‹ Œuvres complètes. tome dixièmeChapitre 21 sur 198 · LE CHEF DES PRÉTORIENS FLORENTIUS · texte numérisé non relu

LE CHEF DES PRÉTORIENS FLORENTIUS

S’est-il produit quelque événement important, seigneur?

JULIEN

Oui, en vérité. Pouvez-vous me dire,... qu’est-ce qui manquait au bonheur de César?

FLORENTIUS

Qu’est-ce qui pouvait bien manquer au bonheur de César?

JULIEN

Plus rien maintenant. (A Decentius.) L’armée a demandé que je fasse une entrée triomphale dans la ville. On voulait que je passe les portes de Lutèce à la tête des légions. Des princes barbares prisonniers, les mains liées, devaient marcher près des roues du char ; des femmes et des esclaves de vingt peuples conquis devaient suivre, serrés les uns contre les autres, tête contre tête,... ( S’interrompt soudain.) Ré jouissez- vous, mes braves camarades de combat ; voici le tribun Decentius, intime ami et conseiller de l’empereur. Il est arrivé ce matin avec des cadeaux et compliments de Rome

FLORENTIUS

Ah, il ne manque, certes, rien au bonheur de César !

LE GÉNÉRAL SEVERUS, bas à Florentins.

Incompréhensible ! Il a donc de nouveau la faveur de l’empereur !

FLORENTIUS, bas.

Ah, quel empereur inconstant !

l’apostasie de césar, acte IV

JULIEN

On dirait qu’un mutisme étonné vous a tous frappés... On trouve que l’empereur en a trop fait, mon bon Decentius !

FLORENTIUS

Comment une telle idée peut-elle venir à l’esprit de César?

SEVERUS

Trop, noble César? Nullement. L’empereur ne saurait pas déterminer les justes limites de sa grâce?

FLORENTIUS

C’est là, évidemment, une grande et rare distinction...

SEVERUS

Je la dirai extrêmement grande et rare.

FLORENTIUS

Et notamment elle porte un éclatant témoignage de l’absence de toute jalousie dans l’esprit de notre sublime empereur...

SEVERUS

Un témoignage sans précédent ; j’ose le dire.

FLORENTIUS

Mais aussi, qu’est-ce que César n’a pas accompli en Gaule dans ces quelques années?

JULIEN

Un rêve prolongé, très chers amis. Je n’ai rien accompli du tout. Rien, rien !

FLORENTIUS

Ta modestie compte cela pour rien? Qu’était l’armée lorsque tu en as pris le commandement? Une foule désordonnée...

ŒUVRES DE DRESDE

SEVERUS

... sans cohésion, sans discipline, sans direction...

Tu exagères, Severus !

FLORENTIUS

Et n’est-ce pas avec cette masse désordonnée que tu as marché contre les Alamans ; ne les as-tu pas battus avec ces bandes, que par tes victoires tu as transformées en une armée de vainqueurs ; n’as-tu pas repris Colonia Agrippina...?

JULIEN

Non, non, tu vois avec les yeux de l'amitié, mon Florentius !... Ou serait -ce réellement vrai? Est -ce vrai que j’ai chassé les barbares des îles du Rhin? Que j’ai mis en état de défense Très Tabernae en ruine pour assurer la sécurité de l’empire? Est-ce réellement ainsi?

FLORENTIUS

Comment, seigneur? Peux-tu douter de si grands exploits?

JULIEN

Non, en vérité, il me semble... Et la bataille d’Argentoratum? N’y ai-je pas pris part? J’ai le sentiment d’une victoire remportée sur Knodomar Et après la victoire... ; Florentius, est-ce que j’ai rêvé ; ou bien n’ai-je pas reconstruit le fort de Trajan, lorsque nous avons pénétré dans les pays germaniques?

FLORENTIUS

Haut César, existe-t-il un homme assez fou pour te contester cette gloire?

l’apostasie de césar, ACTE IV

SEVERUS, à Decentius.

Je remercie le sort, qui, sur mes vieux jours, m’a permis de suivre un chef si heureux.

FLORENTIUS, de même au tribun.

