‹ Œuvres complètesChapitre 22 sur 27 · DES JOURNAUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

DES JOURNAUX ANGLAIS

aux sujets et leur tenir parole , comme a très bien dit Loais XJVj i ttftUe aient, de glorieuse mémofre, çut savait son métier de roi. Sous lui , on ne vit point les Français murmurer, quelque faix qu'il leur imposât , en quelque misère qu'il les pût réduire , pas un d'eux ne souffla mot , lui vivant. Pour ses guerres , ses maîtresses , pour bâtit ses palais , il prit leur dernier sou ; c'est régner que cela. Charles II d'Angleterre fit de même à-peu-prés ; comme nous , rétabli après vingt ans d'exil et la mort de son père , il déclara hautement qu'il aimait mieux se soumettre à un roi étranger , ennemi de sa nation , que de compter avec elle , ou de la consulter sur les affaires de l'état ; sentiments élevés et dignes de son sang , de son nom , de son rang. Moi , qui vous écris ceci , mon Cousin , je serais le plus grand roi de l'Europe, si j'eusse voulu seulement m'entendreavecmonpeuple.Rien n'était si facile.Me préserve le ciel d'une telle bassesse! j'obéis au congrès, aux princes, aux cabinets, et en reçois des ordres souvent embarrassants, toujours fort insolents ; j'obéis néanmoins. Mais ce que veut mon peuple et que je lui promis, je n'en fais rien du tout , tant j'ai de fierté dans l'âme et l'orgueil de ma race. Gardons-la, mon Cousin, cette noble fierté à l'égard des sujets , conservons chèrement nos vieilles prérogatives ; gouvernons , à l'exemple de nos prédécesseurs , sans écouter jamais que nos valets , nos maîtresses , nos favoris , nos prêtres ; c'est l'honneur de la couronne ; quoi qu'il puisse arriver, périssent les nations plutôt que le droit divin.

Là-dessus , mon cousin, j'entre comme tous voyez , dans tous vos sentiments et prie Dieu qu'il vous y maintienne , mais je ne puis approuver de même votre répugnance pour ce genre de gouvernement qu'on a nommé représentatif , et que j'appelle moi récréatif, n'y ayant rien que je sache au monde , si divertissant pour un roi , sans parler de l'utilité non petite qui nous en revient.

Jaune l'absolu , mais ceci pour le produit, ceci vaut

mieux. Je n'en fiais nulle comparaison et le préfère de beaucoup; Le représentatif me convient à merveille , pourvu toutefois que ce soit moi qui nomme les députés du peuple , comme nous l'avons établi en ce pays fort heureusement. Le représentatif de la sorte est une cocagne , mon Cousin. L'argent nous arrive 4 foison. Demandez à mon neveu d'AngOuléme , nous comptons ici par milliards, ou, pour dire la vérité , par ma foi nous ne comptons plus, depuis que nous avons des députés à nous, une majorité , comme on l'appelle compacté , dépense à faire , mais petite. U ne m'en coûte pas... Non , cent voix ne me coûtent pas , je suis sûr, chaque année , un mois de madame du Cayla; moyennant quoi, tout va de soimême , argent sans compte ni mesure , et le droit divin n'y perd rien ; nous n'en fai^pns pas moins tout ce que nous voulons, c'est-è-dire ce que veulent nos courti-

Vos Cortés vous ont dégoûté des assemblées délibérantes ; mais une épreuve ne conclut pas , feu mon frère s'en trouva mal , et cela ne m'a pas empêché d'y recourir

encore , dont bien me prend. Voulez-vous être un pauvre diable comme lui , qui faute de cinquante malheureux

millions Quelle misère ! cinquante mille millions,

mon Cousin , ne m'embarrassent non plus qu'une prise de tabac. Je pensais comme tous vraiment avant mon voyage d'Angleterre ; je n'aimais point du tout ce représentatif ; mais là j'ai vu ce que c'est ; si le Turc s'en doutait , il ne voudrait pas autre chose , et ferait de son Divan deux Chambres. Essayez-en mon cher Cousin , et vous m'en dires des nouvelles- Vous verrez bientôt que vos Indes , vos galions , votre Pérou étaient de pauvres tirelires , au prix de cette invention-là . au prix d'un budget discuté , voté par de bons députés. Il ne faut pas que tous ces mots de liberté , publicité , représentation , vous effarouchent. Ce sont des représentations i notre bénéfice et dont le produit est immense , le danger nul , quoi qu'on en dise. Tenez, une comparaison va vous rendre

cela sensible. La pompe foulante Mieux encore, la

marmite à vapeur , qui donne chaque minute un potage gras , lorsqu'on la sait gouverner, mais éclate et vous tue si vous n'y prenez garde ; voilà l'affaire , voilà mon représentatif . D n'est que de chauffer à point , ni trop , ni trop peu , chose aisée ; cela regarde nos ministres , et le potage est un milliard. Puis, vantez-moi votre absolu qui produisait à feu mon frère , quoi ? trois ou quatre cents millions par an , avec combien de peine! Ici chaque budget un milliard , sans la moindre difficulté. Que vous en semble , mon Cousin? Allons , mettez de côté vos petites

répugnances , et faites potage avec nous en famille ; il n'est rien de tel. Noos nous aiderons mutuellement à l'entretenir comme il faut , et prévenir les accidents.

