‹ Œuvres ComplètesChapitre 17 sur 57 · LIV NOTICE · texte numérisé non relu

LIV NOTICE

les énigmes, et, content de simplifier la méthode, il se propose toujours des résultats sérieux.

iJLa plupart des vérités et des erreurs qui composent sa métaphysique se reproduisent ici brièvement. La base des conceptions de Gondillac est toujours la même , la sensation ; mais il présente sous un nou- \^. veau jour, dans sa logique y une pensée souvent in- ^^'^ diquéè dans ses ouvrages, que la nature est lapre- ■ '^\ ' mière source de toutes nos connaissances; et il a soin de définir la nature : nos facultés déterminées par nos besoins. Aller du connu à l'inconnu , en suivant l'ordre de la génération des idées, et sans attacher aucun prix aux formes stériles du raisonnement scolastique, voilà l'unique règle qu'il établisse pour raisonner?

Après avoir rappelé , selon sa doctrine , comment cette génération s'opère, et développé, sur la mémoire principalement, des aperçus ingénieux et nouveaux, il s'arrête avec complaisance à la partie du langage, affirme encore que les langues sont des méthodes analitiques^ et appuie cette idée par une assertion très - philosophique , si on l'admet avec quelque restriction. C'est là qu'il écrit hardiment : UArt du raisonnement y et, en général, toute théorie d'une science, se réduit a une langue bien faite.'X

On ne peut nier que si la langue du raisonnement était toute conforme à l'analogie , s'il n'y avait point de mots indéterminés ou équivoques, l'art de raisonner ne devînt simple et facile. Chaque mot représentant son idée , et rien qu'elle-même , serait un précieux instrument d'observation ; les chances de

SUR CONDILLAG. LV

l'erreur seraient diminuées; que dis-je ? elles seraient anéanties. Obtiendra-t-on ce beau résultat?

La langue des mathématiques est parfaite ; pourquoi celle du raisonnement y ressemble-t-elle si peu? Question difficile au premier coup d'œil ; plus difficile quand on Ta quelque temps méditée.

Je me borne à une réflexion : la perfection de la langue mathémathique , l'imperfection de la langue logique, sont des faits. Avant donc de chercher comment la seconde pourrait valoir la première, seraitil superflu de se demandersi Tune n'est pas nécessairement parfaite, et lautre nécessairement imparfaite ? S'il était vrai que la certitude des mathématiques vînt du caractère de leurs rapports, toujours invariables, et indépendans des hommes et des choses, caractère que notre raison ne peut refuser d'admettre dès qu'elle s'en occupe, la langue ne serait que le résultat et non le principe de cette infaillible certitude. S'il était vrai , d'un autre côté , que l'homme , esprit et corps tout ensemble, ne raisonne souvent que sur des idées relatives à cette double nature , dont les rapports lui sont mal connus, il faudrait avouer que souvent le raisonnement a en lui - mên^e un germe inévitable de contradiction et d'équivoque: ceux qui voudront prendre la peine de relire ce que j'ai dit du matérialisme et du spiritualisme reprochés en même-temps à Condillac, achèveront ma pensée. Comme il part du phénomène le plus lié, pour ainsi dire, aux deux substances à la fois, ses raisonnemens participent des idées de l'une et de l'autre, et ses adversaires raisonnent à leur tour, opposés entre eux et

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