‹ Œuvres ComplètesChapitre 53 sur 57 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la manière de déterminer les idées ou leurs noms.

§11. C'est un avis usé et généralement reçu que celui qu'on donne de prendre les mots dans le sens de l'usage. En effet, il semble d'abord qu'il n'y a pas d'autre moyen , poin* se faire entendre , que de parler comme les autres. J'ai cependant cru devoir tenir une conduite différente. Comme on a remarqué que , pour avoir de véritables connaissances , il faut recommencer dans les sciences sans se laisser prévenir en faveur des opinions accréditées, il m'a paru que, pour rendre le langage exact, on doit le réformer sans avoir égard à l'usage. Ce n'est pas que je veuille qu'on se fasse une loi d'attacher toujours aux termes des idées toutes différentes de celles qu'ils signifient ordinairement : ce serait une affectation puérile et ridicule. L'usage est uniforme et constapt pour les noms des idées simples , et pour ceiix de plusieurs notions familières au commun des

hommes; alors il n'y faut rien changer : mais, lorsqu'il est question des idées complexes qui appartiennent plus particulièrement à la métaphysique et à la morale , il n'y a rien de plus arbitraire, ou même souvent de plus' capricieux. C'est ce qui m'a porté à croire que, pour donner de la clarté et de la précision au langage, il fallait reprendre les matériaux de nos connaissances, et en faire de nouvelles combinaisons, sans égard pour celles qui se trouvent faites.

§ I a. Nous avons vu , en examinant les progrès des langues , que l'usage ne fixe le sens des mots que par le moyen des circonstances où l'on parle '. A la vérité, il semble que ce soit le hasard qui dispose des circonstances; mais, si nous savions nousmêmes les choisir, nous pourrions faire dans toute occasion ce que le hasard nous fait faire dans quelques-unes, c'est-à-dire déterminer exactement la signification des mots. Il n'y a pas d'autre moyen pour donner toujours de la précision au langage , que celui qui lui eii a donné toutes les fois qu'il en a eu. H faudrait donc se mettre d'abord dans des circonstances sensibles, afin de faire des signes pour exprimer les premières idées qu'on acquerrait par sensation et par réflexion ; et, lorsqu^en réfléchissant sur celles-là , on en acquerrait

> Seconde partie, sect. i, cliap. ix.

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de nouvelles , on ferait de nouveaux noms dont on déterminerait le sens en plaçant les autres dans les circonstances où Ton se serait trouvé , et en leur faisant £aire les mêmes réflexions qu'on aurai^ faites. Alors les expressions succéderaient toujours aux idées : elles seraient donc claires et précises , puisqu'elles ne rendraient que ce que chacun aurait sensiblement éprouvé.

§ 1 3. £n effet , un homme qui commencerait par se faire un langage à lui-même , et qui ne se proposerait de s'entretenir avec les autres qu'après avoir fixé le sens de ses expressions par des circonstances où il aurait su se placer , ne tombe-" rait dans aucun des défauts qui nous sont si ordinaires. Les noms des idées simples seraient clairs, parce qu'ils ne signifieraient que ce qu'il apercevrait dans des circonstances choisies : ceux des idées complexes seraient précis , parce qu'ils ne renfermeraient que les idées simples que certaines circonstances réuniraient d'une manière déterminée.£nfin,quandilvoudraitajouteràsespremières combinaisons, ou en retrancher quelque chose, les signes qu'il emploierait conserveraient la clarté des premiers , pourvu que ce qu'il aurait ajouté ou retranché se trouvât marqué par de nouvelles circonstances. S'il voulait ensuite faire part aux autres de ce qu'il aurait pensé , il n'aurait qu'à les placer dans les mêmes points de vue

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où il s'est trouvé lui-même lorsqu'il a examiné les signes , et il les engagerait à lier les mêmes idées que lui aux mots qu'il aurait choisis.

