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CHAPITRE III

Comment la liaison des idées, formée par l'attention, engendre rimagination , la contemplation et la mémoire.

§ 217. On pourrait, à l'occasion de ce qui a été dit dans le chapitre précédent, me faire d^x questions : la première, pourquoi nous avons le pouvoir de réveiller quelques-unes de nos perceptions; la seconde, pourquoi, quand ce pouvoir nous manque, nous pouvons souvent nous en rappeler au moins les noms ou les circonstances.

Pour répondre d'abord à la seconde question, je dis que nous ne pouvons nous rappeler les noms ou les circonstances, qu'autant qu'ils sont familiers; alors ils rentrent dans la classe des perceptions qui sont à nos ordres , et dont nous allons parler en répondant à la première question, qui demande un plus grand détail.

§ 0(8. La liaison de plusieurs idées ne peut

DES GONNAISSAKGES HlTMAmES. 49

avoir d'autre cause que Fattention que nous leur avons donnée, quand elles se sont présentées ensemble : ainsi les choses n'attirant notre attention que par le rapport qu'elles ont à notre tempérament, à nos passions, à notre état, ou, pour tout dire en un mot, à nos besoins; c'est; une conséquence que Li même attention embrasse tout à la fois les idées des besoins et celles des choses qui s'y rapportent, et qu'elle les lie.

§ 29; Tous nos besoins tiennent les ims am^ autres , et l'on en pourrait considérer les perceptions comme une suite d'idées fondamentales^ auxiquelles on rapporterait tout ce qui fait partie de nos connaissances. Au-dessus de chacune s'élèveraient d'autres suites d'idées qui formeraient des espèces de chaînes, dont la force serait entièrement dans l'analogie des signes, dans l'ordre des perceptions et dans la liaison que les circons->tances qui réunissent quelquefois les idées les plus disparates auraient formée. A un besoin est liée l'idée de la chose qui est propre à le soujager; à cette idée est liée celle du lieu où cette chose se rencontre; à celle-^ci celle des personnes qu'on y a vues; à cette dernière les idée$ des plaisirs ou des chagrins qu'on en a reçus, et plusieurs autres. On peut même remarquer qu'à mesure que la chaîne s'étend, elle' se soudivise en différens chaînons; en sorte que plus on s'éloigne du premier anneau, plus les chaînons s'y multi- I. 4

$0 BâflAl.SUR I^'ORIGlNIi

plient^ Une première idée fimdamentale est liée^ à deux ou troi» autres; «chacune de ceUe»<i à un égal nombre^ ou même à un plut griaoïd, et ainsi de mite*

§ 3o. Les différente^ chaînes ou chsdnoDs que je suppose au-dessus de chaque idée fondameii^ tale^ feraient liés par la suite des idées fondamentales et par quelques anneaux qui sei'aienl vraisemblableiHent communs à plusieurs ; car les mêmes objets, et par conséquent les mêmes idées se rapportent souvent à différens besoins. Ainsi, de toutes nos contiaissances il ne se formerait qu'une seule et même chaîne , dont les chaînons se réuniraient à certains anneaux pour se séparer à d'autres.

§ 3^1. Ces suppositions admises, il suffirait, pour se rappeler les idées quon s'est rendues familières, de pouvoir donner son attention k quelques-unes de nos idées fondamentales auxquelles elles sont liéesw Qr cela se peut toujours, puisque, tant que nous veillons, il n'y a point d'instant où notre tempérament, nos passions et notre état n'occasionnent en nous quelques-unes de ces perceptions que j'appelle fondamentales. Nous réussirions donc avec plus ou moins de facilité, à proportion que les idées que nous vou* drions nous tetcacer tiendraient à un plus grand nombre de besoins , et y tiendraient plus immé« ' diatement. ' , .

