‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 173 sur 293 · Terme alors fort reçu, même dans le style noble · texte numérisé non relu

Terme alors fort reçu, même dans le style noble

Tes deux utins de neige et d'yvoire conceos , lit-on dans les Ters de Ronsard à MwrU,

)etits pots mesmes qu'on luy donnoit, k quoy iUe prenoit son esbat \ et k tous ses jouets, »mme ayant envie de faire part, et mettre en mnmun^ ce qu'elle avoit de beau et plus kggreable en toutes choses qui luy donnoient lanetemps , les conviant par une grande cour- MBe' de manger k sa table. Or, ma femme, je m flçay pas pas pour quoy toutes ces façons, pu, elle vivant^, nous donnoient tant de plaisir, MÎntenant nous donneront peine, et nous tramlleront, quand nous y penserons; mais aussi ]t crains qu'en voulant chasser la douleur, nous ne chassions tout d'un coup la souvenance *, comme faisoit Climene ^ qui dit :

Je me des|;»lais des lieux où la jeunesse

1. Plaisir, amusemeDt.... 6«6afre, amuser; Ronsard, dus ses Odes :

Cependant que jeunes nous sommes , Esbatons la fleur de nos ans.

1 S«r ce toor qui paraîtrait anjoard'hui incorrect, mais Vd était alors admis, v. p. 156, n. 1.

3. Cowrlois (de court , cour) , affable , gracieux , préveniDt, en outre, inoffensif: aossi appelait-on lances eoicr- (oûei a celles dont les fers estoient rabatns et non esmonlns, desquelles on combat en lice pour déduire soy et les dames. y> Nicot.

4. Sur ce participe présent sans accord avec son sujet, cf. p. ll,n. 1 et p. 236, n. 3.

5. Et y dans ses Elégies, Ronsard a dit avec TAme et l'ictent d*un poëte :

Soayent le souvenir de la chose passée , Quand on le renouvelle , est doulx à la pensée.

6. Mère de Phaëton : v. Hygin, Fab., 152 et 154 ; Ovide, tfélam., II, $9.

A escrimer et à luicter s'adresse;

Les arcs aysez de cormier me desplaisent ^

Tant elle craignoit et fuyoit le souvenir de son fils qui tousjours raccompaignoit : car nostre nature fuît volontiers cela dont elle receoit peine. Or faut il, tout ainsi comme elle se rendoh telle en nostre endroict, qu'elle nous faisoit sentir tous les plaisirs du' monde k nous festoyer, k se faire veoir, à se faire ouïr, que pardt lement k ceste heure la souvenance d'elle de^ meure tousjours et vive dedans nous, apportant avecques soy un plaisir plus grand , m^ de beaucoup, que non pas l'ennuy : au moins si nous pensons qu'il est raisonnable que nous mesmes tirions quelque proufit, au besoing, des advertissemens que nous avons fait souvent ï plusieurs autres. Il faut doncques entretenir ceste plaisante mémoire, et non pas meiner dueil , et se desconforter ^ tant et lamenter, qu'il semble, k veoir, que pour l'ayse qu'on a receu quelqoiesfois, on vueille maintenant rendre en payement an double de fascheries et d'ennuis.

Ceux qui viennent de Ik où tu es, vers moy, m'ont bien rapporté une chose, pour raison de laquelle ils t'admirent grandement : c'est que ta

1. Vers d*une tragédie d'Euripide intitulée PhaéUk9»i qui a été perdue; y» Plutarque, Sympos. , IV, 2, t. viH, p. 642, édit. Reiske.

2. y. p. 2i7, D. 3;et cf. pour la pensée, Plutarqae, Vie de Solon, c. 41.

i'aspointprins nouvel habillement* , n'en rien dif* formé ne gasté ta façon accoustumee, en toy, ny m teschambrieres-, qu'il n'y avoit à l'enterrement incun appareil somptueux qui sentist sa pompe (t superfluité ; mais que le tout a esté conduit ivecques grande discrétion et sans bruit , k la tompaignie seulement de nos plus proches païens. Quant est de moy, sçachant bien que tu le prins jamais de belle robbe pour aller aux MX et k la feste, mais as tousjours pensé que a somptuosité ne sert de rien, non pas mesmes KNir la volupté , je ne me suis point esbahy Toilendre que tu ayes entretenu en la tristesse mk asseurance et modeste simplicité. Aussi il le fout pas seulement qu'une femme de bien se prde pure et entière, aux festins et aux jeux', Bais qu'elle pense que l'esbranlement que fait sn nous la douleur , et le mouvement des fassheries, n'a pas moins de besoing d'une ferme discrétion qui combate, non pas, comme plusieurs estiment, contre l'amour que naturellement nous debvons aux nostres, mais contre les désordonnées passions de l'esprit. Car nous ottroyons^ cela k la naturelle affection d'hono-

1. Pour exemples aDalogues, y. Platarque, Consolation ààpoUonius, c. tf9, 60 et 62 ;^Cicéron, Tusc, 111,26 ; Ya- Ure-Maxime, V, 10 {exi. l); Elicn, Var.Hisl., IX, 6.