§ i4* Au reste, quand je parle de faire des mots , ce n'est pas que je veuille qu'on propose des termes tout nouveaux. Ceux qui sont autorisés par l'usage me paraissent d'ordinaire suffîsans pour parler sur toutes sortes de matières. Ce serait même nuire à la clarté du langage que d'inventer, surtout dans les sciences, des mots sans nécessité. Je me sers donc de cette façon de par- \ev^ faire des mots , parce que je ne voudrais pas qu'on commençât par exposer les termes, pour les définir ensuite, comme on fait ordinairement; mais parce qu'il faudrait qu'après s'être mis dans des circonstances où l'on sentirait et où l'on verrait quelque chose , on donnât à ce qu'on sentirait et à ce qu'on verrait un nom qu'on emprunterait de l'usage. Ce tour m'a paru assez naturel , et d'ailleurs plus propre à marquer la différence qui se trouve entre la manière dont je voudrais qu'on déterminât la signification des mots et les définitions des philosophes.

§ 1 5. Je crois qu'il serait inutile de se gêner dans le dessein de n'employer que les expressions accréditées par le langage des savans : peut-être même serait -il plus avantageux de les tirer du langage ordinaire. Quoique l'un ne soit pas plus exact que l'autre , je trouve cependant dans ce-

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lui -ci un vice de moins. C'est que les gens du monde, n'ayant pas autrement réfléchi sur les objets des sciences , conviendront assez volontiers de leur ignorance , et du peu d'exactitude des mots dont ils se servent. Les philosophes, honteux d'avoir médité inutilement , sont toujours partisans entêtés des prétendus fruits de leurs veilles.

§16. Afin de faire mieux comprendre cette méthode , il faut entrer dans un plus grand détail, et appliquer aux différentes idées ce que nous venons d'exposer d'une manière générale. Nous commencerons par les noms des idées simples.

L'obscurité et la confusion des mots. viennent de ce que nous leur donnons trop ou trop peu d'étendue , ou même de ce que nous nous en servons sans leur avoir attaché d'idée. Il y en a beaucoup dont nous ne saisissons pas toute la signification ; nous la prenons partie par partie , et nous y ajoutons ou nous en retranchons : d'où il se forme différentes combinaisons qui n'ont qu'un même signe, et d'où il arrive que les mots ont dans la même bouche des acceptions bien différentes. D'ailleurs, comme l'étude des langues, avec quelque peu de soin qu'elle se fasse, ne laisse pas de demander quelque réflexion, on coupe court, et l'on rapporte les signes à des réalités dont on n'a point d'idées. Tels sont, dans le langage de bien des philosophes, les termes èiêtre , de subs-

tance, d'essence, etc. Il est évident que ces défauts ne peuvent appartenir qu'aux idées qui sont l'ouvrage de l'esprit. Pour la signification des noms des idées simples , qui viennent immédiatement des sens, elle est connue tout à la fois; elle ne peut pas avoir pour objet des réalités imaginaires, parce qu'elle se rapporte immédiateme;nt à de simples perceptions, qui sont en effet dans l'esprit telles qu'elles y paraissent. Ces sortes de termes ne peuvent donc être obscurs. Le sens en est si bien marqué par toutes les circonstances où nous nous trouvons naturellement, que les enfan»

mêmes ne sauraient s'y tromper. Pour peu qu'ils soient familiarisés avec leur langue, ils ne confondent point les noms des sensations , et ils ont des idées aussi claires de ces mots, blanc, noir, rouge j mouvement, repos, plaisir, douleur, que nous-mêmes. Quant aux opérations de l'âme, ils en distinguent également les noms, pourvu qu'elles soient simples , et que les circonstances tournent leur réflexion de ce côté; car on voit, par l'usage qu'ils font de ces mots, oui, non, je veux^ je ne veux pas, qu'ils en saisissent la vraie signification.

§ 17. On m'objectera peut-être qu'il est démon* tré que les mêmes objets produisent différentes sensations dans différentes personnes; que nous ne les voyons pas sous les mêmes idées de gran-

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deur; qiie nous n'y apercevons pas les mêmes couleurs, etc.