Quelle tournure l’attaque des Alamans aurait pu prendre sans le courage et l’habileté de César, je n’ose y songer.

PLUSIEURS COURTISANS, s’avancent.

Oui, seigneur, César est grand !

D’AUTRES, battant des mains.

César est sans pareil !

JULIEN, pendant un moment regarde tour à tour Decentius et les autres; puis a un éclat de vire haut et bref.

Si aveugle est l’amitié, Decentius ! Si aveugle, aveugle !

(Il se tourne vers les autres et frappe le rouleau de papier qu’il tient à la main.)

Ici, c’est une tout autre histoire! Écoutez, et goûtezmoi ça comme rosée rafraîchissante : vous serez renseignés. C’est le message de l’empereur à tous les gouverneurs des provinces;... notre excellent Decentius en a apporté une copie. Ici, on dit que je n’ai rien accompli en Gaule. C’était un rêve, comme je le disais tout à l’heure. Nous avons ici les propres paroles de l’empereur : c’est sous les heureux auspices de l’empereur que le danger suspendu sur l’empire a été écarté.

FLORENTIUS

Toutes les affaires de l’empire se font sous les auspices de l’empereur.

JULIEN

Plus que cela, bien plus ! Ici l’on raconte que c’est l’empereur qui s’est battu et a vaincu sur le Rhin ; c’est l’em- T. X.

IO

ŒUVRES DE DRESDE

pereur qui a relevé le roi des Alamans, lorsque celui-ci l’implorait humblement, prosterné devant lui. Mon nom, je ne parviens à le trouver nulle part dans ce document,... non plus que le tien, Florentius, et le tien, pas davantage, Severus ! Et ici, dans le récit de la bataille d’Argentoratum... ; où est-ce donc que je l’ai vu? c’est là; voici; c’est l’empereur qui a donné l’ordre de bataille ; c’est l’empereur lui-même qui, au péril de sa vie, a frappé de son épée jusqu’à l’épuisement, combattant au premier rang ; c’est l’empereur qui, grâce à l’effroi causé par sa présence, a mis les barbares en déroute... ; lisez, lisez, vous dis- je !

SEVERUS

Noble César, ta parole suffit.

JULIEN

Où voulez-vous donc en venir, mes amis, avec vos discours alléchants? Voulez-vous, par une amitié excessive pour moi, faire de moi un parasite que vous nourrissez du superflu pillé de la table de mon cousin?... Que t’en semble, Decentius? Que dis-tu de cela? Tu vois que, dans mon propre camp, il me faut surveiller des partisans parfois assez aveugles pour être sur le point de s’égarer au delà des limites de l’émeute.

FLORENTIUS, rapidement , au tribun .

En vérité, mes paroles ont été bien mal comprises, si...

SEVERUS, de même , au tribun .

Jamais il n'aurait pu me venir à l'esprit de comprendre ainsi...

JULIEN

Vous le prenez comme il faut, mes frères d'armes ; nous

l’apostasie de césar, ACTE IV

n'avons tous qu'à ravaler notre orgueil. Je demandais tout à l'heure ce qui manquait au bonheur de César. Vous le savez maintenant. Ce qui manquait au bonheur de César, c'était que la vérité fût reconnue. Ton casque d'argent ne sera pas couvert de la poussière du cortège triomphal, mon brave Florentius ! L'empereur a fait pour nous son entrée triomphale à Rome. Aussi trouve-t-il toute solennité superflue ici. Va, Sintula, et décommande le cortège commandé. L'empereur désire gratifier ses soldats d'un juste repos. C'est sa volonté qu'ils restent dans le camp hors des murs.

(Le maître des écuries Sintula sort par le fond.)

JULIEN

N'étais-je pas un philosophe autrefois? On le disait, du moins, à Athènes et à Éphèse. Combien l'esprit humain est faible dans la prospérité. J’étais sur le point d’être infidèle à la sagesse. L'empereur me l'a rappelé. Remercie-le très humblement, Decentius. Est-ce tout?

DECENTIUS

Encore ceci. D'après tous les renseignements de l'empereur, et conformément à la lettre que tu lui as écrite d'Argentoratum, la grande œuvre de paix est heureusement achevée ici en Gaule.

