‹ Œuvres complètesChapitre 89 sur 594 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Vous prépare en Ëpire un sort plus favorable? Honteux d* avoir poussé tant de vœux superflus , Vous Tabhorriez ; enfin , vous ne m*en parliez plus : Vous me trompiez , seigneur.

ORESTE

Je me trompois moi-même !

Ami , n'accable point un malheureux qui t'aime : T*ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs? Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs : Enfin , quand Ménélas disposa de sa fille En faveur de Pyrrhus, vengeur de sa famille, Tu vis mon désespoir ; et tu m*as vu depuis Traîner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis. Je te vis à regret, en cet état funeste, Prêt à suivre partout le déplorable Oreste , Toujours de ma fureur interrompre le cours , Et de moi-même enfin me sauver tous les jours. Mais quand je me souvins que , parmi tant d'alarmes , Hermione à Pyrrhus prodiguoit tous ses charmes , Tu sais de quel courroux mon cœur alors épris Voulut en Toubliant punir tous ses mépris. Je fis croire et je crus ma victoire certaine ; Je pris tous mes transports pour des transports de haine ; Détestant ses rigueurs , rabaissant ses attraits , Je défiois ses yeux de me troubler jamais. Voilà comme je crus étoufler ma tendresse. En ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce ; Et je trouvai d'abord ses princes rassemblés , Qu'un péril assez grand sembloit avoir troublés. J'y courus. Je pensai que la guerre et la gloire De soins plus importans rempliroient ma mémoire ; Que , mes sens reprenant leur première vigueur , L'amour achèveroit de sortir de mon cœur. Mais admire avec moi le sort , dont la poursuite Me fait courir alors au piège que j'évite. J'entends de tous côtés qu'on menace Pyrrhus ;

Toute la Grèce éclate en murmures confus :

On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse ,

11 élève en sa cour l'ennemi de la Grèce ,

Astyanaz, d'Hector jeune et malheureux fils,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

rapprends que pour ravir son enfance au supplice ,

Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse ,

Tandis qu'un autre enfant , arraché de ses bras ,

Soos le nom de son fils fut conduit au trépas.

lOS ANDaOMAQUE.

On dit que , peu sensible aux cbarmes d'Hermione .

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne»

Ménélas , sans le croire , en parott a£Ûigé ,

Et se plaint d'un hymen si longtemps- négligé.

Parmi les déplaisirs où son âme se noie y

Il s'élève en la mienne une secrète joie :

Je triomphe ; et pourtant je me (laUe d'abord

Que la seule vengeance excite ce transport.

liais l'ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place :

De mes feux mal éteints je reconnus la trace;

Je sentis que ma haine alloit finir son cours ;

Ou plutôt je sentis que je l'aimois toujours.

Ainsi de tous les Orecs je brigue le suffrage.

On m'envoie à Pyrrhus : j'entreprends ce voyage.

Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras

Cet enfant dont la vie alarme tant d'États.

Heureux si je pouvois, dans l'ardeur qui me presse,

Au lieu d'Âstyanaz , lui ravir ma princesse !

Car enfin n'attends pas que mes feux redoublés

Des périls les plus grands puissent être troublés.

Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaioe^

Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne.

J'aime : je viens cbercbw Hermione en ces lieux,

La fléchir , l'enlever , ou mourir à ses yeux.

Toi qui connois Pyrrhus, que penses-tu qu'il fosse?

Dans sa cour , dans son cœur , dis-moi ce qui sie pastf .

Mon Hermione encor le tient-elle asservi ?

Me rendra-t-il , Pylade , un l»en qu'il m'a r^i T

PTLADE.

Je VOUS abuserois, si j'osois vous promettre

Qu'entre vos mains , «eigneur , il voulût la remettre .

Non que de sa conquête il paroisse flatté.

Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté ;

Il l'aime : mais enfin cette veuve inhumaine

N*a payé jusqu'ici son amour que de haine;

Et chaque jour encore on lui voit tout tenter

Pour fléchir sa captive ou pour l'épouvanter

De son fils qu'il lui cache il menace la tête ,

Et fait couler des pleurs qu'aussitôt il arrête.

Hermione elle-même a vu plus de cent toi»

Cet amant irrité revenir sous ses lois ,

Et de ses vœux troublés lui rapportant l'hommage ,

Soupirer à ses pieds moins d'amour que de rage.

Ainsi n'attendez pas que l'on puisse aujoufd'^faui

Tous répondre d'un cœur si peu mahre de lui :

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