‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 93 sur 293 · Cf. Lysias, conlra Simonem, io narrât · texte numérisé non relu

Cf. Lysias, conlra Simonem, io narrât

DE XENOPHON. ioJ

les femmes. Et quant au demeurant ^ dis je, 6 fechomache, l'enseignas tu pour la faire ca^ pabie d'avoir le soing et la cure ^ de ce qu'il faut? Non pas en bonne foy, dit il, que premier je n'eusse fait sacrifice et prière^, que je peusse enseigner et elle apprendre ce qui seroii le meilleur pour elle etpourmoy. Et ta femme, qaoy, dis je , sacrifioit elle point quant et toy, et prioit tout k la fois cela mesme? Mais bien fort, dit Ischomache , et faisoit de grands vœus aux dieux qu'elle seroit telle qu'elle debvoit estre, et monstroit bien k la veoir, qu'elle ne mettroit a mespris les enseignemeus qu'on luy donneroit. De grâce , ô Ischomache , dis je , je te prie, conte moy par où tu commenceas de l'apprendre*; et je t'asseure que j'a*iray beaucoup plus de plaisir de t'escouter parlant de ce propos, que si tu me coutois le plus beau tour-^

i. Quant à ce qui demeure, quant au reste....

1 (Cura ) d'où curieux. Ce mot se joignait générale-^ nient à celui de^oi'n^ dont il était d'ailleurs un synonyme : fivoir cure et soing de son corps, de sa santé, des sciences, d'obéir à Dieu, etc. ; locutions données parNicot.

3. On sait que Socrate voulait que le culte des dieux Consacrât toutes les actions de la vie. Fidèle à la pensée dmnaUre, Xénophon reproduit ce précepte dans tous ses ouvrages; et son traité même du Commandant de la Cavalme, il le commence et termine en recommandant de ne rien faire sans avoir invoqué rassi«tance divine. Cf. Vtrron, de Re rusU, 1, 1.

4. De celle acception du verbe apprendre, déjà rare dans cesens au tvi^ siècle^ du moins à la voix active, nous avons tonservé cette locution : 11 est bien appris , c'est-à-dire te instruit, bien élevé.

138 Là. MESSAGERIE

noy et les plus belles joustes qu'on veit jamais. Et comment penses tu, ô Socrates, que je l'apprins, dit il? Apres qu'elle me sembla desji estre traictable, et assez privée pour raisonner avecques moy, je l'interrogeay k peu près ainsi ; Dis moy, ma femme, t'es tu point encores ad^ j visée à quelle intention je t'espousay, et pour j quoy faire ton père et ta mère t'ont baillée ï | moy pour espouse ? Tu penses bien, je croy, qac j ce n'estoit pour faute que nous ne peussious j avoir d'autre compaignie, ny toy ny moy : mais | c'estoit, que moy délibérant pour moy mesme, j| et tes parens pour toy, de nous trouver , à moy â une compaigne selon mon naturel^ et les tiens ^ k toy un compaignon de mesmes , pour estre i[ communs et en maison et en postérité; nous estans en ceste queste des deux costez, de tons les partis qui se présentèrent, je t'ay choisie pour moy; et tes parens, ce croy je, m'ont choisi pour toy. Quant est des enfans , $i Dieu nous en donne quelque jour, lors délibérerons nous comment il nous faudra faire pour les nourrir et instituer le mieux que nous pourrons : car ce bien Ik nous sera commun aussi entre nous deux, d'avoir des bonnes gardes et nourrissiers de nostre vieillesse. Mais pour ceste heure, ceste maison c'est le bien de nostre société. Car de mon costé, tout ce que j'ay au monde , je le mets en commun , et le déclare tel; et aussi tout ce que tu apportas, tu le feis commun de mesmes. Et n'est jk besoing main^

DE XENOPHON. lo9

tenant de conter* par les menus % lequel de nous deux a plus mis en la communauté : mais il faut tenir cela pour certain que celuy qui sera le meilleur et plus industrieux parsonnier, c'est celuy qui confère le plus en la société. Lors, ô Socrates, ma femme me respondit : Moy pauvre, dit elle, de quoy te sçaurois je ayder? quel pouvoir ay je? le tout est en ta main : et quant est de moy, tout ce que j'ay à faire, c'est comme ma mère me dit quand je vins céans, de vivre chastement. A bon escient, ma femme, lui respondis je, je croy qu'elle te le dit 5 car autant m'en dit ton père. Mais encores il est bien en la puissance du mary et de la femme , en vivant chastement, de mettre si bon ordre, que les biens qu'ils ont desja soient bien entretenus, et faire par honnestes et justes moyens qu'il en vienne encores beaucoup d'ailleurs. Et en quoy vois tu, dit elle, que chose que je &ce puisse aucunement servir à l'accroissement de nostre maison? En quoy, dis je? Efforce toy seulement de faire, le mieux que tu pourras, ce que les dieux mesmes ont dit que tu peus faire , et que nos loix ont approuvé. Et qu'est ce cela, dit elle? Non pas certes petite chose, ny de petite valeur, dis je ^ on il faut estimer de mesmes,

1. Platôt compter: mais à cette époque, comme le remarque M. Ampère, Histoire de la formation de la langue française, p. 228, acompler et conter étaient trèssoinrent écrits Fun pour l'autre.»

