ODE V. — LES PRAIRIES
Mon Dieu , que ces plaines charmantes , Ces grands prés si beaux et si verts, Nous présentent d'appas divers Parmi leurs richesses brillantes!
Ce doux air, ces vives odeurs, Le pompeux éclat de ces fleurs
Dont r herbe se colore , Semble-t-il p.is dire à nos yeux
Que le palais de Flore Se fait voir vraiment en ces lieux?
C'est là qu'on entend le murmure De ces agréables ruisseaux , Qui joignent leurs flots et les eaux Au vif émail de la verdure.
C'est là qu'en paisibles replis , Dans les beaux vases de leurs lits ,
Ils arrosent les herbes , Et que leurs doux gazouillemens ,
De leurs ondes superbes Bravent les bruits les plus charmans.
Je les vois au haut des montagnes , Venir, d'un cours précipité, Ofl'rir leur tribut argenté Dans le beau sein de ces campagnes ; Et là, d'un pas respectueux, Traîner en cercles tortueux
Leurs sources vagabondes; Et , comme charmés des beautés
De ces plaines fécondes, S*y répandre de tous côtés.
Là ces Méandres agréables , Descendant, et puis remontant, Font , dans leur voyage inconstant , Cent labyrinthes délectables.
Souvent leurs flots , en s'entr'ouvrant ,
Font cent îles fleuries ; Tantôt quittant leur lit natal,
Ils bordent les prairies D'une ceinture de cristal.
Là , quand le jour rapporte au monde Le beau tribut de sa clarté , Et que l'ombre et l'obscurité Rentrent dans leurs grottes profondes; Là, dis-je, des portes du ciel, On voit de perles et de miel
Choir une riche pluie, Et Flore, pour ce doux trésor,
Ouvrir , toute ravie , Cent petits bassins d'ambre et d'or.
Là l'on voit aussi sur les herbes Voltiger ces vivantes fleurs , Les papillons, dont les couleurs Sont si frêl''s et si superbes :
C'est là qu'en escadrons divers Ils répandent dedans les airs
Mille beautés nouvelles, Et que les essaims abusés
Vont chercher sous leurs ailes Les pleurs que l'Aurore a versés.
C'est là qu'en nombreuses allées L'on voit mille saules épais , De remparts superbes et frais Ceindre ces plaines émaillées :
Oui, je les vois de tous côtés, En laissant Téclat argenté
De leurs feuillages sombres.
Comme vouloir à ces ruisseaux ,
Qui dorment sous leurs ombres, Faire d'officieux rideaux.