DES COMNikiaSAirGES HUatAIITES. 5l

§ 3a. Les suppositions que je Tiens de ùite ne sont pas gratuites : j'en appelle à l'expéri^noev et je suis persuadé que chaoïm remarquera qu'il ne cherche à se resaouvenir d\iiie chose', que par le rapport qu'elle a aux cîroon^ances où il se trouve ) et qu'il y réussit d'autant plus facile^ ment que les circonstances sont en grand nondbrey ou qu'elles ont avec elle une Haiisoa plus immé^ diate. L'attention que nous donnons à une pei^^ ception qui nous affecte actuellement nqus en^ rappelle le signe : celui-ci en rappelle d^utres^ avec lesquels il a quelque rapport ; eès derniers' réveillent les idées auxquelles ils sont liés ; ces idées retracent d'autres signes ou d'autres idées ^ et ainsi successivement. Deux amis, par exemple, qui ne se sont pas vus depub long^temp^^ se ren^ contrent* L'attention qu'ils donnent à la sut*prisè' et à la joie qu'ik ressentent leur fait naître aassi^ tôt le langage qu'ils doivent se tenir. Ils dé plaignent de la longue absence où i^s ont éCé^ l'un de l'autre, s'entretiennent des plaisirs dont auparavant ils jouissaient ensemble , et de tout Ciéqui leur est arrivé depuis leur séparation. On voiti Êurileibent comlment toutes ces choses sont liées

* Je prends le mot de. ressouvenir oonforçuémoixt À l'mage^ c'est-à-dire pour le* pouvoir de réveiller les idées d'un objet absent, ou d*en rappeler tes signes. Aitisi, il se rapporte également à l'imagination et à la mémoire. - - '

5a , ESSAI SUR l'orioike '

entre elles, et à beaucoup d'autres. Voici encore un exemple.'

Je suppose que quelqu'un me fait sur cet ouvrage une diffîoilté à laquelle je ne sais dans le moôient de quelle manière satisfaire ; il est certsdn que si elle n'est pas solide, elle doit ellexnéû^ m'indiquer ma réponse. Je m'applique donc, à en considérer toutes les parties, et j'en trouve qui , étant liées avec quelques-unes des idées qui entrent dans la solutionque je cherche, ne manquent pas de les révéïUer : celles-ci, par Tétrpite liaison qu'elles ont avec les autres,' les > retracent successivement; et je vois enfin tout ce que j'ai à répondre. ^

D'autres exemples se présenteront en quantité à ceux qui voudront remarquer ce qui arrive dans les cer des. . Avec quelque rapidité que la conversation change de sujet , celui qui conserve son sang:froîd^ et qui connaît un peu le caractère de ceux qui parlent, voit toujours par quelle liaison d'idées oh passe d'une matière à une autre. Je^ me crois donc en droit de condure que le pouvoir de réveiller nos perceptions , leurs noms , ou leurs circonstances, vient. uniquement de la liaison que l'attention a mise entre ces choses et les besoins auxquels elles se rapportent. Détruisez cette liaison , vous détruisez l'imaginatiop. et la mémoire. , .

DES GONirÀISSANCSS HHTMAIlfES. 53

S 33. Tous les hommes ne peuTènt pas fier leurs idées avec uoe égale force , ni dam ime égalé <iuantité : Toilà pourquoi l'imagination et la mé^moire ne les servent pas tous également. Cette impuissance yient de là di£Eérente conformation des oif^anes, ou peùt^-étre ehcore de la -nature de l'âme : ainsi les raisons qu'on en pourrait donner sont toutes physiques » et n'appaMiennent pas À cet ouvrage. Je remarquerai seulement qile> les organes ne sont quelquefois peu propres à la liaison dfss idéçs,,qqe pour n'avpirpas été tassez exerces^. « . /, - .1 ■ l'-y; '

§ 34 lie po^xoir de liiçr nos idées a^ ises inoonvéniens comme ^s avantages. Pour les faire aper^ ce voir sensiblement,, je . suppose dwx «hommes : l'un^ chez qui les idées n'ont jamais pu.se lier ; l'autire, chez, qui elles se lient ;avec tant de fàci» lijté et t^nt de force, qu'il n'est plus te maitre tle les séparer. Le premier serait san^ imagination et sans mémoire, et n'aurait parconséquient l'exei^ cice. d'aucune des opérations qi^e ^eUesKsi^doivjent produire. Il serait . absôluo^ept linciipable de ré»* flexion; ce serait.^nîiœbécille./LeiSecond aurait trop de mémoire gt trop d'in^aginatkm, et cetexcèa produirait pr^qwei le wèïu^ dff^t; qu'une ^entière privation de. l'une et {1^: l'autrej.; Il aurait à peine l'eitercice de sa réfleaçion ; ce serait» un fou. Les idées les plus disparates étant* fortement j Uées dans son esprit, par la seule raison qu'elles se-

54 ^BGSAX SUR LVMUailfX

#Q)kt fstésmlsiém^megDûbie ^ A les jugsraît naturelitpgaeiU; Ué«8 :entre «ttes , «et tes mettrast Iw unes à la siAtt ém : atitm ., comme de jjoKtes oonsé*

