‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 74 sur 293 · Le %me dit : qu'il en ftt acquisition d'une matlfeas^t · texte numérisé non relu

Le %me dit : qu'il en ftt acquisition d'une matlfeas^t

éTtt^pav...

DE XEMOPHON. iH

rast mal de sa personne, mal de son esprit, lal des a£bires de sa maison, comment îs en Ik* seroit k celuy l'argent proufîtable? !8 nullement. Autrement aussi bien dirons ; k ciguë " estre de nostre bien , qui fait ttir insensez ceux qui en ont mangé. — Donc* , ôCritobule, l'argent, tant qu'il est entre 18 d'homme qui n'en sçait user, renvoyons i loing et en faisons si peu de compte, ne soit pas seulement compté entre les s de celuy qui les a. Mais des amis n dirons nous, si on en sçait imer, de m qu'on puisse faire son proufit avec eux? — liment ils sont de nos biens, dit Gritobule, our vray beaucoup mieux que les bœufe de harrue, si plus que des bœufs nous rece* I prouflt de nos amis ^ . Et les ennemis donc- ;, à ce compte, dit Socrates, sont du bien

Qrts, que Ton* écrivait aussi ore, enfin or : mainli'y d'ores en là, dès lors. Ronsard, dans ses odes, lignant de la vieillesse :

Mai» ores i'ai le corps plus dur..«.

n s'agit de la jusquiame ou hanebane. V. ce que le celte plante vénéneuse Elien, cité par Matthiole =868 Commentaires but Diosceride, IV, 64. On sait que Montaigne a honoroil à merveille la )0$e de ce J«une soldat à Cyrus (^Cyropédie, VIII, 3), (Uerant à luy pour combien il voudroit donner un al |Mr le moyen duquel il venoit de gargner \e pris i eourse, et s'il le voudroit eschanger à un royaume : •n eertet, sire ; mais bien le ïairrois }e volontiers pour aeqaerir u» amy, si je tronvois homme digne d'une lie tUiance. » Ess., l, 27. Cf. Hém, sur Sœrate, U, 4.

112 LA MESNAGËRIE

de celuy qui s'en peut servir, et en tirer prouût. — Ouy vrayement, ce me semble. — A ce que je voy, dit Socrates , c'est le fait d'un bon mesnager, de sçavoir user de ses ennemis , de façon qu'il s'en serve* . — Mais bien fort, dit il. —Et de vray tu vois, ô Critobule, combien de maisons de simples citoyens sont augmentées par la guerre, combien par les tyrannies.

Or, ô Socrates, ce dit Critobule, tout ce que nous avons dit jusques icy , me semble estre bien : mais que penserons nous que c'est, quand nous voyons par fois des gens ayans bien le sçavoir et les commoditez pour pouvoir aggrandir bien fort leur maison, s'ils y prenoient peine, mais on s'apperçoit bien qu'ils n'en veulent rien faire ^ et pourtant^, voyons nous que, à ceux là, le sçavoir leur est inutile. Dirons nous autrement d'eux , sinon que, k ceux cy, le sçavoir n'est point de leur bien, ny de leur avoir? Tu veux parler des serfs, ô Critobule, respon-

t. « Ce que Xenophon escrit que les sages receoiveot proufit de leurs adversaires, il n'est pas raisonnable que nous le mescroyons^ mais il nous faut cercher Tart etli science de pouvoir attaindre à ce bien là.» Plutarque, traduction d'Amyot , de V UlilUé à tirer de ses enmmis, c. 1.

2. C'est-à-dire par ce motif.... M. Ampère remarque n sujet de ce mot, dans son Histoire de la formation de to langue française, p. 291 : « Pourtant est aujourd'bai synonyme de cependant; il exprime une opposition avec ce qui précède ; mais encore au xvi« siècle, il avait quelquefois une signiGcation toute contraire;. il voulait dire: d'après cela , cela étant. y>

lit Socrates. — En bonne foy, non pas des serfs , lit il, mais d'aucuns qu'on pense bien estre le fort bon lieu , lesquels je voy , les uns bien lAtendus aux arts de la guerre, les autres k «ai de la paix, et toutesfois ils ne les veulent m employer ^ et cela mesme k mon advis en st la cause, pour ce qu'ils n'ont point de aaistre qui leur face faire. Et comment seroit I possible, dit Socrates, qu'ils fussent sans naistre? Ils désirent de vivre bien k leur ayse, b veulent faire toutes choses pour avoir des Mens 5 mais après, quelque maistre vient au devant qui les engarde* . — Et qui sont ils doncques :e8 invisibles maistresqui leur commandent, dit [îritobule? — Invisibles certesne sont ils pas, mais Ibrt apparens ^ et pour vray, bien mauvais mairtfes sont ils, et pour tels toy mesme les cognois, si tu estimes mauvaises la paresse, la lascheté de cœur et la nonchalance. Encores y a il d'une autre sorte de maistres, vraye- Bient pipeurs * : ce sont les jeux, et les compaignies inutiles. Ces maistres font le semblant et portent la mine de plaisirs et de passetemps ^ et avec le temps se font veoir k clair , et co~

