ACTE 1, SCÈNE
Dans quel péril encore il est prêt de rentrer!
JOAD
Quoi! déjà votre foi s'affoiblit et s'étonne?
JOSABETH
A vos sages conseils, seigneur, je m'abandonne. Du jour que j'arrachai cet enfant à la mort, Je remis en vos mains tout le soin de son sort; Même , de mon amour craignant la violence , Autant que je le puis j'évite sa présence, De peur qu'en le voyant quelque trouble indiscret Ne fasse avec mes pleurs échapper mon secret. Surtout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. Cependant aujourd'hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder? Abner , le brave Abner viendra-t-il nous défendre? A-t-il près de son roi fait serment de se rendre?
JOAD
Abner , quoiqu'on se pût assurer sur sa foi , Ne sait pas même encor si nous avons un roi.
JOSABETH
Mais à qui de Joas confiez-vous la garde?
Est-ce Obed, est-ce Amnon que cet honneur regarde?
De mon père sur eux les bienfaits répandus....
JOAD
A l'injuste Athalie ils se sont tous vendus.
JOSABETH
Qui donc opposez- vous contre ses satellites?
JOAD
Ne vous l'ai-je pas dit? Nos prêtres, nos lévites.
JOSABETH
Je sais que, près de vous en secret assemblé.
Par vos soins prévoyans leur nombre est redoublé ;
Que , pleins d'amour pour vous , d'horreur pour Athalie ,
Un serment solennel par avance les lie
A ce fils de David qu'on leur doit révéler.
Mais , quelque noble ardeur dont ils puissent brûler ,
Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle?
Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle?
Doutez-vous qu' Athalie , au premier bruit semé
Qu'un fils d'Ochozias est ici renfermé ,
De ses fiers étrangers assemblant les cohortes ,
N'environne le temple , et n'en brise les portes?
Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints,
Qui , levant au Seigneur leurs innocentes mains ,
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562 ATHÂLIE.
Ne savent que gémir et prier pour nos crimes , Et n'ont jamais versé que le sang des victimes? Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups....
JOAD
Kt comptez-vous pour rien Dieu, qui combat pour nous?
Dieu , qui de Torphelin protège l'innocence ,
Et fait dans la foiblesse éclater sa puissance;
Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Jezraël
Jura d'exterminer Acliab et Jézabel;
Dieu, qui frappant Joram, le mari de leur fille,
A jusque sur son fils ' poursuivi sa famille ;
Dieu , dont le bras vengeur , pour un temps suspendu .
Sur cette race impie est toujours étendu?
JOSABETH
Et c'est s'ir tous ces rois sa justice» sévère Que je crains pour le fils de mou malheureux frère. Oui sait si cet enfant , par leur crime entraîné , Avec eux en naissant ne fut pas condamné? Si Dieu, le séparant d'une odieuse race, En faveur de David voudra lui faire grâce? Hélas! l'état horrible où le ciel me l'off'rit Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre étoit remplie ; Un poignard à la main l'implacable Athalie Au carnage animoit ses barbares soldats, Kt poursuivoit le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue • Je me figure encor sa nourrice éperdue , Qui devant les bourreaux s' étoit jetée en vain, Et, foible, le tenoit renversé sur son sein. Je le pris tout sanglant. En baignant son visage Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage; Et, soit frayeur encore, ou pour me caresser, De ses bras innocens je me sentis presser Grand Dieu ! que mon amour ne lui soit point funeste ! Du fidèle David c'est le précieux reste ; Nourri dans ta maison , en l'amour de ta loi , Il ne connoît encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer une reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide , Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui, Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui ,
{ . Jusque sur le fils de Joram , c'est-à dire sur Oehozias , péi-e df Joas et frère de Josabelh.