‹ Œuvres complètesChapitre 432 sur 594 · SCÈNE I. — THÉSÉE , ŒNONE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — THÉSÉE , ŒNONE

THÉSÉE

Ah ! qu'est-ce que j'entends? Un traître, un téméraire

Préparoit cet outrage à l'honneur de son père?

Avec quelle rigueur, destin, tu me poursuis!

Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis.

0 tendresse ! ô bonté trop mal récompensée !

Projet audacieux! détestable pensée!

Pour parvenir au but de ses noires amours ,

L'insolent de la force empruntoit le secours!

J'ai reconnu le fer , instrument de sa rage ,

Ce fer dont je l'armai pour un plus noble usage.

Tous les liens du sang n'ont pu le retenir!

Et Phèdre différoit à le faire punir!

Le silence de Phèdre épargnoit le coupable !

ŒNONE

Phèdre épargnoit plutôt un père déplorable : Honteuse du dessein d'un amant furieux Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux , Phèdre mouroit, seigneur, et sa main meurtrière Éteignoit de ses yeux l'innocente lumière. J'ai vu lever le bras , j'ai couru la sauver. Moi seule à votre amour j'ai su la conserver : Et plaignant à la fois son trouble et vos alarmes , J'ai servi , malgré moi , d'interprète à ses larmes.

THÉSÉE

Le perfide ! il n'a pu s'empêcher de pâlir :

De crainte, en m'abordant, je l'ai vu tressaillir.

Je me suis étonné de son peu d'allégresse;

Ses froids embrassemens ont glacé ma tendresse.

Mais ce coupable amour dont il est dévoré

Dans Athènes déjà s'étoit-il déclaré?

ŒNONE

Seigneur, souvenez- vous des plaintes de la reine :

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