t Qui s'oppose à lenr désir.... Nicot cite beaucoup ^'exemples do verbe engarder, empêcher : a Entre , si tTeoi; personne ne Vengarde : nemo prohibet,te im-

1 Trompeurs.... « Piper, dit Nicot, c'est proprement 'il^t pour contrefaire les oiselets, et, par métaphore^ est décevoir : y> de-ptpe, petit morceau de bois que les seleurs mettaient dans leur bouche à cet usage ; de là

Ii4 Là MfiSNAGERIE

gnoistre k ceux là mesmes qu'ils ont pipé * , que ce ne sont que tourmens entrelassez de voluptez, qui yenans à maistriser ceux qui les suivit, les retirent* de s'employer k ce qui leur ser^l* proufitable. Mais il y a des gens encore d'aukt^ sorte , que tout cela ne desbauche ^ point èH. leur besongne, ains travaillent bien fort cotf^ rageusement, et pourchassent dé gaigner W

prendre à la pipée, piperii, Rbnsard , danr la pièce eft* il raconte sa vie, parle '

des mesdisans Pipans les grands seigneurs d'à ne belle apparence.

1. On a déjà remarqué, au sujet d*une phrase de BftfH taigne, qu'à cette époque le participe passé, accompaglU^de Tauxiliaire avoir , a'aceordait généralement avec mm^ régime direct, lersqn'il en était précédé (ainsi nodr rapprend une épttre plaisante de Marot); mai» que néaiHf: moins, même après que Vaugelas et Port-Royal enreatt. érigé cet usage en règle, d'excellents auteurs s'en éeiN tèrent plus d'une foi» jusqu'à la fin du xvii* sièclfi. fe n'est donc paa surprenant qu'on puisse citer dans lA Boëtie quelques exemples, où le participe passé se troave; écrit comme dans ce passage.

2. Détournent.... Belirer de mal faire, redYtfr son eifiill de penser à ses affaires ; locutions cit.ées par Ntcoi. , !

3. Écartent.... L'élymologie de ce verbe est, suivait Ménage, de, et bauche, vieux mot qui signifie boutique: . de là embaucher, mettre quelqu'un en boutique; dibWr cher, Urer quelqu'un de la boutique où il travaille; ensuite est venu le sens figuré : éloigner de la bonne TOil/ de la sagesse. Conformément à l'acception primitivt, ai* dit encore , comme an xvi' siècle : «t II a débauebé' ev* valet de mon service. » Les locutions qui pénélifcnit le plus avant dans la famille , parce qu'eltoa en eipriintit fes besoins et les accidents journaliers , sont «oaai lai< plus vivaeea et les plus durables.

DE XENOPHON. ilo

hieiis, et toutesfois ils détruisent lenr maison, et wi tenas en telle destresse, qu'ils ne sçayent fie faire. Car ceux là aussi, dit>il, sont en lervage, sous la puissance de maistresses bien eiiibles, les uns de la friandise, les autres de la (ouraiandise* , ceux cy de l'yvrongnerie, ceux là Pime ambition et magnificence sotte et despen- Hve^, qui commandent bien si oultrageusement, I ceux qu'elles ont saisis, que tant qu'ils sont eones et puissans pour travailler, elles les eo»nignent de leur porter tout ce qu'ils tirent de a peine qu'ils jNrennent , et de le despendre à HMilenter leurs désirs. Mais après quand elles Im sentent foiUes, et sans pouvoir pour sonf- Kr le travail, à raison de la vietllesse, elles liiDcqiies tes laissent kmguir et vieillir en |6iDe,cbetifs et malheureux. De rechef s'essayent Retrouver ailleurs d'autres serfs, pour se servir de mesmes : mais contre cela, ô Critobule, il faut combatre ne plus ne moins pour la liberté, comme on feroit contre les enne- K estrangers, que nous voudrions asservir iwcques les armes. De vray souvent on a veu par fe passé, que les ennemis, ayans pour eux la kù» du nombre et de la vaillance, quand ikassobjectissoient quelque nation, la contrai*gMîeiit âeveûîr meilleure, et faisoient vivre

i. Plutôt de rincontinence....

