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jets ne sont pas essentiellement marqués pour moi du caractère <ï effets ^ puisque la cause ne tombe pas sous mes sens, et si ce caractère leur manoue, qui me fera soupçonner la cause? A plus forte raison je n'aurai pas Tidée d'une première cause, abstraction impossible de perceptions imaginaires. Je ne puis donc avoir l'idée de Dieu, puisque je ne concevrais sa bonté , son éternité, tous ses attributs, que si d'abord je le concevais comme cause. La conscience me crie cependant que j'ai en moi cette idée; la sensation et la réflexion ne me la donnent pas : d'où vient-elle?
C'est ici la question des idées innées ; il me sera permis de l'effleurer. f
Condillac suppose, dans l'un de ses ouvrages, qu'on lui demande ou sontJ\&^ idées que notre mémoire nous rappelle , dans les instans où elle ne nous les rappelle pas? nulle part y répond-il avec finesse et raison. La même réponse nous servira si l'on nous demande où est la notion de cause avant que notre esprit la conçoive, puisque nous ne convenons pas qu'elle soit tirée des objets par la réflexion : nulle part^ dirons-nous. Une idée simple et générale n'est pas contenue dans un lieu : elle existerait quand il n'y aurait point de lieu. Elle existerait comme fait , s'il n'y avait point d'intelligence pour la comprendre comme idée. Elle serait, comme elle est réellement , dans l'ordre des vérités intellectuelles, indépendante de tout objet extérieur. Oui, sans doute, c'est à la vue d'un effet que nous avons l'idée de cause; mais cet effet occasionne seulement en nous-mêmes l'éveil de l'idée, et , quand cette condition est remplie, cette
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vérité inteUectudle apparaît à notre inteUigetice y dans laquelle elle n^est point innée ^ mais qui est faite pour la connaître, et qui l'atteste nécessairement'.
Que tous ceux qui étudieront Condiliac l'interrogent sur cette idée de cause ^ et qu'ils voient si ce n'est pas là le point où son système commence à fléchir.
Si l'on veut bien se rappeler ce que nous avons dît de la méthode, on reconnaîtra qu'il n'a usé que de Tanalise, en remontant des premières perceptions sensibles aux idées et aux facultés ; qu'il a négligé des principes que l'observation lui aurait montrés comme des faits , et dont la synthèse lui aurait appris a tirer les nombreuses conséquences : on se convaincra qu'il est bon, nécessaire même, d'employer la méthode d'observation, et de lui donner pour instrument tantôt l'analise, tantôt. la synthèse; enfin on n'oubliera pas que l'idée de cause est un exemple^ et qu'un autre exemple pourrait le remplacer.
Puisque je reviens à la méthode, je dois parlerd'une opinion que Condiliac a émise dans VEssai sur l' origine des connaissances humaines^ et qui peut être jugée d'après le même principe. Contre l'opinion commune, il veut que, pour l'enseignement , on se
* Lorsque Mallebranche, qui poussa trop loin sa doctrine, se contentait de dire que nous voyons certaines idées en Dieu, il n'était pas si fou que Ta prétendu Voltaire, s'il est ^rai que les vérités éternelles ne puissent être que des attributs de Dieu,
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serve de Tanalise, et non de la synthèse. 11 faut sôtlger, dit-il, qu'on parle pour des igrtorans, et que le moyen de leur faire comprendre ce qu'on leiar enseigne est de le leur faire trouver. On a beau dire que la synthèse est plus expéditive ; bien instruire vaut mieux qu'instruire vite; c'est vouloir renoncer à être compris, que de poser d'abord des résultats vagues pour ceux qui ne savent comment on y est parvenu, et de les expliquer ensuite.
Nous sommes en partie de cet avis. Oui, pour bien instruire il faut faire trouver ce qu'on enseigne. On y parvient en habituant ses lecteurs ou ses disciples à l'observation. Mais nous savons ce que l'observation signifie, et nous ne confondons pas les vrais prin* cipes simples et généraux avec les résultats collectifs. Observer , c'est la méthode qui doit nous instruire nous-mêmes : pour instruire les autres, faisons qu'ils observent avec nous.
J'ai annoncé que la seconde partie de ce premier ouvrage est supérieurement traitée. Quelques écrivains la trouvent moins profonde que la première : elle me semble seulement moins arbitraire. Ici Condillac n'imite plus; il juge par ses propres lumières, et il juge presque toujours bien. J'ose à peine dire que j'excepte de cet éloge les premiers chapitres, où il traite dc| l'origine du langage. Je n'ignore pas combien cette question a occupé et occupera encore les philosophes, et loin de moi la présomption de croire que je puis en parler mieux qu'on ne Ta fait. Cependant l'opinion que j'ai à cet égard n'est pas nouvelle.