; elle prétendit que Buffon avait écrit sur les Sensations tout ce dont Condillac s'arrogeait la découverte. Plus sensible encore à ce reproche qu'au premier, Condillac répondit par un nouvel ouvrage; il donna, en lySS, son Traité des jâninïaux.
Trois opinions principales partagent les philosophes à l'égard des animaux. Les uns veulent qu'ils soient de pures machines , incapables méibe de sentir; d'autres, qu'ils sentent et ne pensent poittt; les troisièmes, qu'ils sentent et qu'ils pensent. Buffon avait pris quelque chose dé ces opinions diverses, et avait dit qne les animaux sont des automates sentons. Condillac lui reproche de n'avoir pas approfondi Tétude des sens, reproduit les principes du Traité des sensations^ et, s*arrêtant surtout aux connaissances