CHAPITRE XIII
De rëcritnrc ".
§ 127. Les hommes en état de se communiquer leurs pensées par des sons sentirent la nécessité d'im^ner de nouveaux signes propres à les perpétuer et à les faire connaître à des personnes
' Cette section était presque achevée qaand V Essai sur Ses Hiéroglyphes yiT9iàmt de Tanglais deM.Warburtlioii,metoiiiba entre les mains; ouvrage où l'esprit philosophique et Feradition régnent également Je vis avec plaisir que j^avais penaé.
DES COirNAISSAtrCBS HUMAINES» 3il
absentes ^. Alors Timagination ne leur réprésenta que les mêmes imagés qu'ils avaient déjà exprimées par des actions et par des mots , et qui avaient , dès les oommenoemens, rendu le langage figuré et métaphorique. Le inoyen le plus natu<^ rel fut donc de dessiner les images des choses. Pour exprimer l'idée d'un homme ou d'un cheval, on représenta la^forme de l'un ou de l'autre, et le pi^emier essai de l'écriture ne fut qu'une simple peinture.
§ laS. C'est vrais^nblablement à la nécessité de tracer ainsi nos pensées que la peinture doit son origine, et cette nécessité a sans doute concouru à conserver le langage d'action, comme celui qui pouvait se peindre le plus aisément.
§ 1 39. Malgré les inconvéniens qui naissaient de cette méthode, les peuples les plus polis de l'Amérique n-^ avaient pas su inventer de meilleure*. Les Égyptiens, plus ingénieux, ont été
comme son. auteur, que le langnge a dû, dés les oommencemensy être fort figuré et fort métaphorique. Mes propres réflexions m'i|v|iient ansjiî conduit à remarqtier.que récriture n'avait d'abord été qu'une simple peinture; mais je n'avais point encore tenté de découvrir par quels progsès on était arrivé à l'invention des lettres, et il me paraissait dîf&eiie d'y réussir. La chose a été pacfaitement eiécuKée par M. War* burthon ; j'ai cintrait de /ion ouvrage tout ce que j'en dis, ou à peu près.
' J'en ai donné les raisons , chapitre viz de cette section.
* Les sauvages du Canada n'en ont pas d'autre.
3l2 ESSAI SUR l'origine
les premiers à se servir d'une voie plas abrégée, à laquelle on a donné le nom d'hiéroglyphes ^. Il parait, par le plus ou moins d'art des méthodes qu'ils ont imaginées, qu'ils n'ont inventé les lettres qu'après avoir suivi l'écriture dans tous ses progrès.
L'embarras que causait l'énorme grosseur des volumes engagea à n'employer qu'une seule 6giure pour être le signe de plusieurs choses. Par ce moyen, l'écriture, qui n'était auparavant qu'une simple peinture, devint peinture et caractère, ce qui constitue proprement l'hiéroglyphe. Tel fut le premier degré de perfection qu'acquit cette méthode grossière de conserver les idées des hommes. On s'en est servi de trois manières qui, à consulter la nature de la chose, paraissant avoir été trouvées par degrés et dans trois temps di£Férens. La première consistait à employer la jMrin-
^ Les biéroglyplies se distinguent en propres et en symboliques. Les propres se subdivisent en cunologiqties et en tropiques. Les cnrioiogiques substituaient une partie an tout, et les tropiques représentaient une chose par une autre qui avait avec elle quelque ressemblance ou analogie connue. Les uns et les autres serraient à divulguer. Les hiéroglyphes symboliques servaient à tenir caché; on les distinguait aosM en deux espèces, en tropiques et en énigma tiques. Pour former les symboles tropiques, on employait les propriétés les moins connues des choses, et les énigmaliques étaient composés du mystérieux assemblage de choses différentes et de parties de divers animaux. Voyez l'Essai sur les Hierogfypkes, § ao et suiv.
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cipale circonstance d'un sujet pour tenir lieu du tout. Deux mains, par exemple, dont l'une tenait un bouclier et l'autre un arc, représentaient une bataille. La seconde, imaginée avec plus d'art,
consistait à substituer l'instrument réel ou meta-
phorique de la chose à la chose même. Un œil , placé d'une manière éminente, était destiné à représenter la science infinie de Dieu, et une épée représentait un tyran. Enfin on fit plus : on se servit , pour représenter une chose , d'une autre où l'on voyait quelque ressemblance ou quelque analogie; et ce fut la troisième manière d'employer cette écriture. L'univers, par exemple, était représenté parun.serpent, et.la bigarrure de; ses taches désignait les étoiles.
§ i3.o. Le premier obj^t de ceux qui imaginèrent les hiéroglyphes, fut de conserver .la mémoire des événemens, et de faire connûtre les lo^s, les règlemens> et tout ce qui a rapport aux matières civiles. On eut donc. soin, dans les commencemens, de n'employer que les figures dont l'analogie était le plus à la portée de tout le monde : mais cette méthode fit, donner dans le raffinement, à. mesure que les philosophes s'appliquèrent aux ipatières ,de spéculatioa. Aussitôt qu'ils crurent ayqir découvert dans les choses des qualités plus abstruses, quelques-uns, soit par singularité , ^soit pour cacher, leurs connaissances au vulgaire,.. se plurent à choisir pour caractère
3l4 ESSAI SUR l'origine t
des figures dont le re4)port aux <^oses qu'ils voulaient exprimer n^était point connu. Pendant quelque temps ils se l>ornèrent aux figures doat la nature offre des modèles ; mais par la suite elles ne leur parurent ni sufiâsantes ni assez commodes pour le grand nomlDâre d'idées que leur imaginfi^ion leur fournissait. Ils formèrent donc leurs hiéroglyphes de l'assemblage mystérieux de dioses df fiféventes , ou de partie de divers anùnaux : ce qui les rendit tout-à-fait énigmatiques.