i. Nicot ne donne que despensier, despensiere, et même fe$pendewr : Quant à despensif, il me paraît être « du reo de Gatcoifpie. y>

116 LA MESNAGERIE ^

depuis tousjours les vaincus plus k leur ayse, \

pour s'estre amendez et rendus plus sages. î

Mais toutes ces niaistresses ne cessent jamato c

de gaster et diffamer les corps des personnes;' i

et les cœurs et les biens, tant qu'elles les goi^ k

vernent. Critobule lors parla k peu près ainsi >■ I

Pour le regard de ce propos je me contentif . î

fort, et suis bien trompé si je n'en ay assc*- !

entendu par ce que tu en dis. Et de ma part' ■

m'examinant moy mesme, je me treuve, ce ib4« i

semble , passablement délivré de ces passi(«li .

là; de sorte que si tu m'advertis, en quoy fai^

sant j'augmenteray mon bien , je me fais bietf*

fort que ces maistresses Ik que tu appelles,"

ne m'en sçauroient garder. H

Or donne moy doncques quelque bon cwh?

seil , si tu en as : sinon que possible , ô Som

crates, tu ayes desjk ainsi ordonné de ino]fiV

que je suis assez riche , et te semble que mô^

huy je n'ay pas plus besoing de grande richesse.- '^

Pour vray, dit Socrates, si tu parles aussi de

moy , il ne m'est pas advis que j'aye affaire de

plus grand bien que celuy que j'ay ; et treuife

que j'ay de quoy, autant qu'il m'en faut. MA

de toy certes, ô Critobule, j'ay ceste opinion,' .

que tu me semblés estre fort pauvre , et si dil

vray il est par fois que j'ay grand'pitié de toji

Lors Critobule se print k rire, et dit : Et jeté

prie pour Dieu , ô Socrates , dis moy combien

tu penses qu'il se trouveroit de ton bien k ki

vendre et combien du mien? Et je pense, dit

)crates, si je venois à rencontrer un acheteur, )mme de bien et raisonnable , qu'il se trou- SToit fort ayseement, de tout ce que j'ay avecles ma maison, cinq mines * -, et sçay bien cerdaement que de ton bien il s'en feroit d'argent lus de cent fois autant. Et encores sçachant da, dit Critobule, tu ne penses pas avoir beling de plus grande richesse, et me plains a loy pour ma pauvreté. Pour ce, dit Socrates, ne ce que j'ay est suffisant pour fournir ii ce u'il me faut; mais à toy, au train que tu as fins, et pour la façon dont tu t'es accoustré, i pour ta réputation , s'il t'en venoit encores im fois autant que tu en as k ceste heure , c&eore ne penserois je pas qu'il y en eust trop pour toy. Et comment cela, dit Critobule? Socrates le luy déclara. Premièrement, dit il, pwr ce que je voy qu'il te faut faire sacrifice de (losieurs et grandes hosties^, et c'est k toy un ftire il le faut: autrement combien de gens fc trouveroient mauvais^, etcroyje qu'ils ne

t. La mine, qui était la soixantième partie du talent M valait 100 drachmes , représentait comme monnaie ■e somme de 92 fr. 16 c. Au sujet de cette évaluation ^ ta fortune de Socrate , cf. Plutarque, Vie d'Arisiide, ^ 1, et Vapologie de Socrate dans les Déclamalions de \ UWnias, t. m, p. 7 de Tédit. de Reiske.

l(Hostia], victimes... . Ce mot ne se trouve pas dans RKot;mais Amyot Ta aussi employé : dans la traduction fc traité de Plutarque sur la Curiotilé^ il parle au c. 10 ^àtihosUes d'exécration et de malédiction. » S. Ta attirerais sur toi , dit le grec , le courroux des ^^ et des hommes....

118 LA mesnàgerie

te le souffriroient pas. Âpres il te faut tesir maison ouverte à plusieurs hostes allans et Te* nans, et leur faire magnifique et somptneu traictement. Puis il te faut festoyer tes citadia^ et leur faire du bien , ou d^nourer abandeMi d'amis qui te soustienneut ; et encores je m'i^ perçoy, que la ville commence desjk k H: mettre sus des grandes despenses , comme Y» tretien des grands chevaux, l'appareil des jeta ^ le gouvernement des palestres' et autres char^| Et après si la guerre vient , je suis seur qu'i te rechargera de la solde des galères, et de de subsides, qu'à grand'peine les pourras porter^ : et si en quelque endroict on que tu ailles escharcement ^ à faire ce qui te