.. fioAre^tâs deux eacéènoD pbul?rait $iipf>dd<^ un «tiUeu, où 8e trop d'ima^^mattoti et -de mémc^re ne n^irair pas à la solidHé de T^esprit, et où le trop pëtt ne nuirait pas à ses agrémens : peut-être ce mtiîeu eMvil ^ difficile que les plus grands génies ne «'y sottt encense Itrotivés qu'à peu près. Seloti qaedifîérens 'esprits Véti écartent, et tendent vers les extrémités opposées, ils ont des qtiâAitésptiistMa Moins inèo^aftibles , ptiîsqa'dles doèrent pltis ôiu nioins participer aux extréi!mté^ qni s^clu^êiit toâHi-rfait. Aih^i ceux: qui se rapprochent^de l'eactréHâité où l'imagination et la mémofre' dominent < perdent à proportion des ^lynatités <qui rendent nn esprit juste , oonséquent et méthodique; et Ceux qiA se rapprochent de lUnitfè ^extrémité perdent dans ta même ptopc»*tiionidesqitsrlitésqm concourent à l'agrément. Les ptiemiers écrivent avec plus de grâce , les aulnes avec pluB de '- suite- et plus de profbmleur. ■ On Toit novi-S€^lément comment la facilité de lier nos idéè!s produit l'imagiuiaiion , la contem^ ptîftîpn èC>kitti(émoire , mais encore comment elle iè^ le vrai principe de la peffec^on ou du vice ^ i ces opérations.

DES Q0]firAi3ft4NC«S UVMMJSfBS. SS

qjBAPlTBEÏV.

Que Tmage^es signes est la Traie cause des progrès de i'fmagioAtioai , delà ewit em ptoion et de la mémotoe. « »

rimagii^tioa, d^ la pQnjtfpq^^utiçm ^ jde. la iipér nipur^, M &ia; i:^h«rcber q«^l8'S«oo]]|R» Ot s ppÀcitions retirwt.de r«sag^4e^jSigiMs, : . , , , . § 35f Je di^t^ague trois ^rte» iik s^ii«$)« i^ U$ hig^ps;^(içà4^nt^hyO^ les abjfet$!qi]e'qi|j^k]uee ciH'

uues de no^ jdée$ , ea s^Hrt^ qu'iU ^sonj; ppopi^ à Ips iséveillcr ; ^^ k^ #ig»^ natm^ ; ou I09 cpis. ({4? la obture a établis pow i^ ^entimeios d^ joie > d^ i^nte^ d6 doutejJTj ete.; 3^ l^s^^igôei^ d'ia^i^tii^ toon, ou oe^x qu^ noii^ avions iK^uPr-ai^mes'clMiir sis , et qtii n'ont qu'un rapport [arbitraire 4WÇ

AOS id^« /ii * »

§ 36w Ce^ dig»q$ fte wnt pointnéa^waiires pour J':^fSPC¥3e des opâratiofM^ quipréçèdejo* la .?^ir ^teeeQPé ; car la peroc^rtiott et la-owas^iwe n^ peuYent amr lieu tant ^u'ôa e#t éfv^lé; e* J'^

tention n'étant que la con3CΫ0Qe.^qtti«9W^V€jp- 4H plus ptrticulièreïoent de la pffé$ênoe d'une pef^ptipn » il suffit , pour l'occdsioner, qu'un tobjôtîagiwçstfrie» senfiayec plus de yiyîacité que \m autres. Jjutsque^ les signes ne auraient i»opr,es

56 BssAi SUR l'obigiité

qu'à fournir des accasions plus frjéqtientes d'exercer l'attention.

§ 37. Mais si^posons un homme qui n'ait l'usagf; i^'aj^jçun sign^e arbitraire. Avec le >, seul secours dôsi [signes accidentels , 'son imagination et sa réminiscence pourront déjà avoir quelque dterdçe, c*est-à-dirë <ju'à la Vue d!un objet, la pertiepticln âvèè là^ùWllé' il est lié-poûrrà^àe réveiller, ^;qu'irl^pôurtât là reconnaître poui^ cfeïTe qu'il a déjà eue. Il 'fout cependant remarquer que cela ïilarriver^ qu'âiitànt qufe quelque causé étraligere ikii *aé!ttra-icet objet sous lès yeux. Quand il est -âb^nt i » i^hoïïifîne ' que je sap^wse ' n'a point de itniDj'ièn^ pour se rappeler de lui-même, puisqu'il iiri à i»a disposition auduûédes choses qui y pourraient étilediées. Il né dépend donc point de lui del réveiller l'idée (jui y est attachée : ainsi Fexer- T3idé de soh imagination n'est point encore en son j)aUvoir. • . •

