‹ Œuvres ComplètesChapitre 50 sur 57 · CHA^PITRE XIV · texte numérisé non relu

CHA^PITRE XIV

De l'orîgtne de la fable , de la parabole et de Ténigme , aTec ^ qœlqaeft détails sur l'iuage des figures^ et des métaphores'.

§j3j3. Par tout ce q^i a étédi|t, il est évident que, dans l'origine des langues, c'était luie nécessité pour les hommes de joindre le langage d'action à celui dnîs sops articulés, et de ne parler qu'avec des images sensibles. D'ailleurs les connaissances aujourd'hui les plus communes étaient si subtiles, par rapport à eux, qu'elles, ne pouvaient se trouver à leur portée qu'autant qu'elles se rapprochaient des sens. Enfin, l'usage des conjonctions n'étant pas connu, il n'était, pas encore possible de^ faire des raisonnemens. Ceux qui voulaient , par exemple , prouver combien il est avantagjeu^^ d'obéir aux loi^ , ou de suivre les conseils des personnes plus e,xpérimentées, n'avaient rien de plus simple que d'imaginer des faits circonstanciés : l'événement qu'ils rendaient contraire ou favorable , selon leurs vues, avait le double avantage d'éclairer et de persuader. Voilà l'origine de l'apologue ou de la fable. On voit que son premier objet fut l'instruction, et que, par conséquent , les sujets en furent empruntés des choses les plus

' La plus grande partie de ce chapitre est encore tirée dm V Essai sur les Hiérogfyphes.

D£S CONNAISSANCES HlîMAINES. Sig

{amilières, et dont l'analogie était plus sensible : ce fut d'abord parmi les hommes , ensuite parmi les bétes , bientôt après parmi les plantes ; enfin, l'esprit de subtilité, quide tout temps a eu ses partisans, engfigea> à puiser dans les sources les plus éloignées. On étudia les propriétés les plus singulières des êtres pour en tirer des allusions fines et délicates; de sorte que la fable fut , par degrés , cbangéeen parabole^ enfinrendue myistérieuse au point de n'être plus^ qu'une énigme. Les énigmes devinrent d'autant plus à la mode que les sages, ou ceux qui; se donnaient pour tels, crurent devoir cacher aii' vulgaire une partie de leurs connaissances. Par<-là le langage imaginé pour la clarté fut changé en. mystère. Rien ne retrace mieux le goût des prefflEiiers siècles que les homines qui n'ont aucune teinture des lettres : tout ce qui est figuré et. métaphorique leur plaît , quelle qu'en soit l'obscurité ; ils ne soupçonnent pas qu'il y ait dans ces occasions quelque choix à faire.

§ 139. Une autre cause a encore concouru à rench^ le style de plus en plus figuré , c*est l'usage ^e^ >

de» hiéroglyphes. Ces deux manières de commuxiîquarnos pensées ont du nécessairementânfluer l'une sur l'autre'; Il étajit n&turel, en parlantd'une

' Yo^ez dans M. Warburthon le parallèle ingénieux qu'il ^iait entre l'apologue , la parabole, Ténigme, les figures et les mnétaphores d'un côté , et les différentes espèces d'écriture de I*auire.

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chose , de se servir du nom de la figure hiérogly" phique qui en était le symbole, comme il l'avait été à l'origine des hiéroglyphes de peindre le§ figures auxquelles l'usage avait donné cours dans le langage. Aussi trouverons-nous « d'un côté que «( dans l'écriture hiéroglyphique, le soleil, la lune <r et les étoiles , servaient à représenter les états , « les empires, les rois, les reines et les grands ; « que l'éclipsé et l'extinction de ces luminaires « marquaient des désastres temporels; que le feu « et l'inondation signifiaient une désolation pro- « duite par la guerre ou par la famine ; et que les <r plantes et les animaux indiquaient les qualités « des personnes en particulier, etc. Et , d'un coté, « nous voyons que les prophètes donnent aux «c rois et aux empires les noms des luminaires cecr lestes ; que leurs malheurs et leurs renverse- « mens sont représentés par l'éclipsé et Textincc( tion de ces mêmes luminaires; que les étoiles «c qui tombent du firmament sont employées à a désigner la destruction des grands ; que le fonce nerre et les vents impétueux marquent des in- <!r vasions de la part des ennemis ; que les lions « a les ours, les léopards, les boucs et les aitees <c fort élevés désignent les généraux d'armées, les tf conquérans et les fondateurs des empires. En <K un mot , le style prophétique semble être un c( hiéroglyphe parlant. »

§ i4o. A mesure que l'écriture devint plus

DES CONNAISSANCES HUMAINES. 3» t

simple, le style le devint également. En oubliant la signification des hiéroglyphes, on perdit peu à peu l'usage de bien des figures et de bien des métaphores; mais il fallut des siècles pour rendre ce changement sensible. Le style des anciens Asiatiques était prodigieusement figuré : on trouve même , dans les langues grecque et latine , des traces de l'influence des hiéroglyphes sur le langage'; et les Chinois, qui se servent encore d'un caractère qui participe des hiéroglyphes , chargent leurs discours d'allégories, de comparaisons et de métaphores.

§ 1 4 1 • Enfin, les figures, après toutes ces révolu* tions, furent employées pour l'ornement du discours, quand les hommes eurent acquis des connaissances assez exactes et assez étendues des arts et des sciences pouren tirer des imagesqui, sans jamais nuire à la clai*té, étaient aussi riantes, aussi nobles , aussi sublimes que la matière le demandait. Par la suite , les langues ne purent que perdre dans les révolutions qu'elles essuyèrent. On trouvera même l'époque de leur décadence dans ces temps \ où elles paraissent vouloir s'approprier de plus grandes beautés. On verra les figures et les métaphores s'accumuler et surcharger le style d'ornenemens, au point que le fond ne paraîtra plus

* Jnnus, par exemple, y'ientd* Annulas , parce que Tannée retourne sur elle-même.

3 a 2 ESSAI SUR l'oKIGIITC

que l'accessoire. Quaml ces momens sont arrivés, on peut retarder, tnaÀs on ne saurait empêcher laohute d'ime langue. Il y a dans les choses mora* les, comme dans les physique^, un dernier accroissement après lequel il faut qu'.elles dépérissent. C'est ainsi que .les figures et les métaphores , d*abord inventées par nécessité , ensuite choisies pour servir au mystère, sont devenues l'ornement <lu discours lorsqu'elles ont pu être employées avec discernement ; et c'est ainsi que, dans la décadence des langues , elles ont porté (es premiers coups par l'abus qu'on en a fait.

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