Certainement ; l'empereur, par sa bravoure, et aussi grâce à la douceur généreuse...

DECENTIUS

La frontière de l’empire est garantie sur le Rhin.

JULIEN

Par l'empereur, par l’empereur.

ŒUVRES DE DRESDE

DECENTIUS

Dans les régions du Danube, au contraire, les affaires vont mal, et plus mal encore en Asie ; le roi Sapor gagne constamment du terrain.

JULIEN

Le téméraire ! Les bruits rapportent qu’il n’a pas plu à l’empereur, cet été, de le faire écraser par ses armées.

DECENTIUS

L’empereur a l’intention de l’écraser lui-même au printemps. (Il sort un rouleau de papier.) Voici sa volonté, noble César !

JULIEN

Voyons, voyons! (Il lit.) Ah!

(Il lit de nouveau longuement avec une forte émotion;

puis il lève les yeux et dit) :

C’est donc la volonté de l’empereur que...? Bien, bien, noble Decentius ; la volonté de l’empereur sera satisfaite.

DECENTIUS

Il est nécessaire qu’elle soit satisfaite dès aujourd’hui.

JULIEN

Dès aujourd’hui ; naturellement. Viens ici, Sintula. Eh bien, où est-il? Ah, oui !... Rappelez Sintula !

(Un courtisan sort par le fond ; Julien s* approche de la fenêtre et relit les papiers d'un bout à Vautre.)

FLORENTIUS, à mi-voix au tribun.)

Je t’en prie instamment, ne te méprends pas sur ce que j’ai dit tout à l’heure. Lorsque j’ai attribué l’honneur à César, je ne voulais pas dire par là, bien entendu...

SEVERUS, bas.

Jamais il n’a pu venir à mon esprit que ce n’était pas la sage direction de l’empereur qui...

l’apostasie de césar, ACTE IV

UN COURTISAN, de Vautre côté du tribun.

Je t’en prie, noble seigneur,... dis un mot en ma faveur à la cour, et délivre-moi de ce poste pénible auprès d’un César qui... ; je sais bien, il est le haut cousin de l’empereur, mais...

UN AUTRE COURTISAN

Je pourrais malheureusement t’instruire de faits qui témoignent à la fois d’une prodigieuse légèreté et d’audacieuses espérances...

Dès aujourd’hui ! Que je te dise un mot, Decentius. Ce serait mon plus vif désir de pouvoir déposer cette dignité lourde de responsabilité.

DECENTIUS

L’empereur en sera informé.

JULIEN

J’invoque le ciel à témoin que jamais je n’ai... ; ah, voilà Sintula; nous allons pouvoir... (Au tribun.) Tu t’en vas?

DECENTIUS

J’ai à conférer avec les généraux, noble César.

JULIEN

Hors de ma présence?

DECENTIUS

L’empereur m’a prescrit d’épargner son très cher cousin.

(Il sort par le fond , suivi des autres , sauf Sintula qui reste près de la porte.)

JULIEN, le regarde un instant.

Sintula !

Oui, noble seigneur !

SINTULA

Approche... Oui, vraiment, tu as Y air loyal. Pardonnemoi ; je n’ai jamais pensé que tu pouvais m’être si dévoué.

SINTULA

Comment sais-tu que je te suis dévoué, seigneur?

JULIEN, montrant le rouleau de papier .

Je peux l’apprendre ici ; on y lit qu’il faut que tu me quittes.

SINTULA

Moi, seigneur?

JULIEN

L'empereur dissout l’armée de Gaule, Sintula.

SINTULA

Dissout...?

JULIEN

Oui, comment appeler cela autrement? L’empereur a besoin de se renforcer, à la fois du côté du Danube et contre les Perses. Nos troupes auxiliaires bataves et hérules partiront en toute hâte afin de pouvoir être en Asie au printemps.

SINTULA

Mais c’est impossible, seigneur! Tu as solennellement juré précisément à ceux-là, nos alliés, qu’ils ne doivent en aucun cas servir au delà des Alpes.

