‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 39 sur 293 · Cor, cornet, pour kucher (appeler} les chiens · texte numérisé non relu

Cor, cornet, pour kucher (appeler} les chiens

ils frères. Doneques celuy Ik avec ses loix et sa police nourrit et feit si bien les Lacedemoniens, que chascun d'eux eust eu plus cher de mourir de mille morts, que de recognoistre autre seigneur que la loy et le roy * .

Je prens plaisir de ramentevoir^ un propos que tinrent jadis les favoris de Xerxes, le grand roy de Perse, touchant les Spartiates. Quand Xerxes faisoit ses appareils de grande armée pour conquérir la Grèce , il envoya ses ambassadeurs parles citez grégeoises', demander de l'eau et de la terre (c'estoit la façon que les Perses avoient de sommer les villes). A Sparte ny à Athènes n'envoya il point: pour ce que, de ceux que Daire * son père y avoit envoyez pour faire pareille demande, les Spartiates et les Athéniens en avoient jecté les uns dans les fossez, les autres ils avoient fait sauter dedans un puits, leur disans qu'ils prinssent Ik hardiment

1. La loy et le roy, c.-à-d. la monarchie tempérée par les lois; Toilà donc ce que demande La Boëtie. N'est-ce pas là cette alliance jadis impossible , comme dit Tacite {Àgricola, c. 3), principalus et liberlalis, réalisée enfin parNenra et par le prince à quiPlinelejeane disait dans son Panégyrique «c Regimur quidem a te , et subjecti tibi, led quemadmodum legibus sumus , e. 24, » mais qui devait l'être bien mieux encore par le système politique de nos jours ?

2. Rappeler... l{amen(evoir, je ramenloyj'ay ramenlu, 3. Grecques... Ronsard , dans ses Sonnets à Marie, parle

des beaux Ters qu'il avait

En sa langue traduits du Pindare grégeois, 4. Darius... Voy. pour ces faits, Hérodote, 1. VI, c. 48, 49, «4; I. VIÎ, c. 5, 8, 32, surtout 133.

de l'eau et de la terre pour porter k leur prince. Ces gens ne pouvoient souffrir que, de la moindre parole seulement, on touchast a leur liberté. Pour en avoir ainsi usé, les Spartiates cogneurent qu'ils avoient encouru la haine des dieux mesmes, spécialement de Talthybie, dieu des heraults * . Ils s'adviserent d'envoyer à Xerxes, pour les appaiser, deux de leurs citoyens, pour se présenter k luy , qu'il, feisl d'eux a sa guise et se payast de là pour les ambassadeurs qu'ils avoient tuez à son père. Deux Spartiates, l'un nommé Specte , l'autre Bulis^, s'offrirent de leur gré pour aller faire ce payement. Ils y allèrent, et en chemin ils arrivèrent au palais d'un Perse que Ion appeloit Gidarne^ qui estoit lieutenant du roy en toutes les villes d'Asie qui sont sur la coste de la mer. Il les recueillit fort honorablement ; et , après plu- • sieurs propos tombans de l'un en l'autre, il leur demanda pour quoy ils refusoienl tant l'amitié du roy : « Croyez (dit il), Spartiates , et <( cognoissez par moy, comment le roy sçait ho- « norer ceux qui le valent ^ et pensez que, si « vous estiez à luy, il vous feroit de mesmes. « Si vous estiez k luy, et qu'il vous eust co-

1. Il s'agit , suivant Hérodote, 1. VII, c. 134, de Talthybius , qui avait été le héraut d'Agamemnon ; y. Homère, IL, 1,320, sqq.

2. Hérodote les appelle Sperthiès , fils d'Anériste , et Boulis, fils de Nicolaos.

3. Hydarnès , gouverneur de la côte maritime d'Asie , dit Hérodote, 1. VI, c. 135.

« gneus, il n'y a celuy d'entre vous qui ne fust « seigneur d'une ville de Grèce. — En cecy, Gi- « darne , tu ne nous sçaurois donner bon conseil « (dirent les Lacedemoniens), pour ce que le «bien que tu nous promets, tu l'as essayé^ «mais celuy dont nous jouissons, tu ne sçais « que c'est : tu as esprouvé la faveur du roy ; «mais la liberté, quel goust elle a, combien «elle est doulce, tu n'en sçais rien. Or si tu « en avais tasté toy mesme , tu nous conseil- « lerois de la défendre , non pas avec la lance « et l'escu, mais avec les dens et les ongles \ » Le seul Spartiate disoit ce qu'il falloitdire : mais certes l'un et l'autre disoient, comme ils avoient été nourris. Car il ne se pouvoit faire que le Perse eust regret à la liberté, ne l'ayant jamais eue , ny que le Lacedemonien endurast la subjection , ayant gousté la franchise.

Caton rUtican^, estant encores enfant et sous la verge , alloit et venoit souvent chez Sylla le dictateur, tant pour ce qu'k raison du lieu et maison dont il estoit, on ne luy fermoit jamais les portes, qu'aussi ils étoient proches parens. Il avoit tousjours son maistre quand il y alloit, comme avoient accoustumé les enfans de bonne part. Il s'apperceut que dans l'hostel de Sylla, en sa présence ou par son commandement , on emprisonnoit les uns, on condamnoit les autres,

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