L'attire, excite son envie
Quelque autre part, puisqu'il n'a la plus grande. L'honneur n'a point de si dernière place, Que des plus grands désirer ne se face *.
Or est ce bien un grand abus, s'on cuide* Que d'inventer la fontaine soit vuide.
De veoir le fond on ne doibt présumer De nostre esprit, ny le fond de la mer. Des grands discours la semence infinie D'œuvre nouveau pour jamais est fournie. Nostre esprit prend en sa source éternelle Or une chose, or une autre nouvelle ; Or ceste ci, or ceste là il treuve , Et puis encor une autre toute neuve*.
Ainsi voit Ion en un ruisseau coulant*
. i( Teneat tamen eum cursum quem poterit. Prima
m sequentem , honestum est in secundis tertiisque
sistere. » Gicéron , loc, cil*
. Si Ton croit ^ que de penser : y. p. 131, n. 4.
. Ce passage rappelle les paroles enthoasîastes du mé-
mane, dans la scène citée de Piron :
lU (les anciens) ont dit, il est vrai, presque tout ce qu'on
[pense :
Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance. Mais le remède est simple : il faut faire comme eux; Ils nous ont dérobés : dérobons nos neveux ; Et tarissant la source où puise un beau délire, A tous nos successeurs ne laissons rien à dire.
u Montaigne a cité dans les Essais, III , 13 , cette cieuse comparaison , en l'appliquant aux inquisitions l'esprit humain : « Ses poursuites , dit-il , sont sans me et sans forme...; c'est un mouvement irregulier, petuel , sans patron et sans but : ses inventions s'esluffent^ se suivent et s'entreproduisent l'une l'autre :
Ainsi voit Ion.... »
Sans fin l'une eau après Tautre coulant*; Et tout de rang d'un éternel conduit, L'une suit l'autre, et l'une l'autre fuit : Par ceste ci celle là est poulsee *, Et ceste ci par une autre avancée :
Tousjours l'eau va dans l'eau, et tousjours estcc Mesme ruisseau, et toujours eau diverse**
Certes celuy que la muse amiable Voit en naissant d'un regard favorableS Si mille et mille avant lui ont chanté
1. Ainsi Ronsard, dans ses Elégies, se peint Ini-mème Voyant onde sur onde allonger sa carrière ,
Et tlot à l'autre Ooten roulant s'attacher.
2. Bossaet a dit, dans une de ses premières oraisons funèbres , l'an des essais aajoard'hui inconnus de sa jeunesse, par lesquels il s'élevajusqu'à ses chefs-d'œayre (celle de Henri de Gornay) : a Les années se poussent comme des flots;» et il est revenu, en célébrant la mémoire delà duchesse d'Orléans , à cette magnifique comparaison , tirée de l'Ecriture : ce De quelque superbe distinction que se flattent les hommes..., leurs années se poussent successivement comme des flots; ils ne cessent de s'écouler....»
3. Il faut supposer, remarque M. Eloi Johanneau, dans ses notes sur Montaigne, qu'on prononçait, au moins dus le pays de l'auteur, divesse pour diverse. Au reste, cette rime imparfaite ne nous surprendra guère, d'après ce qui a été dit dans la note 5 de la page 429, à II fin.
4. Quem tu , Melpomene , scmel Nascentem placido lumine videris...*
Horace, 0(2., IV, 3, 1 ; et Du Bellay, dans si pièce à ifos-
«teiir d'Avanson :
Celuy qui a de l'amoureux bruvage Gousté , mal sain, le poison doulx amer , Suit le lien qui le tient en servage : Pour ce me plaist la douice poésie Et le doulx traict par qui je fus blessé ; Des le berceau, la muse m'a laissé Cest aiguillon dedans la fantasie.
Ce qui luy est à chanter présenté, La mesme chose encore il chantera, £t sa chanson tonte neuve sera : Si en un lieu après plusieurs il passe, En y passant il efface la trace.
Tousjours depuis que la voye est tracée , Plus on y passe et plus elle est aysee : Boncques je croy qu'il ne faut jamais craindre Que d'inventer le fond on puisse attaindre.
Ainsi je n'ay onc aymé de changer En nostre langue aucun œuvre estranger, Et j'ayme mieux de moy mesmes escrire Quelque œuvre mien, encores qu'il soit pire; Et quelquesfois, o ma grand' Marguerite , Si je traduis, ma plume s'en despite, D'estre asservie à tourner un ouvrage, Qui n'est pas mien, en quelque autre langage. Mais à ce coup, par ton conmiandement.
Je t'ay tourné le dueil de Bradamant : Bien qu'à tourner ma Muse soit craintive. Quand tu le veus, si faut il qu'elle suive. Pour te servir, il n'est rien impossible Aux grands efforts de mon cœur invincible : Car pour te rendre, en tout, obéissance. Mon grand désir m'en donne la puissance. Je toumerois pour toy non pas des vers. Mais bien je croy tout le monde à Fenvers; Et fallust il * à mon ayde appeller La triste Hécate, et hardy me mesler Parmy l'horreur des magiques secx'ets»
1. L'édition originale porte : et faillisl il, leçon qui , près vérification attentive des divers sens de faillir à «tte époqae, ne m'a pas para admissible.
LaBoëtie. tl
£t de Merlin les mystères sacrez, J'irois chercher les herbes recelées Pour le sorcier aux thessales vallées*.
Je toumerois et Tun et l'autre pôle Pour obeïr à ta forte parole; Pour obeïr à un clin de tes yeux, Je toumerois dessus dessous les cieux^ Bref, si par toy il estoit ordonné, Tout de ma main je croy seroit tourné* Ma volonté, envers toy obstinée, Celle sans plus ^ ne peut e^e tournée.
PlaùUes de BradamatU.
Je Tay promis , il faut qu'or Je le cbanteS
1. Allusion aux superstitions jmtifpies, bizarrement mêlées à celles qui leur succédère&t dans les sociétés modernes. Pour Tenchantenr Merlin, « l'un des persomiages les plus populaires du moyen âge, » comme Ta dit M. VUlemain {Utoy. Ag,,i» i, p. 264), on sait que sa yie a étéle sujet d'une infinité de récits fort goûtés àe nos pères, et qu'il est question de lui dans tous les romans de dieyalerie et de féerie. Sur rinterrention de la lune, onpeot Yoir, plus haut, la note 3 de la p. 315. Quant aux herbes des Yallées thessaliennes, elles Jouent surtout ui graad rôle dans VAne d'or d'Apulée : cf. Juvénal^ VI, 610; Ti' bulle , II , 4, ad fin. ; Martial, IX, 80,^, «t Du Bellsf, Zc comptoiniedti Désespéré,