L. 29. — Honte à toi! Manque
P. 189, 1. 5-10 — De quoi - défense] — De quoi s’agis-
sait-il? D’une formule dogmatique.
Maximus. — Pour ou contre.
César Julien. — Un avocat reste le même, qu’il soit du côté de la défense ou de l’accusation.
P. 190, 1. 21 — P. 191, 1. 2. — Les as-tu - esclave]
Aucun espoir ambitieux ne peut germer dans cette existence déprimante.
Maximus. — Et que vois-tu là dedans?
César Julien. — Indique-moi.
Maximus. — Ne vois-tu pas qu’il faut que l’empereur soit en dehors?
ŒUVRES DE DRESDE
César Julien. — Il faut?
Maximus. — Empereur ou Galiléen. Voilà le choix. Esclave
P, 191, 1. 20 — P. 200, 6. — Le mystique Maximus [Partout ailleurs ce manuscrit porte : Le magicien M.]. — Regarde autour de toi dans le monde. Les esprits ne se détournentils pas de lui Lun après l'autre? Qu'est devenue cette doctrine d'amour, comme on l'appelle? Les sectes ne montrent-elles pas entre elles plus de fureur que les bêtes sauvages dans le désert? Que sont devenues les deux grandes lumières galiléennes sur lesquelles on comptait à Athènes? Basile est en voyage pour accroître sa science du monde, et Grégoire de Nazianze, le fils de l'évêque, plaide dans sa ville natale.
César Julien. — C'est bien vrai ; je suis seul resté sérieux.
Maximus. — Et cela aujourd’hui, quand le temps est venu. Maintenant ou jamais. As-tu entendu le bruit du mariage de l'empereur?
César Julien. — Avec une chrétienne! La famille ne s'éteindra pas.
Maximus. — Et qu'es-tu alors? Repoussé par toutes les puissances terrestres et supraterrestres. Vas-tu te réfugier dans le sein du Galiléen? Où en sont les rapports entre toi et lui? N'as-tu pas dit toi-même que tu vis dans la terreur? Portes-tu en toi son exigence? Situ ne frappes pas ton ennemi, est -ce parce que tu l'aimes? Si tu ne te plonges pas dans les joies de la chair et les séductions de la terre comme un ardent nageur, est-ce parce que tu les détestes?
César Julien. — Et qu'a-t-il fait pour moi, ce Galiléen? N'étais-je pas comme le pauvre homme qui ne possédait qu'une brebis? Il est venu et me l'a prise.
Maximus. — Que veux-tu dire?
César Julien. — Il a pris la brebis... que je n'ai jamais possédée. Pourquoi n’a-t-il pas voulu que je la possède? S'il tient les rênes du monde en sa main, il aurait bien pu... Et maintenant mourir ! Belle vie séduisante, lumière, pouvoir et
LES MANUSCRITS
splendeur! Oh, si j'avais vécu! Je n'ai jamais vécu. Je veux, je veux...
Maximus. — Que disait la voix dans la lumière. « Par toi l'empire doit être raffermi ! »
César Julien. — Maximus, fais parler la voix une fois encore.
Maximus. — Ne demande pas cela. Chaque fois me coûte sept ans de vie.
César Julien. — Si je prends le gouvernement, tu vivras chaque année sept fois plus.
Maximus. — Mais si tu ne...
César Julien. — N'aie aucune crainte. Rien qu'un appel dans le doute ; un soutien, un présage du dehors..
Maximus. — Le mourant te salue, empereur! (il appelle). Montre-toi, esprit de l'empire ! Parle, voix de l'empire !
César Julien. — Ah!
Maximus. — Le vois-tu?
César Julien. — Dans une radieuse lumière. Qu'as-tu à me dire?
Une voix. — Maintenant ou jamais.
César Julien. — Et si je ne choisis pas maintenant?
La voix. — Alors tu ne me reverras jamais.
César Julien. — Et si je choisis?
La voix dans la lumière. — Par toi l'empire sera raffermi.
César Julien. — Conseille-moi!
La voix dans la lumière. — Empereur Julien!
Maximus. — Parti?
César Julien. — Parti.
Maximus. — Et alors?
César Julien. — Maintenant ou jamais.
Chœur dans l’église. — « Notre père qui êtes aux deux »
César Julien. — L'hymne des menteurs au mensonge...
Le chœur. — « Que ton nom soit béni... »
ŒUVRES DE DRESDE
César Julien. — Louanges des pécheurs au complice... ; qu'est-ce qui lave du baptême?
Maximus. — Le sacrifice.