§ i3i« Enfin l'usage d'exprimer lés pensées par des<figures analogues, «t le dessein d'en faire quelquefois'un searet et un mystère, engagea à représenter ies modes métiies»des substances par des images sensibles. On exprima la- fraadiise par un lièvre; l'impureté, ps(r«un bouc sauvage; l'impudence, par une mouche vl^ science, pahr une fourmi, etc. £n un mot, on imagina des marques symboliqfies pour toutes 4es choses qui n'ont point déformes. On^se contenta, dans ' ces occasions, d'un rapport qneloon^e-: c'est ta manière dont oh s'étaât déjà induit quand on donna des noms aux idées qui s'éloignent des sens.
§ i32. «Jusque-là rpmimal, on la chose qui oc servaità représenter, avait étédessiné àli notuoc rel. Mais lorsque l^étude de la philosophie, qui « avait occasioné l'écriture symbolique , eut porté «f les savatis d'Egypte à écrire beaucoup sur dite vers sujets, ce dessin exact , multipliant trop
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« les volumes, parut ennuyeux. On se servit donc, éc par degrés, d'un autre caractère , que nous pou- *c vons appeler l'écriture courante des hiërpgly-* fc phes. Il ressemblait aux caractères chinois ; et, <c après avoir d'abord été formé du seul contour « de la figure, il devint èda longue une sorte de « marque. L'effet naturel que produisit cette écritf ture courante fut de diminuer beaucoup de <c l'attention qu'on donnait au symbole , ^et de la « fixer à la chose signifiée. Par ce moyen l'étude ce de l'écriture symbolique se trouva fort abrégée, « n'y ayant alors presque autre chose à faire qu'à « se rappeler le pouvoir de la marque symbole lique ; au lieu <]u'auparavaDt il fallait être ins- «c truit 'des propriétés àe la chose ou de l'animal « qui était employé comme eynibole. En un mot, a cela réduisit cette sorte d'écritureà l'état où est <c présentement celle des Chinois. »
% >i33. Ces caractères ayant essuyé autant de variations, il n'était pas aisé de reconnaître comment ils provenaient d'une écriture qui n'avait été qu'une simple peinture. C'est pourquoi quelques savais sont tombés dans l'erreur 4e croire que l'écriture des Chinois n'a pas isommencé : cqpime celle des Égyptiens.
§ i34. « ¥oilà i'hiàtoire gén&?ale de l'éoritare, f< conduite par une gradation isdmple, depuis l'ér «c tat de la peinture jusqu'à celui de4a lettre; car « les lettres sont les derniers pas qui restent à
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«c faire après les marques chinoises, qui, d'un « côté, participent de la nature des hiéroglyphes <f égyptiens, et, del'^utre, participent des lettres <c précisément de même que les hiéroglyphes parce ticipaient également des peintures mexicaines et « des caractères chinois. Ces caractères sont si a voisins de notre écriture , qu'un alphabet dite minue simplement l'embarras de leur nombre, « et en est l'abrégé succinct. »
§ i35. Malgré tous les avantages des lettres, les Egyptiens, long -temps après qu'elles eurent été trouvées, conservèrent encore l'usage des hiéroglyphes; c'est que toute lascience de ce peuple se trouvait confiée à cette sorte d'écriture. La vénération qu'on avait pour les livres passa aux caractères dont les savans perpétuèrent l'usage. Mais ceux qui ignoraient .les sciences ne furent pas tentés de continuer de se servir de cette écriture. Tout ce que put sur eux l'autorité des savans, fut de leur faire regarder ces caractères avec respect, et comme des choses propres à embellir les monumens publics, où l'on continua de les employer. Peut - être même les prêtres égyptiens voyaient-ils avec plaisir que peu à peu ils se trouvaient seuls avoir la clef d'une écriture qui conservait les secrets de la religion. Voilà ce qui a donné lieu à l'erreur de ceux qui se sont imaginés que les hiéroglyphes renfermaient les plus grands mystères.
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§.i36. « Par ce détail on voit comment il est « arrivé que ce qui devait son origine à la néces- «c site , a été dans la suite employé au secret et a <r été cultivé pour l'ornement. Mais, par un effet « de la révolution continuelle des choses , ces a mêmes figures , qy i avaient d'abord été inven- (c tées pour la clarté, et puis converties en mys- « tères, ont repris à la longue leur premier usage. <c Dans les siècles florissans de la Grèce et de Rome, « elles étaient employées sur les monumens et sur « les médailles , comme le moyen le plus propre à ce faire connaître la pensée : de sorte que le même a symbole qui cachait en Egypte une sagesse procc fonde, était entendu par le simple peuple en « Grèce et à Rome. »
§ 137. Le langage, dans ses progrès, a suivi le sort de l'écriture. Dès les commencemens , les figures et les métaphores furent, comme nous l'avons vu, nécessaires pour la clarté : nous allons rechercher comment elles se changèrent en mysr tèrés, et servirent ensuite à l'ornemçnt, en finissant^ par être entendues de tout le monde.
3ld ESSàl SDR l'oRIGINB