§ 38. Quant aux cris naturels, cet homme les formera au&sitôt qu'il éprouvera les séntimens auxquels ik sont affectés ; mais ils ne seront pas dès la première fois dés signes à son égard, puis- -q^'au lieu de'lui réveiller des percejf)tions, ils'h'en Seront que dés stiites.

•' ' Lorsqu'il atira souvent éprouvé le même sentiment , et qu41 aura tout aussi souvent poyssé le ûr^' qui 'doit naturellement l'accompagner, Tun et i^autne se trouveront si vivement liés dans son

imaginatioti , qu'il n'entendra plus le cri qu'il

n'épr oUve le sentiment en quelque manière. C'est alors que ce cri sera tin signe; mais il ne donnera de l'exercice à l'imagination de cet homme que qtoild le hasard le lui fera entendre : cet exercice Ile sera donc pas plus à sa disposition que dans le- cas précédent, >

Il ne faudrait pas m^o'ppôser qu'il pourrait à la longue se Mrvrr de ces criis pour se retracer à son gré les sentimens qu'ils «xplriment. Je répondrais qu'alors ils cesseMvent d'être defr signes natul^éls , dont le caractète estjde faire connaître par euxmêmes ^ et indépenâàmtiient àvi chdix qu^ nous iie avons fait , l'impression que épqroUTons, eà oociiasic»iant quelque chose de isemblablQ chefi&iés autres : ce seraient des soris que det homme aurait choisis; comm6 n<>us avons faitt;eux> de crainte, de joie , etc. Ainsi il aurait l'usage de quelques signes d'institution, ce qui est «otitraire à la^uppitisitibn dans laquelle je raisontke^^tùelîement.

'§• 39. La mémoire, comme nous l'avons vu, ne consiste que dans le pouvoir de hotis rappelé!^ les signés <de' nos idées ou les' circonstances qui lés ont accompagnées; ^ ce pouvoir n'a- lieu qu'autant que, par l'aiiiàlogie des signes que nbus avons choôûsis, et par Uordre que nous avons inis ehlare nos idées, les objets que nous voulons -retracer tiennent à quelques-uns de nos besoins présens.

5S ESSAI SUR l'oBIGHTË .

Entin, nous ne saurions nous rappelçr UDa.cttp^ qn^^ut^Qt qu'elle est Ué^ p^ quelque «ncUroit à quelquçs-unçs de celles qui ^ont%^,notr^ 4î§posU^on. Oi* un hoii^m^ qw n'a que 4es ^ga^s acâiiçntels et des. lignes ntf ui^ls n*m a point, ifoi soient à se^ ovA^^^^f Ses besi9i«ts m p«uveiM:4(mc occasioner que l'exercice de son» JmHfffii^tiPU :

ainsi il doit étare «an* ow^çwire. i

, §4o^ De là on peàt cpniolure ^quie lea bétes n'ont point de niémoîra* et qu'elle» :u^ool; <p>'ime ina^g^nation dont elle» »e soiqA pi^ot wMtresMS d^ disposer* £U<^. ne se i!epa^e9tent »ne cboae ^bmnPs qu'autfmt que, dans kHroerveau^ l'ûunge en^esît étroiteineiM: liée & un objet présenl;. Ce n'<est^$Ja ménloire qui les conduit daps unlîeu oùf la veille, elles ont trouvé de là inounriture; Qiaiâ c'est que le;3entûnent.de la £ûm est m fort Uié^ai^eif les id^ de ce Ueu et dn cbemî» qui y .^làne, q!Uê.eeUa»-ci se réveillent aussitôt qu'elles l'épmuTent. Ce n'est pas la méiDoirequi les iait 4uir» devant les animaux qui leur font la. guerre ; iDai«iqufiques*unes de lew espèce ajant été dé- ;>v0]ré?s à leurs sreux, les cris dont, à ce speetade, .elle» ont 4ié frappées, ont réveitié dans leur àme les ^ntimena de douleur dont ib sotit les sigpes ïïmlmék , et elles ont fui. Lorsque ces aninaux mparaîaseiM:, ils retracent en elles Us laévaes mwtmçxiSf. parce qjne ces. sentîaïuBnfi, ayant été

DES qojshmssavcxs humaines. 59'

|>imfaute la pr^miène fois à leur occasion ^ la baison lett £iite. Elles tepreBùtnt àonc encore la faite.

