‹ Œuvres complètesChapitre 433 sur 594 · SCÈNE II. - THÉSÉE, HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. - THÉSÉE, HIPPOLYTE

THÉSÉE

Ah! le voici. Grands dieux! à ce noble maintien Quel œil ne seroit pas trompé comme le mien? Faut-il que sur le front d'un profane adultère Brille de la vertu le sacré caractère!

Et ne devroit-on pas à des signes certains Reconnoîlre le cœur des perfides humains!

HIPPOLYTE

Puis-je vous demander quel funeste nuage , Seigneur, a pu troubler votre auguste visage? N'osez-vous confier ce secret à ma foi?

THÉSÉE

Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi ? ^Monstre , qu'a trop longtemps épargné le tonnerre , ""Reste impur des brigands dont j'ai purgé la terre , Après que le transport d'un amour plein d'horreur Jusqu'au lit de ton père a porté ta fureur , Tu m'oses présenter une tête ennemie !

Tu parois dans des lieux pleins de ton infamie ! Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu, Des pays oîi mon nom ne soit point parvenu ! Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine, Et tenter un courroux que je retiens à peine : C'est bien assez pour moi de l'opprobre éternel D'avoir pu mettre au jour un fils si criminel , Sans que ta mort encor , honteuse à ma mémoire , De mes nobles travaux vienne souiller la gloire. Fuis : et, si tu ne veux qu'un châtiment soudain T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main , Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. Fuis , dis-je ; et , sans retour précipitant tes pas , De ton horrible aspect purge tous mes États. Et toi , Neptune , et toi , si jadis mon courage D'infâmes assassins nettoya ton rivage ,

492 PHÈDRE

Souviens-toi que , pour prix de mes efforts heureux , Tu promis d'exaucer le premier de mes vœux. Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle Je n'ai point imploré ta puissance immortelle ; Avare du secours que j'attends de tes soins, Mes vœux t'ont réservé pour de plus grands besoins : Je t'implore aujourd'hui. Venge un malheureux père; J'abandonne ce traître à toute ta colère ; Étouffe dans son sang ses désirs effrontés : Thésée à tes fureurs connoîtra tes bontés.

HIPPOLYTE

D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte ! Un tel excès d'horreur rend mon àme interdite ; Tant de coups imprévus m'accablent à la fois , Qu'ils m'ôtent la parole , et m'étouffent la voix.

THÉSÉE

Traître, tu prétendois qu'en un lâche silence

Phèdre enseveliroit ta brutale insolence

Il falloit, en fuyant, ne pas abandonner

Le fer qui dans ses mains aide à te condamner;

Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie,

Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.

HIPPOLYTE

D'un mensonge si noir justement irrité,

Je devrois faire ici parler la vérité ,

Seigneur ; mais je supprime un secret qui vous touche.

Approuvez le respect qui me ferme la bouche ,

Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis,

Examinez ma vie, et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.

Quiconque a pu franchir les bornes légitimes,

Peut violer enfin les droits les plus sacrés :

Ainsi que la vertu le crime a ses degrés ;

Et jamais on n'a vu la timide innocence

Passer subitement à l'extrême licence.

Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux

Un perfide assassin , un lâche incestueux.

Élevé dans le sein d'une chaste héroïne ,

Je n'ai point de son sang démenti l'origine.

Pitthée , estimé sage entre tous les humains ,

Daigna m' instruire encore au sortir de ses mains.

Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage;

Mais si quelque vertu m'est tombée en partage ,

Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater

La haine des forfaits qu'on ose m'imputer.

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