1. Le texte ajoute : f( le patronage des étrangen, 0j^ fallait, à titre de patron, les défrayer souvent, les seea«j}i rir dans le malheur et ménie payer, à leur défaut, lesiNh-i positions que prélevait sur eux le trésor. Y. Lysiaij: > adversus Philonem, init.; Pollux, Onomasticum, ih, 4^ 1. 1, p. 294 de redit, in-folio d'Amsterd., 1706; cf. Barth^ : lemy. Voyage du jeune Anacharsis, VL

2. Voy. au sujet de ces charges imposées aux nâm'-' par tes Athéniens, Démosthène, Tcepl <7V(i4i.optci>v, iwri^-i classes des armateurs, et discourscon(r< la loi de Uflifif^'i Cf. Montesquieu , Esprit des lois, XIII, 7; XXJV, l|iij Barthélémy, Voyage, etc., LVI; Lettres athémmamm^ XXXIII ; Anliquili's grecques de Robinson, II, 8; HM toutWolf, in Prolegomenis ad Leptineam, et le tavaft ouvrage de Boeckh, Die Staatshaushaltung der AtbemtU' Economie politique (ctvi/e serait plus justic ) des Atk*^ niens.

3. Mesquinement, chichement... Eschars, esckar,(^9t^ celui qui lésine; escharcelé, épditgne ou plutôt vileiii#

enjoinct, je me tiens pour dit que les Athéniens ft^en prendront à toy pour se venger, ne plus ■e moins que s'ils t'avoient trouvé desrobbant le leur propre. Puis, oultre tout cela, je voy que tu penses estre riche, et n'as soin ny soucy de pourchasser du bien , mais au lieu de cela tu as le cœur à l'amour, estimant bien avoir le de quoy pour le faire : voylk pourquoy j'ay |itié de toy, et ay grand'peur que k la fin il ■e t'en faille souffrir quelque mal incurable, A de te veoir jeduit k quelque extrême souf- Irance. Or quajat k moy, je pense que tu sçais lien, encores que j'eusse faute de quelque diose, qu'il ^en y a prou^ qui m'en fourni* niroient k suffisance : de sorte qu'en me donnant tant soit peu , ils feroient refouler le bien

iKharder, épargner à l'excès, être avare: primitivement, uehareer diminuer, affaiblir.

Donner faut suivant son estât ;

Car il ne faut pas estre etchars,

(Tragédie de la Veng« de J.-C. V. Roquefort, 1. 1, 494.)

Suivant H. Etienne, PrecelUuce, p. 4, Tétymologie d>«-

tftoff serait parcui ; exparcus, suivant Mesnage (en ital.

temoet scarsita), eœcUor, d'après Roquefort. D'autres

'iilB ont assigné à ce mot une origine teutonique, karg

; (iTare).— Ne serait-ce pas plutôt tcharren (gratter, ra-

tiner)?

[ i. Prou (probe) synonyme de bien et beaucoup : témoin ciëicton:

Qui a suffisance a prou de bien, dté an nombre de nos vieux proverbes par H. Estienne qui i^ipplaudit fort a de ceste sorte de richesse de nostre tanme. » V. Prec€Uence , p. 171 et 188. Quelquefois aussi prou a simplement le sens d^cueez.

120 Là HESNàGERIE

chez moy a foison * . Mais tes amis ayans beau coup mieux de quoy pour leur bien , que lo pour le tien^, advisent toutesfois vers toy pou en avoir ayde et secours. Lors, dit Critobule k cela vrayement je ne sçaurois que contre dire : mais il est temps maintenant que tu nu gouvernes, k fin que du tout* je ne sois à boi escient misérable et subject a pitié.

Socrates l'oyant parler ainsi , lui dit : Et donC' ques, ô Critobule, ne t'esbahis tu pas toy mesmc de ce que tu fais, qui naguieres, quand je medisoit riche , te mocquois de moy, comme ne sachanl de richesse que c'est -, et n'as jamais cessé, jWSr ques k tant que tu m'as convaincu , et fait confesser qu'il s'en faut encores beaucoup qnï je n'aye vaillant la centième partie de ce qà tu as : et maintenant tu me pries que je te gouverne et que j'aye soing de toy, k ce que ti ne sois pauvre et souffreteux de tout poinct. Pom ce, dit il, ô Socrates, qu'il me semble qw le seul moyen qu'il y a d'estre riche , tu le sçai», c'est de faire abonder le bien : ainsi j'esp«« que toy qui sçais faire espargne d'un petit tt venu , sçauras bien faire d'un grand bien m grande reserve. Et de vray ne te souvient i pas du propos que nous tenions tantost, quam tu ne me laissois pas toucher du pied k tem,

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