‹ Œuvres complètesChapitre 434 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

C'est par là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce.

J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse :

On sait de mes chagrins l'inflexible rigueur.

Le jour n'est pas plus pur que le fond de m#n cœur.

Et l'on veut qu'Hippolyte, épris d'un feu profane....

THÉSÉE

Oui , c'est ce même orgueil , lâche ! qui te condamne. Je vois de tes froideurs le principe odieux : Phèdre seule charmoit tes impudiques yeux; Et pour tout autre objet ton âme indifférente Dédaignoit de brûler d'une flamme innocente.

niPPOLYTE.

Non, mon père, ce cœur, c'est trop vous le celer, N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler. Je confesse à vos pieds ma véritable ofl'ense : J'aime , j'aime , il est vrai , malgré votre défense. Aricie à ses lois tient mes vœux asservis; La fille de Pallante a vaincu votre fils : Je l'adore , et mon âme , à vos ordres rebelle , Ne peut ni soupirer , ni brûler que pour elle.

THÉSÉE

Tu l'aimes? ciel! Mais non, l'artifice est grossier : Tu te feins criminel pour te justifier.

HIPPOLYTE

Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime : Je venois, en tremblant, vous le dire à vous-même. Hé quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tirer! Par quel afi"reux serment faut- il vous rassurer? Que la terre, le ciel, que toute la nature....

THÉSÉE

Toujours les scélérats ont recours au parjure. Cesse, cesse, et m'épargne un importun discours. Si ta fausse vertu n'a point d'autre secours.

HIPPOLYTE

Elle vous paroît fausse et pleine d'artifice :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

THÉSÉE

Ah 1 que ton impudence excite mon courroux l

Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez- vous?

THÉSÉE

Fusses-tu par delà les colonnes d'Alcide , Je me croirois encor trop voisin d'un perfide.

HIPPOLYTE

Chargé du crime afl'reuz dont vous me soupçonnez ,

494 PHÈDRE

Quels amis me plaindront , quand vous m'abandonnez ?

THÉSÉE

Va chercher des amis dont l'estime funeste Honore l'adultère , applaudisse à l'inceste ; Des traîtres , des ingrats sans honneur et sans loi , Dignes de protéger un méchant tel que toi.

HIPPOLYTE

Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère : Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère, Phèdre est d'un sang, seigneur, vous le savez trop bien. De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

THÉSÉE

Quoi! ta rage à mes yeux perd toute retenue? Pour la dernière fois , ôte-toi de ma vue ; Sors , traître : n'attends pas qu'un père furieux Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

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