JULIEN

Justement, Sintula! L’empereur écrit que j’ai donné cette promesse inconsidérément et sans son approbation. Je ne m’en suis jamais douté ; mais c’est écrit là. Je serai contraint à violer ma parole, à me déshonorer aux yeux de l’armée, à tourner contre moi la colère tumultueuse des barbares, peut-être leurs armes mortelles.

l'ATOSTASIE DE CÉSAR, ACTE IV

SINTULA

Cela ne réussira pas, seigneur ! Les légions romaines te feront un bouclier de leurs poitrines.

JULIEN

Les légions romaines? Hm;„. naïf ami! Dans chaque légion romaine on choisira trois cents hommes, qui seront également envoyés par les voies les plus courtes à l'empereur.

SINTULA

Ah, ceci est... !

JULIEN

C'est bien calculé, n'est-ce pas? Tous les corps de l'armée seront excités contre moi, afin que l'on puisse me désarmer avec d'autant moins de danger.

SINTULA

Et je te dis, seigneur, que pas un seul de tes généraux ne se laissera employer à cela.

JULIEN

Mes généraux n'auront pas à subir la tentation. Tu es l’homme.

SINTULA

Moi, mon César !

JULIEN

C’est écrit ici. L'empereur te charge de prendre toutes les mesures nécessaires, et de conduire ensuite à Rome les sections choisies.

SINTULA

Et je suis chargé de cela? Ici, où des hommes comme Florentius et le vieux Severus...

JULIEN

Tu n’as pas de victoires à te reprocher, Sintula !

ŒUVRES DE DRESDE

SINTULA

Non, c'est bien vrai. On n'a jamais voulu m'offrir l'occasion de montrer...

JULIEN

J'ai été injuste envers toi. Merci pour ta fidélité. SINTULA

Une si grande faveur impériale ! Seigneur, puis-je voir...

JULIEN

Qu'est-ce que tu veux voir? Tu ne te laisseras pas employer à cela.

SINTULA

Dieu me garde de refuser l'obéissance à l'empereur !

Sintula, ... tu pourrais désarmer ton César !

SINTULA

César a toujours fait peu de cas de moi. César n’a jamais pu me pardonner d'avoir à supporter près de lui un maître des écuries qui était choisi par l'empereur.

JULIEN

L'empereur est grand et sage ; il sait choisir.

SINTULA

Seigneur,... je brûle de faire mon devoir ; puis-je demander l’ordre de l'empereur?

JULIEN, lui tend un des papiers .

Voici l’ordre de l’empereur. Va, et fais ton devoir.

MYRRHA, entre rapidement par la droite.

O Sauveur miséricordieux !

JULIEN

Myrrha ! Qu’est-ce qu'il y a?

l’apostasie de césar, ACTE IV MYRRHA

Oh, le ciel nous protège ! ma maîtresse...

JULIEN

Ta maîtresse,... qu'est-ce qu'elle a?

MYRRHA

Maladie ou folie... ; au secours, au secours !

JULIEN

Hélène malade ! Le médecin ! Il faut Oribase, Sintula. Va le chercher !

(Le maître des écuries sort par le fond. Julien veut sortir en hâte à droitey mais rencontre à la porte la princesse Hélène , entourée d' esclaves. Son visage est farouche et hagard , ses cheveux et ses vêtements défaits.)

HÉLÈNE

Enlevez le peigne! Enlevez le peigne, je vous dis! Il est brûlant. Le feu dans les cheveux; je brûle, je brûle!

JULIEN

Hélène ! Dieu ait pitié de nous... !

HÉLÈNE

Personne ne viendra donc au secours? Elles m'assassinent avec des piqûres d’aiguille !

JULIEN

Mon Hélène ! Que t'est-il arrivé?

HÉLÈNE

Myrrha, Myrrha ! Délivre-moi de ces filles, Myrrha !

LE MÉDECIN ORIBASE, arrive du fond.

Quelle effroyable nouvelle m'est apportée...? Est-ce vrai? Ah !

JULIEN

Hélène ! Mon amour, lumière de ma vie... !

HÉLÈNE

Loin de moi ! Oh, doux Jésus, au secours !

