‹ Œuvres complètesChapitre 88 sur 594 · SCÈNE I. — ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — ORESTE, PYLADE

ORESTB.

Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle , lia fortune va prendre une face nouvelle ; Et déjà son courroux semble s'être adouci Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici. Qui l'eût dit , qu'un rivage à mes vœux si funeste Présenteroit d'abord Pylade aux yeux d'Oreste ; Qu'après plus de six mois- que je t'avois perdu , A la cour de Pyrrhus tu me serois rendu?

PYLADE

J'en rends grâces au ciel, qui, m'arrêtant sans cesse, Sembloit m'avoir fermé le chemin de la Grèce , Depuis le jour fatal que la fureur des eaux , Presque aux yeux de l'Épire , écarta nos vaisseaux. Combien, dans cet exil, ai-je souffert d'alarmes! Combien à vos malheurs ai-je donné de larmes, Craignant toujours pour vous quelque nouveau danger Que ma triste amitié ne pouvoit partager l Surtout je redoutois cette mélancolie Où j'ai vu si longtemps votre âme ensevelie ; Je craignois que le ciel , par un cruel secours , Ne vous offrît la mort que vous cherchiez toujours, liais je vous vois , seigneur ; et , si j'ose le dire , Un destin plus heureux vous conduit en Épire : Le pompeux appareil qui suit ici vos pas N'est point d'un malheureux qui cherche le trépas.

ORESTE

Hélas I qui peut savoir le destin qui m'amène? L'amour me fait ici chercher une inhumaine ; Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort, Et si je viens chercher ou la vie ou la mort?

PYLADE

Quoil votre âme à l'amour en esclave asservie

Se repose sur lui du soin de votre vie ?

Par quel charme , oubliant tant de tourmens soufferts ,

Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers?

Pensez -vous qu'Hermione , à Sparte inexorable ,

Page 1