NOTICE SUR RACINE. XIII
dans un bon style , toujours simple , correct , élégant , sans vaine recherche , sans déclamation , presque sans réflexions , et qui , par la seule manière de présenter les événemens , arrive en plus d'un endroit au pathétique. Beaucoup de lecteurs dédaignent d'ouvrir ces pages consacrées à l'histoire d'une secte janséniste, et ils sont loin de se douter que le siècle de Louis XIV ne renferme rien de plus curieux et de plus émouvant à la fois que l'histoire de cette persécution religieuse.
Racine avait pris très au sérieux sa charge d'historiographe du roi. Il fit toute la campagne de Flandre , pour voir par ses yeux les événemens ; il étudia à fond l'histoire de France et des pays voisins ; il écrivit quelques fragmens , remarquables presque tous par l'ordre lumineux de l'exposition et par l'excellente qualité du style, toujours simple et animé. On voit, dans ces pages, combien étoit sincère l'admiration de Racine pour le roi. Il ne faut pas juger Racine avec nos idées actuelles. Il voyait dans Louis XIV un bienfaiteur des lettres, un protecteur éclairé des arts. Luimême lui devait tout. La libéralité de Louis XIV avait été le chercher , pour ainsi dire , et pendant toute sa vie il fut comblé de ses bienfaits. Les éloges sincères qu'il lui prodigua, ne l'empêchèrent pas de rester ouvertement attaché aux doctrines de Port-Royal , ce qui était alors un crime d'État , et d'écrire une apologie de cette abbaye célèbre , dont quelques parties sont accablantes dans leur simplicité. Plusieurs contemporains virent dans plusieurs passages d*Esther des allusions courageuses à la guerre des Cévennes. Nous le répétons , sans l'affirmer ; mais cette opinion , que rien ne vient démentir, et la noble sincérité de V Histoire de Port-Royal ^ nous suffisent pour rejeter absolument de cette édition le discours prononcé devant le roi , au nom du clergé , par le second fils de Colbert , et que quelques personnes ont voulu attribuer à Racine. L'historien de Port-Royal , quels que fussent les préjugés des contemporains, était incapable d'écrire cette apologie de la guerre des Cévennes.
Les Lettres de Racine que l'on a recueillies comprennent quelques lettres aimables et enjouées , écrites à des amis dans sa première jeunesse, une correspondance sérieuse avec Boileau, où l'on peut puiser des remarques littéraires d'un grand intérêt pour l'histoire des deux poètes , et des lettres adressées par Racine à