(Elle s'affaisse à demi au milieu des esclaves.) JULIEN

Elle n’a pas sa tête. Que peut-il y avoir, Oribase? Vois,... ces yeux, si grands... !

ORIBASE, à MyrrJia.

Qu’est-ce que la princesse a mangé? Qu’a-t-elle mangé ou bu?

JULIEN

Ah, tu crois...?

ORIBASE

Répondez, femmes ; qu’avez-vous donné à la princesse? MYRRHA

Nous? Oh, rien, crois-moi ; elle-même a...

ORIBASE

Eh bien, eh bien?

MYRRHA

Des fruits; c’étaient des pêches, je crois;... oh, je ne sais pas...

JULIEN

Des fruits ! Des pêches? De celles que...?

MYRRHA

Oui... non... oui; je ne sais pas, seigneur;... il y avait deux Nubiens...

JULIEN

Au secours, au secours, Oribase !

ORIBASE

Malheureusement, je crains...

l’apostasie de césar, ACTE IV

JULIEN

Non, non, non !

ORIBASE

Silence, seigneur; elle revient à elle.

HÉLÈNE, chuchotant.

Pourquoi le soleil est-il descendu? Oh sainte, mystérieuse obscurité !

JULIEN

Hélène ! Écoute ; rassemble tes idées...

ORIBASE

Ma noble princesse...

JULIEN

C’est le médecin, Hélène! (Il lui prend la main.) Non, ici, où je suis.

HÉLÈNE, se dégage.

Fi ; le voilà encore !

JULIEN

Elle ne me voit pas. Ici, ici, Hélène !

HÉLÈNE

L’affreux homme ;... toujours il est après moi.

JULIEN

Qu’est-ce qu’elle veut dire?

ORIBASE

Écarte-toi, gracieux seigneur... !

HÉLÈNE

Doux silence! Il ne se doute pas...;

JULIEN

Gallos?

ORIBASE

Va, noble César ; il ne convient pas...

oh, mon Gallos l

HÉLÈNE

Quel air mutin te donnent les boucles de tes cheveux, serrées autour de ton cou. Oh, ce cou charnu et court...

JULIEN

Gouffres et abîmes... !

ORIBASE

Le délire augmente...

JULIEN

Je vois, je vois. Il faut examiner, Oribase !

HÉLÈNE, rit presque bas.

Il veut encore examiner... De l'encre aux doigts ; de la poussière de livres dans les cheveux, ... pas lavé, ; fi, fi, qu’il sent mauvais.

MYRRHA

Seigneur, m'ordonnes-tu de...

JULIEN

Va-t'en, femme !

HÉLÈNE

Comment as-tu pu te laisser vaincre par lui, toi, brun barbare au corps puissant? Il ne sait pas vaincre les femmes. Quelle nausée me cause cette vertu de l'impuissance.

JULIEN

Éloignez-vous tous ! Pas si près, Oribase ! Je veillerai la princesse moi-même.

Tu es en colère contre moi, toi le splendide? Mais Gallos est mort. La tête tranchée. Quel coup il a fallu. Ne sois pas jaloux, toi mon premier et dernier. Brûlez Gallos dans le feu de l'enfer ;... il n'y avait quand même que toi, toi, toi... !

JULIEN

Ne t'approche pas, Oribase !

l’apostasie de césar, ACTE IV HÉLÈNE

Tuez le prêtre aussi ! Je ne veux pas le voir après ça. C’est que tu connais notre doux secret. O toi, désir de mes jours, délices de mes nuits ! C’était bien toi-même,... sous la forme de ton serviteur... dans l’oratoire; oui, oui, tu étais là; c’était toi... dans l’obscurité, dans l’air, sous le voile des nuages d’encens, la nuit où le César futur contre mon cœur...

JULIEN, recule avec un cri .

Ah!

HÉLÈNE, les bras étendus.

Mon amant et seigneur ! A moi, à moi... !

(Elle tombe sur le plancher ; les esclaves s'empressent et V entourent.)

JULIEN, reste un moment immobile , puis dresse son poing fermé et s* écrie :

Galiléen !

(Les esclaves emportent la princesse par la droite; en même temps le chevalier Salluste entre rapidement par le fond.)

Page 1