‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 44 sur 293 · Non pas dans ce traité faussement allégué par La · texte numérisé non relu

Non pas dans ce traité faussement allégué par La

nage avait certes le cœur en bon lieu , et le moDStra bien alors que le grand roy le voulut attirer près de luy a force d'offres et grands presens ; et luy , respondit franchement qu'il feroit grand' conscience de se mesler de guarir* les barbares , qui vouloient tuer les Grecs , et de rien servir par son art à luy qui entrepre- Doit d'asservir la Grèce. La lettre qu'il luy envoya , se voit encores aujourd'huy parmy ses autres œuvres , et tesmoignera pour jamais de son bon cœur et de sa noble nature*. Or il est doncques certain qu'avec la liberté tout k un coup se perd la vaillance. Les gens subjects n'eut point d'alegresse au combat ny d'aspreté. Ils vont au danger comme attachez , et tous engourdis , et par manière d'acquit *, et ne sentent point bouillir dans le cœur l'ardeur de la franchise y qui fait mespriser le péril et donne envie

Boëtie,mais dans celui qui est intitulé : Ilept àépa)v,{)6àTci>v, TDTCttv, § 40 et 41. On peut voir tout le passage auquel il est fait ici allusion , admirablement traduit et commenté par M. Villemain, Littérature au xvui^ siècle, t. I . p. 413 et suiY., 2'' édit. Montaigne, Essais, 1,25, rappeUe ce mot de PImarque (de la mauvaise Honte, c. 7 ) c< que les habitans de TAsie servoient à un seul^ pour ne sçavoir prononcer ooe seule syllabe, qui est non, n

1. !Nos paysans prononcent encore ainsi le mot guérir. Au lieu d'en rire , il faut reconnaître , et cette observation pourrait s'appliquer à bien d'autres mots , qu'ils ont retenu plus fidèlement la langue de nos pères.

2. C'est à la fin des œuvres d'Hippocrate que l'on trouve les lettres auxquelles ces détails sont empruntés , celles d Artaxerce à Hystane , d'Hystane à Hippocrate , et la réponse d'Hippocrate à celui-ci.

d'acheter, par une belle mort entre ses compaignons, l'honneur de la gloire. Entre les gens libres, c'est à l'envy, k qui mieux mieux, chascun pour le bien commun , chascun pour soy : là où ils s'attendent d'avoir toute leur part au mal de la desfaite ou au bien de la victoire. Mais les gens assubjectis, outre ce courage guerrier , ils perdent encores en toutes autres choses la vivacité , et ont le cœur bas et mol, et sont incapables de toutes choses grandes. Les tyrans cognoissent bien cela ^ et voyans qu'ils prennent ce ply, pour les faire mieux avachir' encores , leur y aydent ils.

Xenophon , historien grave et du premier rang entre les Grecs , a fait un livret auquel il fait parler Simonide avecques Hieron , le roy de Syracuse, des misères du tyran \ Ce livre est plein de bonnes et graves remonstrances , et qui ont aussi bonne grâce , a mon advis , qu'il est possible. Que pleust k Dieu que tous les tyrans qui ont jamais esté l'eussent mis devant les yeux et s'en fussent servis de miroir ! Je ne puis pas croire qu'ils n'eussent recogneu leurs verrues , et eu quelque honte de leurs taches. En ce traicté il conte la peine en quoy sont les

1. a Avachir, devenir lasche comme une vache, suivant Nicot : car on dit d'un homme qui est vuide de force : c'est une vache. »

2. 'lépwv ^iTupavvoç: cf. Xénophon, Mémoires sur Sacrale, 1. IV, c. 6. Dans Hiéron, à la peinture du sort d'an tyran , se trouvent entremêlées d'excellentes observa* tions sur Tart de gouverner.

lyrans qui sont contrains , faisans mal à tous, se craindre * de tous. Entre autres choses il dit cela, que les mauvais roys se servent d'estrangers k la guerre , et les souldoient % ne s'osans fier de mettre a leurs gens ( ausquels ils ont fait tort) les armes en la main. Il y a eu de bons rois qui ont bien eu à leur solde des nations estrangeres , comme des François mesmes , et plus encores d'autres fois qu'aujourd'huy , mais à une autre intention, pour garder les leurs, n'estimans rien de dommage de l'argent' pour espargner les hommes. C'est ce que disoit Scipion (ce croy je, le grand Afriquain) qu'il aimeroit mieux avoir sauvé la vie à un citoyen que desfait * cent en-

Page 1