Le chœur. — « Que ton règne arrive »
César Julien. — Sacrifice? Et où est la victime?
Maximus. — Là ; en bas sous la voûte.
César Julien. — Tu étais si sûr de moi?
Maximus. — Des signes et présages m'ont annoncé ce qui devait arriver.
César Julien. — Le bandeau de sacrificateur sur ton front ;... qu'as-tu fait là, en bas?
Maximus. — Ne le demande pas.
César Julien. — Ici; ici, en terre consacrée... téméraire!
Maximus. — Nul éclair ne m'a frappé ; mets le bandeau sur ton front ; le couteau du sacrifice... tiens, prends! Lave-toi du baptême ; fends les brumes de la terreur...
Le chœur. — « Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. »
César Julien. — ■ Vers la liberté! Par les ténèbres à la lumière! Ah! (il entre sous la voûte).
Maximus. — Ça y est, enfin ! Ces ombres moites qui glissent ! Cette vermine visqueuse à mes pieds... ! C’est venu, parce que cela devait venir. Pas à pas, en avant sur le chemin de la victoire...
César Julien (sous la voûte.) — Helios, Helios!
Maximus. — Le monde créé est dans mes mains !
César Julien (revient avec du sang au front, sur la poitrine et sur les mains.) — C'est fait.
Maximus. — Libéré.
César Julien. — Le Galiléen est tombé; aucune garde n’entoure plus l'empereur... montons au jour... Salluste, Eutherius... que cherchez-vous ici...
(Salluste et [Biffé: Oribase] Eutherius avec des lettres.)
Eutherius. — Mon très haut seigneur... grande et importante nouvelle...
LES MANUSCRITS
César Julien. — Agitation parmi les soldats?
Eutherius. — Non, seigneur; l'empereur Constance est mort.
César Julien. — Mort!
Eutherius. — La peur l'a tué.
César Julien. — Peur de moi?
Salluste. — De toi, de ton grand nom, de tes projets...
César Julien. — C’est donc moi qui l'ai tué...
Maximus. — L'assassin de ta famille...
Eutherius. — Et voici sa dernière volonté... vieille de trois ans, tu es désigné comme son héritier...
César Julien. — Maximus... et nous qui...
Maximus. — Ainsi s'aplanissent les voies pour l'élu...
César Julien. — Insondable nécessité. Je ne veux pas regarder en arrière. Montons au jour ; à travers l'église ; les mensonges se tairont ! Mon armée, mon trésor, mon trône impérial ! Libre, libre ; à moi l'empire, la puissance et l'honneur... (il ouvre la porte de l’église).
Le chœur dans l'église. — A toi l’empire, la puissance et l’honneur...
César Julien (aveuglé par la lumière et le chant.) — Ah !
Maximus. — Victoire!
Le chœur. — Dans l'éternité, amen !
Sur les deux dernières pages du manuscrit se trouve une nouvelle ébauche du passage , p. 185, l. 4 — 186, l. 29. Elle ne diffère plus du texte définitif que par quelques détails insignifiants .
Les notes et plans pour U empereur Julien ont été certainement rédigés de novembre 1872 à février 1873, acte par acte, à mesure
ŒUVRES DE DRESDE
qu'avançait récriture du drame. Dans les notes et plans , qui suivent, les astérisques indiquent les lignes qu Ibsen a biffées, après usage (V. Notice).
NOTES
Premier acte : a. Sur le port. La déclaration d'apostasie, etc.
b. Dans la salle du trône.
Julian enchanté du projet de mener une vie digne de Diogène et des autres sages ; il fait venir le coiffeur de la cour ; scène entre eux, qui se termine par le renvoi du coiffeur. Les envoyés indiens apportent des présents. Julian se pavane. Un vieux courtisan lui fait observer que l’honneur en revient à Konstantius. Julian en colère ordonne une enquête sur la conduite des fonctionnaires ; ils seront punis — non parce qu’ils sont chrétiens ; il répète ses assurances à cet égard à Cæsarius, à qui il fait de grandes offres, qui sont refusées, après quoi ils se séparent. Julian se décide au cortège bachique.
c. La bacchanale.
Julian entouré de prostituées et de bateleurs; de mauvais chrétiens se rallient à lui.
d. Au palais, la bibliothèque de l’empereur.
Julian exaspéré ; il résout de donner rendez-vous à Libanius et à d’autres philosophes à Antioche.
Dionysos est-il avili par ce cortège? Le Galiléen a-t-il été avili par tout le sarcasme dont on l’a comblé?
Oh! si je pouvais anéantir la terre et tuer la divinité afin qu’elle ne puisse connaître ma honte !