Quant à celles qcd n'en auraient Jru périr aucnae de œtfeé maaière ^ on peut , avec fondement, suppoaer que leDirs mères, ou quelques autres, lt»<mU dam li» co«nmenœnie«s, engagées à foir ai^eo elles, en leur communiquant, par des cris, la frayeiur iqu'elies conserTent, et qui se réii<eille tonjours^à la vue de leur ennemi* Si l'oti: rejette 43(Miles ces euppostlions, je ne toîs pas ce qui pourrait les porter à prendre la fuilew

Peut-elaDe^me demandera-t^'On qui leur a appris à reconnaître les cris qui «ont les signes naturels ide la dcmleur? l'erpérience. Il n'y en ^ point qui n'ait ëprpUTié la douleur de bonpe heure , et qui , 5>ih: ocmséçpent, n'ait eu occasion d'en lier le cri avec le sentiment: Il ne faut pas s'imaginer qu'elles ne puissent foir qu'autant qu'ellesauraient nne idée précise du pâril qui ïei menacé : il suffit qutt les cris de tielles de leur espèce réveillent en eltefr le 'Selit liaient dHine doubleur quelconque.

$ 4*- On Voit qUe, si, foute de mémoiï«, les faénes ne petrvait pas, oomitie nous, sel rappeler d'elles-mêmes et à leur gré les perceptions qui sdMxt liées dans leur cerveau, l'imagination y supplée parfaitement; car, en leur retraçant les perceptions même des objets ^ibsens, elle tes met dans le cas de se ccmduire comme si elles avaient

6o ESSAI SUA l'oRIGINB

ces objets sous les yeux , et par**là de pourvoir â leur conservation plus promptement et plus su* rement que nous ne faisons quelquefois nousmêmes avec ie secours de la raison. Nous p6u- .TQOS nemârquer en nous quelque <^ôse de sem- .bl^bl^. dans les occa&ions ou la réflexiou serait jûTOp leute pour nous faire échapper à un danger. j^ la vue, par exemple, d^uu corps prêt à nous â<taser, l'imagination nous retrace l'idée dé la mott^ ou quelque chose d'approchaht^^et cette iidée nous porte aussitôt à évitier le coup qui ikhis menace. Nous péririons in&illiblement si^ dans êeâ momenè, nous n'avions que le secôiu^ de la Aiémoire et de la réflexio9»

'i')|)§ 4i2* L'wPgi'nAtioii produit zùéme souvent en

É^s: des. fsfE^ts qui plaràîtraiéot devoirrappartènir

jà la réflexion la plus présente. Quoique foit oo

)Ciapé8!^'iMi^idée V le^ objets qui nous environnent

iQoi^tiaueut d'agir, sur nos.^ns.:: le$ peirceptions

-qu'^lsj ocçasionept iCi^ réveillent -d'aiitréÀ aiix-

.q^^^eis^Ueç ^nt liées, et celles-ci déterminent

certains mouvemens 4^iis nQtrçi poi^ps^^i toulies

cespho^çs nous ^ffeptet>t .ipo^n^ vîvfiment iB[ue

il'idée quinoy^ppcu,pe,, elles ne pewrent nows en

• distraire, et par -là il arriva quç., ;sans réfléchir sur

ce que noiis faisons, .nous agissons de la ineme

manière que rsi notre çond^te était raisonnée :

il n'y jk personne qui ne l'ait éprouvé^ IJn.bdn^e

traverse Paris et éyite tçjus \^ embarras a^tec les

DES CONKA1SSAI9GI?S HUMAIITES. (>r

mêmes précautions que s'il ne pensait qu'à ce qu'il fait : cependant il est assuré qu'il était occupé de toute autre chose. Bien plus^ il arrive même souvent que, quoique notre esprit ne soit point à ce qu'on nous demande, nous y répondons exactement; c'est que les mots qui expriment la question sont liés à ceux qui forment la réponse , et que les derniers déterminent les mouvemens propres à les articuler. La liaison des idées est le principe de .tous ces phénomènes.