Je réponds que , malgré cela , nous nous entendrons toujours suffisamment par rapport au but qu'on se propose en métaphysique et en morale. Pour cette dernière, il n'est pas nécessaire de s'assurer, par exemple, que les mêmes châtimens produisent dans tous les hommes les mêmes sentimens de douleur, et que les mêmes récompenses soient suivies des mêmes sentimens de plaisir. Quelle que soit la variété avec laquelle les causes du plaisir et de la douleur affectent les hommes de différent tempérament, il suffit que le sens de ces mots, plaisir^ douleur^ soit si bien arrêté, que personne ne puisse s'y méprendre. Or, les circonstances où nous nous trouvons tous les joiirs ne nous permettent pas de nous tromper dans l'usage que nous sommes obligés de faire de ces termes^

Pour la métaphysique, c'est assez que les sensations représentent de l'étendue, des figures et ,des couleurs. La variété qui se trouve entre les sensations de deux hommes ne peut occasioner aucune confusion. Que, par exemple, ce que j'appelle bleu me paraisse constamment ce que d'autres appellent ver/, et que ce que j'appelle -vert me paraisse constamment ce que d'autres appellent bleii^ nous nous entendrons aussi bien que quand nous dirons, les prés sont vêrts, le ciel est

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bleUf que si, à l'occasion de ces objets, nous avions tous les mêmes sensations. C'est qu'alors nous ne voulons dire autre chose, sinon que le ciel et les prés viennent à notre connaissance sous des apparences qui entrent dans notre âm€ par la vue, et que nous nommons bleues^ vertes. Si Ton voulait faire signifier à ces mots que nous avons pré- , cisément les mêmes sensations , ces propositions ne deviendraient pas obscures, mais elles seraient fausses , ou du moins elles ne seraient pas suffisamment fondées jour être regardées comme certaines.

§ 18. Je crois donc pouvoir conclure que les noms des idées simples, tant ceux des sensations que ceux des opérations de l'âme , peuvent être fort bien déterminés par des circonstances, puisqu'ils le sont déjà si exactement, que les enfans ne s'y trompent pas. Un philosophe doit seulement avoir attention , lorsqu'il s'agit des sensations, d'éviter deux erreurs où les hommes ont coutume de tomber par des jugemens précipités : l'une , c'est de croire que les sensations soient dans les objets; l'autre, dont nous venons de parler, que les mêmes objets produisent dans chacun de nous les mêmes sensations.

§ 19. Dès que les termes, qui sont les signes des idées simples, sont exacts, rien n'empêche qu'on ne détermine ceux qui appartiennent aux autres idées. Il suffit pour cela de fixer le nombre

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et la qualité des idées simples dont on peut former une notion complexe. Ce qui £sdt qu'on trouve tant d'obstacles à arrêter dans ces occasions le sens des noms, et qu'après bien des peines on y laisse encore beaucoup d'équivoque et d'obscurité , c'est qu'on prend les mots tels qu'on les trouve dans l'usage auquel on veut absolument se conformer. La morale fournit surtout des expressions si composées, et l'usage, que nous consultons, s'accorde si peu avec lui-même, qu'il est impossible que cette méthode ne nous fasse parler d'une manière peu exacte, et ne nous fasse tomber dans bien des contradictions. Un homme qui ne s'appliquerait d'abord à ne considérer que des idées simples, et qui ne les rassemblerait sous des signes qu'à mesure qu'il se familiariserait avec elles, ne courrait certainement pas les mêmes dangers. Les mots les plus composés dont il serait obligé de se servir auraient constamment une signification déterminée , parce qu'en choisissant lui-même les idées simples qu'il voudrait leur attacher, et dont il aurait soin de fixer le nombre, il renfermerait le sens de phacun dans des limites exactes.

§ ao. Mais si l'on ne veut renoncer à la vaine science de ceux qui rapportent les mots à des réalités qu'ils ne connaissent pas, il est inutile de penser à donner de la précision au langage. L'arithmétique n'est démontrée dans toutes ses par-

ties que parce que nous avons une idée exacte de l'unité, et que, par l'art avec lequel nous nous servons des signes, nous déterminons combien de fois l'unité est ajoutée à elle-même dans les nombres les'plus composés. Dans d'autres sciences on veut, avec des expressions vagues et obscures, raisonner sur des idées complexes et en découvrir les rapporté. Pour sentir combien cette conduite est peu raisonnable, on n'a qu'à juger où nous en serions si les hommes avaient pu mettre l'arithmétique dans la confusion où se trouvent la métaphysique et la morale.

