‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 37 sur 106 · DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT · texte numérisé non relu

DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT

Se j'ayme et sers la belle de bon haîct, M*en devez-vous tenir à vil ne sot?

Elle a en soy des biens à fin souhaict.

Pour son amour ceings bouclier et passot.

Quand viennent gens, je cours ethappeun pot : Au vin m'en voys, sans démener grand bruyt.

Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict, S'ils payent bien, je leur dy que bien sîat : <c Retournez cy, quand vous serez en ruyt, En ce bourdel oti tenons nostre estât! »

Mais, tost après, il y a grant deshait.

Quand sans argent s'en vient coucher Margot ; Veoir ne la puis ; mon cueur à mort la hait.

Sa robe prens, demy-ceinct et surcot :

Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot. Par les costez si se prend, l'Antéchrist Crie, et jure par la mort Jesuchrist , Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat, Dessus le nez luy en fais ung escript.

En ce bourdel oti tenons nostre estât.

Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.

Riant, m'assiet le poing sur mon sommet, Gogo me dit, et me fiert le jambot.

Tous deux y vres, dormons comme ung sabot; Et, au réveil, quand le ventre luy bruyt, Monte sur moy, qu'elne gaste son fruit.

Sou bz elle geins ; plus qu'ung aiz mefaict plat ; De paillarder tout elle me destruict.

En ce bourdel où tenons nostre estât.

ENVOI

Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!

Je suis paillard, la paillarde me suit.

Lequel vault mieux, chascun bien s*entresuit. L'un g l'autre vault : c'estàmau chatmau rat. Ordure amons, ordure nous afifuyt.

Nous deffuyons honneur, il nous de£fuyt, En ce bourciel où tenons nostre estât.

Item, à Marîon PYdolle, Et la grand Jehanne de Bretaîgne, Donne tenir publique escolle. Où l'escolier le maistre enseigne.

Lieu n'est où ce marché ne tienne, Sinon en la grille de Mehun; De quoy je dy : Fy de l'enseigne.

Puis que Touvrage est si commun !

TESTAMENT. 8j

Item, à Noë le Jolys, Autre chose je ne luy donne.

Fors plein poing d'osiers frez cueiHîz En mon jardin; je l'abandonne.

Chastoy est une belle aulmosne; Ame n en doit estre marry.

Unze vipgtz coups lui en ordonne, Par les mains de maistre Henry.

Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu Donner, n'aux povres hospitaulx ; Bourdes n'ont icy temps ne lieu , Car povres gens ont assez maulx, Chascun leur envoyé leurs os.

Les Mandians ont eu n^pn oye; Au fort , ilz en auront les os :

A menues gens menue monnoye.

Item, je donne à mon barbier, Qui se nomme Colin Galerne, Près voysin d'Angelot l'Herbier, Ung gros glasson. . . Prins où ? En Marne, Affin qu'à son ayse s'yverne.

De l'estomach le tienne près.

Se l'yrer ainsi se gouverne, Il n'aura chault l'esté d'après.

Item, rien aux Enfans-Trouvez; Mais les perduz fault que console,

8é • GRAND

Si doivent estre retrouvez, Par droict, sur Marion l'Ydolle.

Une leçon de mon cscolle Leur liray, qui ne dure guière.

Teste n'ayent dure ne toile, Mais escoutent : c'est la dernière !

Page 1