ET DE SES COMPAGNONS
VOUS qui cerchez les repeaes franches, Et, tant jours ouvriers que dimenches, N*avez pas planté de monnoye, Affin que cnascun de vous oye Comment on les peut recouvrer, Vueillez vous au sermon trouvef Qui est escript dedans ce livre.
Mettez tous peine de le lire, Entre vous, jeunes perrucatz.
Procureurs, nouveaulx advocatz, Aprenans aux despens d'aultruy.
Venez-y tost, sans nul estrif, Clercz, de praticque diligens, Qui congnoissez si bien vos gens; Sergens à pied et à cheval, Venez-y d'amont et d'aval, 1
POÉ^SIES ATTRIBUfipS A VILLON. 17$
Les hoirs du deffunct Pathelin,
Qui sçavez jargon jobelin ;
Capitaine du pont-à-Billon ;
Tous les subjetz Françoys Villon,
Soyez, à ce coup, reveillez.
Pas ne devez estre .oubliez,
Tous gallansà pourpointz sans niauchQs,
Qui ont besoing de repeues franches,
Et tous ceulx, tant yver qu'esté,
Qui en ont grant nécessité.
Venez vous apprendre comment
Les maistres anciennement
Scavoyent tous les tours de ce faire s
Messire Chascun Poicdenaire,
Qui de livres sçait les usaiges,
Et veult lire tous les passaiges,
De celuy en prins appetis ;
Venez-y donc, grans et petis,
Car, de la science sçavoir,
Vous ne povez que mieulx valoir.
Venez, chevaucneurs d'escuyrie,
Serviteurs de grant seigneurie,
Venezry sans dilation,
Tous gens sotz et toutes gens sottesj
Venez-y, bigotz et bigottes; •
Venez-y, povres Turlupins
Et Cordeliers et Jacopins ;
Venez aussi, toutes prestresses,
Qui sçavez piecà les adresses
Des presbitaires hault et bas ;
Gardez que vous n'y faillez pas !
Venez, gorriers et gorrières,
Qui faictes si bien les manières
Que c'est une chose terrible^
l8o POÉSIES
Pour bien faire tout le possible; Toutes manières de farseurs, Anciens et jeunes mocqueurs ; Venez-y tous, vrays macquereaulx De tous estatz, vieulx et nouveaulx; Venez-y toutes, macquerelles, Qui, par vos subtlUes querelles, Avez tousjours en vos maisons Pour avoir, en toutes saisons, Tant jours ouvriers que dimenches, Souvent les bonnes repeues franches.
Venez-y tous, bons pardonneurs.
Qui sçavez faire les nonneurs.
Aux villages, de bons pastez, ' Avecques ces gras curatez, Qui ayment bien vostre venue PoXir avoir la franche repeue ; Affin que chascun d'eulx'enhorte Les paroissiens, qu'on apporte Des biens aux pardons cie ce lieu, Et qu'on face du bien pour Dieu.
Tant que le pardonneur s'en aille.
Le curé ne despendra maille, Et aura maistre Jehan Laurens Fermement payé les despens Et quarte de vin, simplement, Au curé, à son parlement.
De tout estât, soit bas ou hault.
Venez-y, qu'il n'y ait deffault ; Venez-y, varletz, chamberièrcs, .
Qui sçavez si bien les manières, En disant mainte bonne bave, D'avoir du meilleur de la cave, Et puis joyeusement preschez,
ATTRIBUÉES A VILLON. l8l
Après quavos gens sont couchez.
Ceulx qui cerchent banquets ou festes Pour dire quelques chansonnettes, Affin d'atrapper la repeue.
Que chascun de vous se remue D'y venir bien legièrement ; Et vous pourrez ouyr comment Ung grant tas de bonnes commères Sçavent bien trouver les manières De faire leurs marys coqus.
Venez-y, et n'attendez plus, Entre vous, preb&tres sans séjour, Qui dictes deux messes par jour A Sainct-Innocent, ou ailleurs; Venez-y, pour sçavoir plusieurs Des passaiges et des adresses De maintes petites finesses Que l'en faict facillement Qu'advient, par faulte d'argent, En maint lieu, la franche repeue, Qui ne doit à nul estre teue.
Par tel, cil qui veue ne l'aura, Paiera, et celuy qui fera De ceste repeue le présent, De l'escot s'en yra exempt, Moyennant qu'il monstre ce livre :
Par ce moyen sera délivre ; En lieu où n'aura esté veu Il sera franchement repeu, • Ainsi qu'on orra plus à plain, Qui de l'entendre prendra soing.