‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 17 sur 82 · ÉREINTEMENT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ÉREINTEMENT GÉNÉRAL

d’éreintement encore plus sévère, — quatre colonnes en tête du numéro : on reprendra sur les rayons de sa bibliothèque les œuvres d’Ibsen antérieures; quant à celle-ci, « seuls les historiens de la littérature l'y chercheront comme un curieux cas de maladie psychologique » l .

Morgenbladet, le journal de droite de Friele, ami d'Ibsen, tout en reconnaissant « des lueurs du talent du grand maître », estime « qu’il n’est plus, sous le rapport artistique, qu'un revenant exsangue de son moi d’autrefois ». Et dans un nouvel article, de trois colonnes pleines en tête du journal, il montre qu’Ibsen, malgré ses précautions pour paraître neutre, est partisan des thèses d’Osvald et de sa mère. Le journal proteste au nom de la religion, et conclut : « Sur la table de Noël d'une maison chrétienne, ce livre n’est pas à sa place 2 . »

Un journal de Bergen railla le changement d'attitude de Morgenbladet à l'égard d'Ibsen. Maintenant, pour le journal conservateur, « Bjôrnson est fâcheux, mais Ibsen est pire », et, par opposition contre l’organe de droite, on peut lire la première appréciation moins défavorable de l’œuvre nouvelle, — appréciation peu encourageante pour le public :

Nul ne lira Les Revenants avec plaisir. Pour cela, le sujet est par trop triste. Mais le livre ne sera pas non plus tout doucement gagné par l'oubli, pour cela le talent et le haut esprit qui s’y manifestent inspirent trop le respect 3 .

Et Morgenbladet y reproduisant cet article, le faisait suivre de deux colonnes, louait la facture, la subtilité des caractères, mais seulement pour mieux blâmer ce drame, « summum du naturalisme », où tout « n’est pas seulement sombre et pénible, mais effroyablement laid » h

1 Aftenposten , 14 et 17 décembre 1881.

2 Morgenbladet y 15 et 18 décembre 1881.

3 Bergenstidende , 20 décembre 1881.

A Morgenbladet, 21 décembre 1881.

Et Morgenbladet reproduisait encore, cette fois sans commentaires, un article de Oplandenes Avis, où l’on estimait qu'un « silence complet serait le meilleur compte rendu », et que le drame était beaucoup plus mal écrit que les pièces précédentes. Avec Les Revenants , Ibsen faisait une chute profonde. Et le lendemain, à propos des représentations éventuelles de la pièce, encore un article de Morgenbladet, pour montrer qu’Ibsen est bien d'accord avec Osvald et avec sa mère contre la religion et en faveur de l'union libre, et aussi pour l'union entre frère et sœur et pour le suicide. Enfin, encore le lendemain, le journal publiait un poème d'Andréas Munch, poète alors bien oublié, intitulé : « La chute d'une étoile, » qui se termine par

Dieu est indulgent pour tous les péchés , sauf pour le péché contre VEsprit saint \

Il est difficile d'imaginer un acharnement tel que celui du grand journal de droite. Mais les journaux de gauche étaient presque aussi sévères. Oplandenes Avis , que Morgenbladet s'était plu à reproduire sans commentaire, était un journal de gauche où Bjornson écrivait souvent. Et le principal journal de gauche, Dagbladet , s'était dépêché de prendre position dans un long compte rendu anonyme paru dès le 14 décembre. Il s'agit encore du mariage, dit le critique : « Jamais on ne s'est livré à une attaque aussi brutale et passionnée contre cette institution sur laquelle repose la société. « D'ailleurs, ce n'est pas un drame, il n'y a là qu'une exposition et une catastrophe. L'impression d'ensemble est « franchement sinistre ». Ibsen semble s'être fait un plaisir « de dire tout ce qu'il savait de pire ».

Voilà ce qu'a dit la presse norvégienne en une dizaine de jours, et Ibsen en avait sans doute lu la plus grande partie, lorsque, la veille de Noël, il prit part au banquet traditionnel de l'Asso-

: Morgenbladet , 23, 24 et 25 décembre 1881.

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