§ 21. Les idées complexes sont l'ouvrage de l'esprit; si elles sont défectueuses, c'est parce que nous les avons mal faites : le seul moyen pour les corriger, c'est de les refaire. Il faut donc reprendre les matériaux de nos connaissances, et les mettre en œuvre comme s'ils n'avaient pas encore été employés. Pour cette fin , il est à propos, dans les commencemens , de n'attacher aux sons que le plus petit nombre d'idées simples qu'il sera possible ; de choisir celles que tout le monde peut apercevoir sans peine, en se plaçant dans les mêmes circonstanciés que nous, et de n'en ajouter de nouvelles que quand on se sera familiarisé avec les premières, et qu'on se trouvera dans des circonstances propres à les faire entrer dans l'esprit d'une manière claire et précise. Par-là on s'accoutumera à joindre aux mots toutes sortes

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d'idées simples, en quelque nombre qu'elles puis* sent être.

La liaison des idées avec les signes est une habitude qu'on ne saurait contracter tout d'un coup, principalement s'il en résulte des notions fort composées. Les enfans ne parviennent que fort tard à avoir des idées précises des nombres i,ooo, lOyOoOy etc. Ils ne peuvent les acquérir que par un long et fréquent usagç, qjmi leur apprend à multiplier l'unité , et à fixer chaque collection par des noms particuliers. Il nous sera également impossible, parmi la quantité d'idées complexes qui appartiennent à la métaphysique et à la morale , de donner de la précision aux termes que nous aurons choisi^, si nous voulons, dès la première fpis et sans autre précaution , les charger d'idées simples. Il nous . arrivera de les prendre tantôt dans un sens , et bientôt après dans un autre , parce que, n'ayant gravé que superficiellement dans notre esprit les collections d'idées , nous y ajouterons ou nous en retrancherons souvent quelque chose sans nous en apercevoir. Mais si nous commençons à ne Uer aux mots que peu d'idées, et si nous ne passons à de plus grandes collections qu'avec beaucoup d'ordre, nous nous accoutumerons à composer nos notions de plus en plus , sans les rendre moins, fixes et moins assurées.

§ 22. Voilà la méthode que j'ai voulu suivre,

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principalement dans la V .âième section de cet ouvrage. Je n'ai pas commencé par exposer les noms des opérations de l'âme pour les définir ensuite : mais je me suis appliqué à me placer dans les circonstances les plus propres à m'en faire remarquer le progrès; et, à mesure que je me suis fait des idées qui ajoutaient aux précédentes, je les ai fixées par des noms, en me conformant à l'usage, toutes les fois que je l'ai pu sans inconvénient.

§ a 3. .Nous avons deux sortes de notions complexes : les unes sont celles que nous formons sur des modèles; les autres sont certaines combinaisons d^idées simples que l'esprit joint par l'effet de son propre choix.

Ge serait se proposer une méthode inutile dans la pratique, et même dangereuse, que de vouloir se faire des notions des substances, en rassemi:^lant arbitrairement certaines idées simples. Ces notions nous représenteraient des substances qui n'existeraient nulle part, rassembleraient des propriétés qui ne seraient nulle part rs^ssemblées, sépareraient celles qui seraient réunies, et ce serait un effet du hasard si elles se trouvaient quelquefois conformes k des n>odèles. Pour rendre les noms des substances clairs et précis , il faut donc consulter la nat^re,, et ne leur faire signifier que. les idées simples que nous obse.rverons exister ensemble.