Si vous l'eussiez eue cette marmite représentative , au temps de l'île de Léon, l'argent ne vous eut point manqué pour la paie de vos soldats qui ne se seraient pas révoltés; il ne m'eût point fallu envoyer à votre aide et dépenser i vous tirer de cet embarras 9 cinq cents beaux mil-* lions, mon Cousin, non que je veuille vous les reprocher; c'est une bagatelle , un rien ; entre parents tout est commun; l'argent et le sang de mes sujets vous appartiennent comme q moi ; ne vous en faites faute au besoin. Je vous rétablirai dix fois , s'il est nécessaire , sans m'incom-r moder le moins du monde , sans qu'il vous eq coûte une obole. Je ne vous demanderai point les frais comme oq m'a fait. C'est une vilenie de mes alliés. Au contraire , en vous restaurant , je vous donnerai de l'argent , ainsi qu'à vos sujets, tant que vous en voudrez. J'en donne 4 tout le monde , et je paie partout ; j'ai payé ma restaura^ tion, je payerai encore la vôtre , parce que j'ai beaucoup d'argent et beaucoup de complaisance aussi pour les souverains étrangers , qui m'empêchent de recevoir la loi de mon peuple. Je les paie quand ils viennent ici; je vous paie quand je vais chez vous. Occupé , occupant , je paie l'occupation. J'ai payé Sacken etPlatow. Je paieMorillo , Ballesteros , je paie les cabinets, tes puissances; je paie les Cortés , la régence ; je paie les Suisses ; j'ai encore , tous ces gens-là payés, de quoi entretenir, non seulement

ma garde, une maison ici qu'on trouve assez passable, et bien antre qne «De de mon prédécesseur, mais de plus, des maîtresses qui naturellement me coûtent quelque chose. Le budget suffit à tout , et voila ce que c'est que ce représentatif dont la-bas vous tous faites nne penr.Sottise , enfance, mon Cousin, fl n'est rien de meUleur au monde. Pour monter cette machine chex tous et la mettre en mouvement , sans le moindre danger de vos royales personnes , je tous enverrai , si vous voulez , le sieur de VOléle , bomme admirable , ou quelque autre de nos amés, avec une vingtaine de préfets. Fiez-vous & eux ; en moins de rien il tous auront organisé deux Chambres et un ministère , derrière lequel vous dormirez , pendant qu'on tous fera de l'argent Vous aurez , de la haute sphère où nous sommes placés , comme ditFoy , le passe-temps de leurs débats , chose la plus drôle du monde , vrai tapage de chiens et de chats qui se battent dans la rue pour des bribes. Quand leurs criailleries deviennent incommodes , on y fait jeter quelques seaux d'eau dès que le budget est

TOté.

Octroyez, mon Cousin , octroyez une Charte constitutionnelle et tout ce qui s'ensuit , droit d'élection, jury , liberté de la presse; accordez , et ne vous embarrassez de rien , surtout ne manquez pas d'y fourrer une nouvelle noblesse que vous mêlerez avec l'ancienne , autre espèce d'amusement qui tous tiendra en bonne humeur et en santé long-temps. Sans cela , aux Tuileries , nous péririons d'ennui. Quand vous aurez traité avec vos Libérale*,

sous la garantie des puissances , et juré l'oubli du passé à tous ces révolutionnaires , faites-en pendre cinq ou six , aussitôt après l'amnistie , et faites les autres ducs et Pairs , particulièrement s'il y en a qu'on ait vus porte-balles ou valets d'écurie ; des avocats , des écrivains , des philosophes bien amoureux de l'égalité ; chargez-les de cordons ; couvrez-les de vieux titres , de nouveaux parchemins : puis regardez, je vous défie de prendre du chagrin , lorsque vous verrez ces gens-là parmi vos Sanches et vos Gusmans , armorier leurs équipages , écarteler leurs écussons : c'est proprement la petite pièce d'une révolution , c'est une comédie dont on ne se lasse point et qui pour vos sujets deviendra comme un carnaval perpétuel.

J'ai 4 vous dire bien d'autres choses que pour le présent je remets, priant Dieu sur ce , mon Cousin , qu'il vous ait en sa sainte garde.

Signé , LOUIS.

Plus bas De Vdllèle.

Pour copie conforme ,

Paul-Louis Courrier , vigneron.

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