Nous connaissons donc par notre expérience , que l'imagination, lorsque même nous ne sommes pas maîtres d'en régler l'exercice, suffît pour expliquer des actions qui paraissent raisonnées , quoiqu'elles ne le soient pas : c'est pourquoi on a lieu de croire qu'il n'y a point d'autre opération dans, les bêtes. Quels que «soient les faits qu'on en rapporte, les homxnes en fourniront d'aussi surprenans, et qui pourront s'expliquer par le principe de. la liaison des idées.

§ 43. En suivant les explications que je viens de donner, on; se fait une idée nette de ce qu on 2Lppel\e. instincL.C est une imagination qui, à l'occasion d'un. objet» réveille les perceptions qui y sont immédiatement liées, et, par ce moyen, dirige sans le secours de Ic^ réflexion, toutes sortes d'animaux.

Faute d'avoir connu les. analis^ft^. que je? viens de faire.,, et. surtout ce que j'ai dit sur I? lia^ison

6a BssAi SU& i^^omoiirs

des idées y le» philosophes ont été fort embarrassés poaf expliquer Finstinct des bétes« 11 leur est arrivé , ce qui ne peut manquer toutes les fois qu'on raisonne sans être remonté k l'origine des choses ; je veux dite qu'iticapables de prendre tm juste milieu, ib se sont égarés dans les deux extrémités. Les uns ont mis l'instinct à o&té ou même au-dessus de la raison ; les autres ont rejeté l'instinct^ et ont pris les bêtes pour de purs auto*mates. Ces deux opinions sont également ridi* cules^ pour ne rien dire de plus. La ressemblance qu'il y a entre les bétes et nous prouve qu'elles ont une âme ; et la différence qui s'y rencontre prouve qu'elle est inférieure à la notre. Mes doa* lises rendent la chose sensible y puisque les opérations de l'âme des bêtes se bornent à la per* ception, à la conscience, à l'attention, à la réminiscence et à une imagination qui n'est point à leur commandement , et que la notre a d^autres opérations dont je vais exposer la génération.

§ 44* U faut appliquer à la contemplation ce que je viens de dire de l'imagination et de la mémoire , selon qu'on la rapportera à l'une ou à l'autre. Si on la fait consister à conserver les perceptions , elle n'a , avant l'usage des si^es d'institution , qu'un exercice qui ne ^ dépend pas de nous; et elle n'en a point du tout, si on la fait consister à conserver les signes mêmes.

§ 4^- Tant que l'imagination , la contemplation

DES OOmfAnSANCIM HUMiUITES. 63

et h[ méBéoite n'<mt point d'eitemce, ou qu^ les deux pftfnîères n'en ont qu'un dont on n'e^ pas maître, on ne peut disposer soi-même de son attention.. En effet, conunenten disposerait-on, pmsqne l'àme n'a point eneore d'opération à son pouvoir? Elle ne ira donc d'un objet à l'autre qu'autant qu'elle est entraînée par la force de l'impression qne les choses font sur elle.

§ 46, Mais aussitôt qu'un homme commence k attacher des idées à des signes qu'il a lui-même choisis, on voit se former en lui la mémoire. Celle-ci acquise , il commence à disposer par luimême de son imagination et à lui donner un nouvel exercice ; car, par le secours des signes qu'il peut rappeler à son gré , il réveille , ou do moins il peut réveiller souvent les idées qui y sont liées. Dans k suite, il acquerra d'autant plus d'empire sur son imagination , qu'il inven^ tera davantage de signes, parce qu'il se procurera un plus grand nombre de moyens pour l'eicercer.

Voilà où Ton commence à apercevoir la supériorité de notre âme sur celle des bêtes; car, d'un côté, il est constant qu'il ne dépend point d'elles d'attacher leurs idées k des signes arbitraires ; et de l'autre^ il paraît certain que cette impuissance ne vient pas uniquement de l'organisation*. Letir corps n'est-il pas aussi propre au langage d'action que le nôtre? Plusieurs d'entre elles- n'ont-elles pas tout ce qu'il faut pour l'articulation des soris?

64 JfSSAI^SDR l'oHIGIVE

Pourquoi donc, si elles étaient capables 4^ mêmes opérations que nous , n'en donneraient-belles pas des preuves?

Ces détails démontrent comment l'usage de différentes sortes de signes concourt aux progrès de l'imagination, de la contemplation et de la mémoire. Tout cela ya encore se développer davantage dans le chapitre suivant.

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