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CHAPITRE V

LES REPRÉSENTATIONS

La presse, dans les trois pays Scandinaves, était à peu près unanime à déclarer impossible la représentation des Revenants. Même les rares critiques nettement favorables à l'œuvre, comme Mme Adlersparre, souhaitaient qu'un spectacle aussi pénible fût épargné au public. Je ne vois guère qu'une exception : lorsque fut connu le refus du « Théâtre de Christiania » de jouer la pièce, Dagbladet se dit indigné de cette « brutale oppression » Mais on a vu combien ce journal était peu justifié à protester au nom du libéralisme.

Le directeur du « Théâtre de Christiania » était H. F. L. Schroder, homme prudent et de discrète allure, qui avait succédé en 1879 au médiocre Vibe, et avait su déjà se faire une situation d'autocrate, qu'il a conservée pendant vingt ans, jusqu'à la fin de son théâtre, en 1899. Il avait toujours traité Ibsen comme son auteur préféré, la première pièce jouée sous sa direction avait été U Union des Jeunes , mais lorsqu'il lut Les Revenants, il n'eut aucun doute sur la conduite à tenir. D’ailleurs, le comité qui l’assistait (reprœsentantskab) était contre la représentation, les acteurs ne la réclamaient pas, Mme Juell, à qui le rôle de Régine serait revenu, déclarait même qu'aucune puissance au monde ne le lui ferait jouer. Le livre fut remis au lecteur du théâtre, qui conclut au refus. Et Schroder

1 Dagbladet , 22 décembre r88x.

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