1 Dans les fêtes des Bacchanales , dit Plutarqoe ; allusion à un passage d*Euripide, cité dans la Vie de Tibérius Oraechus et qui appartient aux Bacchantes, y. 314 à 3i9 ^ ^.Tanchn.; sur les Bacchanales, y. Tite-Liye, XXXIX, 8. 3. Accordons... Ottroi, octroi, concession ; hasse latinité , otriare.

rer ceux qaisont morts, de les regretter, de s'en souvenir. Mais certes ce désir désordonné de meiner dueil, desvoyant^ l'esprit et le meinant parmy les lamentations et travaux , n'est pis moins vicieux, à le bien prendre, que la d^ lution aux voluptez. Mais on pardonne ï h tristesse plus volontiers et à bon droict*, d'«h tant que ce qui est en elle de vicieux, en liai de plaisir , a tousjours avecques soy la peine et l'amertume. Car qu'est ce qu'on pourroit trouver plus desraisonnable que de défendre le lÎR excessif et la joye désordonnée, et puis après se laisser du tout aller aux desbordeme&â des pleurs et des plaintes qui viennent de la mesae source' d'où partie plaisir desmesuré ? Et quelle

1. (Deviare) , détoarnaiit de sa voie, de la raison... Il desvoyer, s'égarer : on disait également au xvi* siècie,in homme, un chemin, un estomac desvoyez» Du Bellay, dins son Olive, sonnet 108*, ioToquant le Seigneur DîfN, s'écrie :

Guide les pas de ce cœur desvoyé!

2. C'est sans raison que Von pardonne à la tristei$i$ convient-il plutôt de dire , en admettant une correctioo proposée parReiske, t. viii , p. 403.

3. De la même force, porte Tédition originale ; ix |iUk ^YiYfiç, lit-on dans le grec. Pour s'expliquer cette faute, fii ne peut appartenir à La Boëtie , il faut se rappeler qtt'to XVI* siècle on donnait en général à la lettre o lesondi la diphthongue ou ; et souvent aussi Ton écrivait Jwt^ pour force* Bon. des Periers^dans la paraphrase do portrait de la femme forte, par Salomon : Elle ceint , dit-il,

Non rebourse (revéche) Ses reins de puissance eijfburce.

De là une confusion facile à comprendre, d'après rb*l>^'

raiscm peuvent avoir plusieurs maris d'entrer en pierelles avecques leurs femmes pour les garder de porter des senteurs etdel'escarlate, si après h leur accordent de se tondre pour le dueil, le prendre nouvelle teinture de robbe noire , de demeurer en un lieu assises ou mal couehees, sans se bouger , choses certainement kmtes indignes et mal advenables * ? Et, ce que je Ireave encores plus nouveau^, n'est ce pas dMise estrange de veoir qu'alors que les femmes flsqipeut et tormentent les valets et les chamkrieres oultre mesure et sans raison, les maris mpeschent cela et les engardent^*, et quand iHeB mesmes sont vivement tormentees et cruelhnent par elles mesmes, ils n'en font aucun compte , et les laissent k ce besoing et en ce trouble d'esprit, où elles avoient besoing de Ubonté et doulceur d'eux et de leur courtoisie ? Mais entre nous, ô ma femme , nous n'avons jamais encores eu desbat aucun pour ces choses ; « n'aurons nous pas à ceste heure pour ceste

Uide où était Montaigne, pour tout ce qu'il publiait, a de le le mesler ny d'orthographe, ny de ponctuation, et, où loQ rompoit le sens, de s'en donner peu de peine,... chas- ^ main , chasque ouvrier y apportant ses fautes, p SitaU, m, 9.

1. Expression beaucoup moins usitée que ffial adve- HOfilef (qns maie adTeniunt), mais qui a le même sens : ificoDYenantes.

1 Ce sont là, pour parler la langue de Montaigne, des Umgueries superflues : ni ce membre de phrase, ni celui qvi termine la phrase précédente , ne sont dans le grec.

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