SUR CONDILLAC. XIX
et comme j'aurai quelques autorités en ma faveur, je hasarde de la dire.
Il me semble d'abord que lorsqu'on demande V origine du langage^ la question est mal posée : elle serait plus facile à résoudre si Ton demandait : le langage a-t-il pu naître parmi les hommes? Je sais qu'on peut ramener le premier énoncé à celui-ci, mais cependant ne ferait-il pas croire, au premier aspect, que le langage doit avoir une origine visible^ extérieure , et comme matérielle , une origine qu'on puisse /TK^/z^re/', et non pas seulement concei/oir. Quoi qu'il en soit, je m'arrête à la question telle qu'on la propose 9 et voici comme je pense qu'on peut raisonner.
Si le langage est créé par l'homme, il s'ensuit rigoureusement que l'homme est né dans l'état sauvage^ sociable , mais non en société , puisque le langage est le seul moyen de communication qui puisse le raprocher de ses semblables et lui permettre de s'unir avec eux. Ainsi Dieu, qui aurait fait l'homme sociable, l'aurait livré dans les premiers temps à la plus profonde barbarie ; il l'aurait condamné à inventer péniblement et par des efforts successifs, ce qu'il lui eût été si facile d'ajouter à tant d'autres présens. Voyez au contraire comme tout s'explique aisément , si l'on suppose l'homme doué primitivement du langage, mais d'un langage borné comme ses besoins. Il le développera quand ses besoins augmenteront, quand de nouvelles idées appelleront de nouveaux signes; mais la société, c'est-à-dire la famille , c'est-à-dire encore l'homme à