‹ Œuvres complètesChapitre 558 sur 594 · ODE VL — DES TROUPEAUX ET D'UN COMBAT DE TAUREAUX · texte numérisé non relu

ODE VL — DES TROUPEAUX ET D'UN COMBAT DE TAUREAUX

C'est dans ces campagnes fleuries Qu'on voit mille troupeaux errans Aller en cent lieux difliérens , Ronger les trésors des prairies :

Les uns, charmés par leur aspect, Eïi retirent avec respect

Leurs dents comme incertaines ; Les autres d'un cours diligent ,

Vont boire en ces fontaines , Qui semblent des coupes d'argent.

Là l'on voit les grasses génisses , Se promenant à pas comptés, Par des cris cent fois répétés , Témoigner leurs chastes délices ; Là les brebis sur des buissons Font pendre cent petits flocons

De leur neige luisante:

Les agneaux aussi , bondissant

Sur la fleur renaissante , Lui rendent leur culte innocent.

Là l'on voit, en troupes superbes, Les jeunes poulains indomptés, Dessous leurs pas précipités, Faire à peine courber les herbes :

Je vois ces jeunes furieux , Qui semblent menacer les cieuz.

D'une tête hautaine , Et par de fiers hennissemens ,

S'élançant sur la plaine , Défier les airs et les vents.

Mais quelle horrible violence

Pousse ces taureaux envieux

A troubler la paix de ces lieux

Sacrés aux charmes du silence?

Déjà, transportés de courroux.

Et sous leurs pieds et sous leurs coups,

Ils font gémir la terre ; Déjà leur mugissante voix ,

Comme un bruyant tonnerre , Fait trembler les monts et les bois .

Je vois déjà leur poil qui fume , Leurs yeux semblent étincelans ; Leurs gosiers secs et pantelans Jettent plus de feu que d'écume; La rage excite leur vigueur; Le vaincu redevient vainqueur ;

Tout coup fait sa blessure :

Leur front entr' ouvert et fendu

Fait rougir la verdure D'un sang pêle-mêle épandu.

Parfois l'un fuyant en arrière Se fait voir plus foible et plus lent ; Et puis revient , plus violent , Décharger son âpre colère :

De même un torrent arrêté D'abord suspend sa fierté ,

Remonte vers sa source , Et puis redoublant en fureur,

Son indomptable course Traîne le ravage et l'horreur.

Pendant cette rude tempête , L'on voit les timides troupeaux Attendre qui des deux rivaux Les doit faire enfin sa conquête ; Mais déjà l'un, tout glorieux, Fait d'un effort victorieux ,

Triompher sa furie ; L'autre , morne et plein de douleur ,

Va loin de la prairie , Cacher sa honte et son malheur

Mais quittons ces tristes spectacles ,

Qui n'offrent rien que d'odieux ,

Pour aller visiter des lieux

Où l'on ne voit que des miracles.

Muse, si ce combat affreux

T'a presque fait , malgré mes vœux ,

Abandonner ces plaines , Viens dans ces jardins , non de fleurs

Inutiles et vaines.

Mais d'inestimables douceurs.

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