‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 3 sur 106 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

trouvée d.ns un manuscrit de sa bibliothèque ( i ), on a mis en doute le lieu de la naissance et jusqu'au nom du poète. On s'estlivré à des conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification maladroite de répitaphe en quatre vers (2). Ce n'est pas sur une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de Corbueil à celui de Villon, que notre poète se donne lui-même en vingt endroits de ses œuvres (3).

(i) Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des œuvres de Villon :

Je suis Françoys^ dont ce me poise^ Nommé Corbueil en mon surnom^ Natif cT Anvers emprès Pontoise^ Et au commun nommé Villon.

Or^ d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul poise^ Se ne fut un joli appel.

Le jeu ne me semblait point bel.

L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce vers de Villon :

Né de Paris emprès Pontoise;

C'est pourquoi il le fait gravement naître à Anvers, qui est en enet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde moitié du XV« siède, et certainement pas dans les œuvres de Villon, un huitain dont les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec le troisième, le second avec le quatrième, le ci.iv.uième et le septième, et le sixième avec le huitième. Les laussaires ne pensent jamais à tout.

(2) Voy. p. loi.

O) Voy. le Glossaire-Index^ au mot Vili.om.

PRÉFACE. Vil

Les parents de Villon étaient pauvres (i). Sa mère était illettrée (2); son père était vraisemblablement un hpmme de métier, et peut-ftre, ainsi que l'a conjecturé M. Càmpeaux, un ouvrier Jn cuir, un cordouennier (3).

Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de maître es arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus tard, de sa « nomination qu'il a de l'Université »

(p. i5). Mais ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas le grade de maître en théologie, but suprême des études du temps (4). En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister.. En contact avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus d'argent comme lui, il adopta leurs mœurs et façons de vivre. Bientôt il devint leur chef et leur providence (5). Les Repues franches y singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un de ses disci*^ pies, nous font connaître par quelles combinaisons ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de mener joyeuse vie. Leurs fripon- Ci J V. p. 3i, huitainxxxv.

(2; « Oncques lettre ne leuz. » P. 55, Y. 33.

(3) Voyez Notes^ p. 224.

(4) Voy. Grand Vestament, huitains xxxvn (p. 32) et Lxxn (p. 52.)

(5) C'estoit la mère nourricière

De ceux qui n' avaient point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme diligent. (P. 190.)

fin PRÉFACE.

ncnes étaicat tout à fint dans les naearsdD temps, et ne dépasssdent sans dôme pas les propoitions de ce qu'on serzit rcklontieis testé dVfrpelcr des homs tomrs: maïs ils étaient sor nnc pente glissante, et la justice n'*entendait pas laiDcne.

Rien ne pronre cependant que Villon ait eu maille à partir arec elle à cause de ses entreprises sur le bien d^autrui. On a parlé de ses deux procès : il en eut au moins trois, bien constatés par ses œuvres, et le premier, qu'on nVrait pas fait ressortir jusqu'à présent , est le seul dont le sujet soit indiqué d'une manière certaine. C'est la suite d'une a£âire d'amour.

Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes perdues dont la Ballade de la Grosse Margot ^i) nous donne l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. H connut l'amour vrai, l'amour naif et timide (2). Quel fut l'ol^et de cette passion, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une femme de mœurs fEiciles, une gentille bourgeoise ou une noble damoiselle, il parait certain que c'était une coquette. Elle récouta d'abord, l'encouragea (3) et finit par le rebuter. Il s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et qui se moquèrent de lui (j.^. Villon s'emporta contre

li) Page 83.

(2) Le doux souvenir de cette passion se montre en maints endroits des œuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux re«

f> roches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Vov. es huitains m, iv, v et x du Petit Testament^ lv à lix au Grand Testament , la ballade de la page 57, le rondeau p. 59, etc.

(3) Ouoy que Je luy voulsisse dire.

Elle e^toit preste d'escouter, etc. (P. 47.)

(4) qui partout m'appelle

Lamant remys et renié, (P. 48.)

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