2. Par le menu ou les menus ( minutatim ) : avec une nactitude scrupuleuse....

qae la royne * des abeilles qui gouverne aussi la rusche^, a charge de chose de peu d'iInpo^ tance , en ce qui concerne leur fait. Mais pour dire vray , il m'est bien advis que les dieux mesmes, ma femme, disent qu'ils ont avecqoes un grand advisement composé l'attelage de ceste laisse' qu'on appelle le masle et la femelle, k tin qu'estant la couple * telle, elle s'accommodast soy mesme d'infinies commoditez pour la société*. Premièrement, k fin que la race des

1. Reyne, reine, au lieu de royne, commençait toutefois à s'introduire, au grand scandale de Henry Estienne. V. le premier de ses Dialogues du langage françoii Oor lianizé (1579) : a N'est-il pas beau , remarque-t-il , d'ouïr prononcer reine au lieu de royne, comme s'U s'agissoit d'une grenouille, d'autant qu'on nomme chez nous la grenouille reine, de rana. Bientôt on prononcera rey au lieu de rot. )) Ici , comme dans une infinité d'autres cas , rasage qui s'est introduit a été inconséquent.

2. En donnant une reine, et non un rot, aux abeilles, Xénophon s'est montré mieux instruit que la plupart dés anciens, et que Virgile en particulier, dans le IV* liTrede ses Géorgiques, v. 21 :

Quum prima noi^i ducent examina regesé.,. Cf. Varron, de Re rusiica, III , 16; Pline , Hiêl, nat.,li, 16 ; Coliimelle, IX, 10; Palladius, VII, 7.

3. De cette réunion.... On écrivait aussi lesse (\itT,lO' rum) ; ce terme ne s'entend plus que de la corde dont on se sert pour mener des chiens attachés.

4. Couple (copula, copulare) n'avait alors qu'dn seul genre , celui du féminin. Il est du masculin aujourd'boi, quand il désigne deux êtres animés , unis par la volonté, par Un sentiment quelconque qui les fait agir de concert.

5. On lit dans Columelle , XII, PrœfaL, t. l, p. TVi d« redit, des 5mp<ore« reiru^d'cce donnée par Gesner, la traduction de cette phrase et de ce qui suit 2 «Xenophoo

animaux ne faille, ceste laisse est pour les entretenir ensemble, faisans des enfans l'un avecques l'autre. En après* de ce joug tirent les hommes ce bien, qu'ils recouvrent de là les noarrissiers de leurs vieux ans. D'avantage, la m des hommes se passe , non pas comme des bestes, au descouvert ^ mais a besoing, comme il est notoire, de toict et de couverture. Il faut doDcques, si les hommes veulent porter quelque chose de dehors au couvert, qu'ils ayent des gens pour travailler dehors au vent et a la playe : car le labour, la semence, le plant, et les paissages^, sont besongnes qui se font au

Atheniensis, eo libro qui Œconomicus inscrïbiiur, prodidit iQaritale conjagium sic comparatum esse natura, ut non 'olum jucundissima , verum utilissima vits societas inifetur, quodjam pridem Cicero ail; et ne genus huma- Qam temporis longinquitate occideret... jusqu'à : quoniam iQod alteri deest, prssto plerumque est alteri.» ou, ïomme l'a dit La Boëtie , l*un ayant en soy ce dont Vautre *'it défaillant. Columelle ajoute : « Esc in OEconomico lenophon et deinde Gicero, qui eum latinse consuetudini tradidit , non inutiliter disseruerunt;» et l'éditeur re> marque au sujet de ce passage : « Utrum e Giceronis translatione, qu» tum exstabat^ sua hauserit Moderatus , in ipsum grscuni fontem adhibuerit , non facile dixerùM. Prius credibile fuit his qui in fragmentis Tullii collocarunt qua hausta e Xenopbonte habet Golumella et ipseTidetur saepius indicare. n Ges morceaux ont été recseiUis dans l'édit. d'Emesti, t. iv, part. % p. 1067-70 ; etc.

1. En après et après se disaient alors également, comme en latin , exinde et inde,

1 L'action de planter, celle de faire paître les troupeaai.... Des substantifs, également usités à cette épo-

]6â LA MESNAGERIE

descouvert, et de celles là tirons nous les commoditez de nostre vie. Mais encores quand on aura porté k la maison ce qui est nécessaire, si est il besoing d'avoir quelqu'un qui le garde, et qui face les choses qui ne peuvent estre faites que dans le logis. De la couverture do logis a besoing la nourriture des enfans petits ; du logis a besoing la façon du pain que Ion fait des fruicts^ , de mesmes aussi la mesnagerie'dela laine , pour en vestir le train de la maison. Or pour ce que toutes ces deux mesnageries, et celle de dehors, et celle de dedans, ont mestier' de soing et diligence, pour faire ce qui est ne- [ cessaire. Dieu mesme, ce me semble, feit des i le commencement la nature de la femme propre j| pour avoir le soing et prendre la charge de ce qui est dans la maison. Car il a composé le corps et le cœur des hommes plus fort et plus puissant, pour souffrir les froidures, les chaleurs, les voyages, et les guerres, et aussi les a il chargez de tout ce qui se fait dehors.

Mais Dieu ayant fait le corps moins vigorenï j

que, paissage, paissemenl et pasture, il ne nons est resté ; qne le dernier. --

1. (Fruges) des fruits de la terre.... la façon du pain, termes ici un peu restreints ; c'est la préparation des aliments, ffiTOTCoitai , dit le grec.

2. On voit assez combien était étendu le sens de ce mot si goûté de nos pères. Il désigne ici la mise en CBUvré; deux lignes après, administration, travail auquel on préside ; cette dernière acception est la plus générale.

Page 1