‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 123 sur 293 · f. Théophraste , de Causis plantarum , II · texte numérisé non relu

f. Théophraste , de Causis plantarum , II

la terre mesme d'autruy, ce qu*elle peut porter 00 non , eu voyant les fruicts et les arbres ^ pois quand on la cognoist , il ne sert plus de rien d'ores eu là combatre la nature : car qui E'aora esgard qu'k semer ou planter ce que luy fiit besoing, ne tirera pas si bien sa vie de la tenre, comme d'y planter ou semer ce qu'elle se plairoit de porter et nourrir* . Mais quand la t^nre, par la nonchalance de celuy qui la tient , le peut déclarer sa portée, souvent advient il que par la terre voisine on en peut cognoistre la vérité mieux qu'on ne sçauroit entendre par le voisin mesme. Ouy bien encores, lors mesmes ^elle est en friche, elle représente sa nature : car celle qui porte des herbes sauvages, belles ^bien nourries, si on l'entretenoit, elle en pourloit bien porter des belles^ domestiques. Ainsi doncques ceux là mesmes, qui ne sont guieres «qierts en l'agriculture, peuvent bien discerner le terroir. Desjk doncques, dis Je, j'ay gaigné ce pdnct, ô Ischomache, que je me fay fort qu'il ne foat pas que je laisse de vaquer k l'agriculture, de peur que je ne sçache bien cognoistre le naturel des terres. Aussi certes il m'est souvenu des pescheurs 5 pour ce qu'encores que leur fait soit sur l'eau, sans ce qu'ils s'arrestent, ny ail-

l.a.ColumeIIe,II,2,etXI,l.

%Herbeê est sous-entendu: ce sont les plantes qui ne missent et ne se développent que par le travail de lliomme.

lent plus beau * , pour se prendre garde des terres, ains oultrepassent tout courant, si est ce, qaand ils voyent en passant les fruicts sur la terre, qu'ils ne font pas difficulté d'en déclarer leur advis, quelle est bonne, quelle est mauvaise, «i blasmant Tune, et louant l'autre -, et pour ray je voy que la plus part du temps, en la plus part des choses, ils disent delà bonté du terroir toutàft mesmes que les laboureurs expérimentez.— Où veux tu doncques, ô Socrates, que je commence à te remettre en mémoire l'agriculture ? Car je ne fay point de doubte qu'en te parlant de ce qu'il y faut faire , le plus souvent je ne te die* autre chose , sinon cela mesme que tu sçais fort bien. 0 Ischomache, dis je , j'apprendrois, avant tout cela, plus volontiers, ce me semble, que nulle autre chose (aussi est ce vrayementle fait d'un homme qui ayme k sçavoir), à quof faire, pour la culture de la terre, si je m'en

i. Plus doucement.... De là cette locution toutbm», que Corneille a placée avec tant d^effet danii la bouche da vieil Horace :

... Tout beau, ne les plearez pas tous.

(Hon, acte III, se. 6.)

2. Marot, dans son épttre aux Dames de Paris: Vous voulez faire, et ne voulez qu'on die.

On sait que die pour dise a été retenu par les poëtei presque jusqu'à la fin du xvii* siècle : Y. Corneille , P/f lusion , y, 3 ; Molière , Femmes savantes , III , 2; Radoe Frères ennemis , III , 4 ; La Fontaine , Fables, VIII, 1 ; clc

Toalois mesler , je cueillirois* plus d'orge et de froument'.

DoDcques ne sçais tu pas, dit Ischomache, qfiie pour jecter la semence dessus, il faut detant apprester la terre reposée'? Cela sçay je bien, dis je. Et quoy, dit il, que sera ce si nous oommençons de labourer la terre l'hyver ? Et comment, dis je, ce ne seroit que fange. Et Pesté quoy, k ton advis, dit il? Elle sera, croy je, bien dure, pour les bœufs, k virer*, dis je. Il est doncques vraysemblable, dit il, que c'est au printemps qu'il faut commencer ceste besongne. Je le croirois bien, dis je : car la terre, ce semble, s'en ressentira d'avantage, si elle est remuée en ceste saison^. Ouy certes, dit il, et les

1. Cest-à-dire par quels procédés, si je voulais être agriculteur, je recueillerais.... Alors on disait souvent : je euUliê , pont je cueille ; et Vaugelas demandait encore «s'il faut écrire cueillira et recueillira, ou cueillera et recueillera? i> V. Remarquée , t. m , p. 239 et suiv.

1 Sur ces productions du sol de TAttique, v. Théophriste, Hist. plant,, VIII , 8.

3. Nsov dit le grec : c'est en effet une terre qui est restée en jachère; v. à ce sujet Pline l'ancien , XVII, 5, et XVIII, 19.

4. (^Gyrus ; le g et le v se sont souvent échangés l'un contre l'autre, v. la Precellence, p. 245.) Soulever, retourner... Bien préférable à ces mots , qui ne le remplacent pis, virer n'eût pas dû vieillir; on retrouvera ce terme léger, employé avec grâce dans les vers de La Boëtie.

8. Cf. Elien, Var. hist., V, 14; Théophraste , jBTwI. fknl., VIII, c. 2. Parmi nous, le premier labour a lieu en automne, au en plus tard vers le commencement de noTembre ; le second , après l'hiver ; et plusieurs terres eiigent même une troisième et une quatrième façon.

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herbes renversées adoneques par le labour servent des lors d'autant de fumier k la teire, et ne gastent pas encore le grain , ains luy donnent loisir de sortir. Je pense bien aussi, que cdbi est aysé k cognoistre, qu'il faut, qui veut aviâr bon champ et fertile, le tenir et descharger de tout autre herbage , et faire qu'il soit cuit, par manière de dire, le mieux qu'il sera possible, au soleiP. Sans doute, dis je, il me semble qu'ilest nécessaire que cela soit ainsi. Or doncques, dit il, comment cuides tu que cela se peut mieux faire, que si on le fait l'esté, en remuant fort souvent la terre? Pour vray, dis je, il m'esl bien advis que je sçay cela fort bien , qu'il n'y a point de meilleur moyen pour mettre les mauvaises herbes tout dessus k fleur de terre, ny pour les faire havies^ par les chaleurs, et la terre cuite par le soleil, que de la virer avecques les bœu& au fin milieu du jour et de l'esté^. Et si les hommes, dit il, virent la terre, et la font k bras, est il mal aysé k cognoistre , qu'il est besoing

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