ODE IV.— L'ÉTANG
Que c'est une chose cbannante De voir cet étang gracieux, Où, comme en un ht précieux, L'onde est toujours calme et dormante I Mes yeux , contemplons de plus près Les inimitables portraits
De ce miroir humide ; Voyons bien les charmes puissans
Dont sa glace liquide Enchante et trompe tous les sens.
Déjà je vois sous ce rivage La terre jointe avec les cieux, Faire un chaos délicieux Et de l'onde et de leur image.
Je vois le grand astre du jour Rouler, dans ce flottant séjour.
Le char de la lumière ; Et, sans offenser de ses feux
La fraîcheur coutumière , Dorer son cristal lumineux.
Je vois les tilleuls et les chênes, Ces géans de cent bras armés , Ainsi que d'eux-mêmes charmés,
Y mirer leurs têtes hautaines ;
Je vois aussi leurs grands rameaux Si bien tracer dedans les eaux
Leur mobile peinture , Qu'on ne sait si l'onde, en tremblant,
Fait trembler leur verdure , Ou plutôt l'air même et le vent.
Là, l'hirondelle voltigeante, Rasant les flots clairs et polis ,
Y vient , avec cent petits cris , Baiser son image naissante.
Là, mille autres petits oiseaux Peignent encore dans les eaux
Leur éclatant plumage :
L'œil ne peut juger au dehors
Qui vole ou bien qui nage De leurs ombres et de leurs corps.
Quelles richesses admirables N'ont point ces nageurs marquetés, Ces poissons aux dos argentés , Sur leurs écailles agréables !
Ici je les vois s'assembler, Se mêler et se démêler
Dans leur couche profonde ; Là, je les vois (Dieu! quels attraits!)
Se promenant dans l'onde, Se promener dans les forêts.
Je les vois en troupes légères, S'élancer de leur lit natal ; Puis tombant , peindre en ce cristal Mille couronnes passagères.
L'on diroit que , comme envieux De voir nager dedans ces lieux
Tant de bandes volantes, Perçant les remparts entr'ouverts
De leurs prisons brillantes, Ils veulent s'enfuir dans les airs.
Enfin , ce beau tapis liquide Semble enfermer entre ses bords Tout ce que vomit de trésors L'Océan sur un sable aride :
Ici l'or et l'azur des cieux Font , de leur éclat précieux ,
Comme un riche mélange ; Là l'émeraude des rameaux ,
D'une agréable frange.
Entoure le cristal des eaux.
Mais quelle soudaine tourmente, Comme de beaux songes trompeurs, Dissipant toutes les couleurs , Vient réveiller l'onde dormante?
Déjà ses flots entre-poussés Roulent cent monceaux empressés
De perles ondoyantes, Et n'étalent pas moins d'attraits
Sur leurs vagues bruyantes Que dans leurs tranquilles portraits
on POËSIES DIVERSES.