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§ 24- M y a encore d'autres idées qui appartiennent aux substances, et qu'on nomme abstraites. Ce np sont , comme je l'ai déjà dit , que des idées plus ou moins simples auxquelles nous donnons notre attentiop, en cessant de penser aux autres idées simples qui coexistent ayec elles. Si nous cessons de penser à la substance vdes corps comme étant actuellement colorée et figurée, et que nous ne la xx)nsidérions que comme quelque chose de mobile, de divisible, d'impénétrable et d'une étendue indéterminée, nous aurons l'idée de la matière ; idée plus simple que celle des corps dont elle n'est qu'une abstraction, quoiqu'il ait plu à bien des philosophes de la réaliser. Si ensuite nous cessons de penser à la mobilité de la matière , à sa divisibilité et à son impénétrabilité , pour ne réfléchir que sur son étendue indéterminée, nous nous formerons l'idée de l'espace pur, laquelle est encore plus simple. Il en est de même de toutes les abstractions , par où il paraît que les noms des idées les plus abstraites sont aussi faciles à déterminer que ceux des substances mêmes.

§ a5. Pour déterminer les notions archétypes, c'est-à-diré celles que nous avons des actions des hommes et de toutes les choses qui sont du ressort de la morale, de la jurisprudence et des arts, il faut se conduire tout autrement que pour celles des substances. Les législateurs n'avaient point

de modèles quand ils ont réuni la première fois certaines idées simples dont ils ont composé les lois , et quand ils ont parlé de plusieurs actions humaines avant d'avoir considéré s'il y en avait des exemples quelque part. Les modèles des arts ne se sont pas non plus trouvés ailleurs que dans Fesprit des premiers inventeurs. Les substances ^ telles que nous les connaissons, i^e sont que certaines collections de propriétés qu'il ne dépend point de nous d'unir ni de séparer, et qu'il ne nous importe de connaître qu'autant qu'elles existent, et que de la manière qu'elles existent. Les actions des hommes sont des combinaisons qui varient sans cesse, et dont il est souvent de notre intérêt d'avoir des idées avant que nous en ayons vu des modèle^. Si nous n'en formions les notions qu'à mesure que l'expérience les ferait venir à notre connaissance , ce serait souvent trop tard. Nous sommes donc obligés de nous y prendre différemment*: ainsi nous réunissons ou séparons à notre choix certaines idées simples, ou bien nous adoptons les combinaisons que d'autres ont déjà faites.

§ 26. Il y a cette différence entre les notions des substances et les notions archétypes, que nous regardons celles-ci comme des modèles auxquels nous rapportons les choses extérieures, et que celles - là ne sont que des copies de ce que nous apercevons hors de nous. Pour la vérité des

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premières, il faut que les combinaisons de notre esprit soient conformes à ce qu'on remarque dans les choses ; pour la vérité des secondes , il suffit qu'au dehors les combinaisons en puissent être telles qu'elles sont dans notre esprit. La notion de la justice serait vraie, quand même on ne trouverait point d'action juste, parce. que sa vérité consiste dans une collection d'idées qui ne dépend point de ce qui se passe hors de nous. Celle du fer n'est vraie qu'autant qu'elle est conforme à ce métal, parce qu'il en doit être le modèle.

Par ce détail sur les idées, archétypes , il est facile de s'apercevoir qu'il ne tiendra qu'à nous de fixer la signification de leurs noms , parce qu'il dépend de nous de déterminer les idées simples , dont nous avons nou$>»mémes fornné des collections. On conçoit aussi que les autres entreront dans nos pensées, pourvu que nous les mettions dans des circonstances où les mêmes idées sim* pies soient l'objet de leur esprit comme du nôtre, et où ils soient engagés à les réunir sous les mêmes nomsi que nous les aurons rassemblées.

Voilà les moyens que j'avais à proposer pour donner au langage toute la clarté et toute la précision dont il est susceptible. Je n'ai pas cru qu'il fallût rien changer aux noms des idées simples, parce que le sens m'en a paru suffisamment déterminé par l'usage. Pour les idées complexes, elles sont faites avec si peu d'exactitude,. qu'on

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ne peut se dispenser d'en reprendre les matériaux et d'en faire de nouvelles combinaisons, sans égard pour celles qui ont été faites. Elles sont toutes l'ouvrage de l'esprit « celles qui sçnt le plus. exactes comme celles qui le sont le moins : si nous avons réussi dans quelques-unes, nous pouvons donc réussir dans les autres, pourvu que nous nous conduisions toujours avec la même adresse.

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