‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 25 sur 82 · TRIOMPHE TARDIF · texte numérisé non relu

TRIOMPHE TARDIF

eût raison de s'obstiner. Lindberg donna treize représentations à Kristiania, ce qui est beaucoup, surtout si l'on songe qu’il jouait en suédois. Un cortège aux flambeaux eut lieu finalement en son honneur.

Lindberg, en six mois, donna 75 représentations, partout avec un grand concours de public. Et les villes de province, en Norvège, furent parcourues par une autre troupe ambulante, autorisée par Ibsen ', car le droit de Lindberg, pour la Norvège, était restreint à Kristiania, et cette troupe d’Olaus Olsen remporta aussi de grands succès 1 2 .

Et à Kristiania Lindberg revint de temps en temps. Le 17 septembre 1891, il donna une représentation de gala en l’honneur d’Ibsen, qui dit à Mme Winterhjelm combien « elle s’était complètement accordée avec ses propres pensées et sentiments » en jouant Mme Alving. Déjà en 1883, il avait écrit à son mari : « C’est pour moi une grande joie et satisfaction de songer que nos noms seront à jamais liés, quand on écrira l’histoire du théâtre de notre temps 3 . » Évidemment, il débordait de reconnaissance. Et le public fit ce soir-là une ovation extraordinaire à Ibsen. La foule l’attendait à la sortie, puis se coupa pour livrer passage à lui et à sa femme, et les accompagna jusqu’au Grand Hôtel où ils étaient descendus 4 .

Mais la situation était singulière, d’un auteur qui recevait de pareils hommages pour une pièce qui n’était pas admise au « Théâtre de Christiania ». Gunnar Heiberg, alors directeur du théâtre de Bergen, avait donné, le 2 décembre 1890, la première représentation entièrement norvégienne, et Kristiania put enfin entendre le drame en norvégien le 20 mars 1890 au « Théâtre Central ». Enfin, en 1900, le « Théâtre national »,

1 Lettre d’Ibsen à Nils Lund, du 2 septembre 1883, Tyve Brev jra Henrik Ibsen .

2 Par exemple à Fredrikshald (Chra Int. sedler, 1883, 27 octobre).

3 Breve> II, pp. 126 et 241.

4 Dagbladet , 1891, n° 305.

qui remplaçait le « Théâtre de Christiania », s’empressa de donner Les Revenants , et la situation devint normale. Une reprise, en 1925, eut un grand succès parce que Mme Dybwad joua le rôle de Mme Alving.

Au théâtre royal de Copenhague, il fallut attendre jusqu’en 1903.

U histoire des représentations à l’étranger a été aussi passablement mouvementée. Je ne ferai que mentionner comme une curiosité la toute première représentation — antérieure même à celle de Lindberg à Helsingborg. Le drame fut joué le 20 mai 1882 à Chicago, par une société dano-norvégienne d’amateurs. Le rôle de Mme Alving était tenu par la fille du directeur du Casino de Copenhague, qui avait été actrice. Les portraits de Bjôrnson et de Garfield ornaient le salon de Mme Alving. Le public Scandinave était accouru, et la représentation fut suivie avec un vif intérêt.

En Allemagne, nul ne se soucia d’abord de traduire le drame honni, et il fallut un certain courage à la baronne Marie von Borch pour publier enfin une traduction dans la collection Reclam en 1884. Et il ne fut pas question de jouer la pièce avant qu’un jeune dramaturge viennois, Félix Philippi, vînt trouver Ibsen à Munich en 1886. Le jeune homme fit un éloge enthousiaste des Revenants. Ibsen, visiblement gêné, le regarda un moment de ses yeux clairs bleu d’acier, puis lui tendit la main et dit : « Vous me plaisez. Je trouve que vous m’avez compris. » Encouragé, Philippi demanda l’autorisation de jouer la pièce. « Vous êtes audacieux, » dit Ibsen, qui, après quelque hésitation, la donna *. Et, avec l’aide des amis qu’avait Ibsen dans le monde munichois du théâtre, on décida le directeur du théâtre d’Augsbourg à donner la pièce. Il ne pouvait être question

1 Robert Neivierdam, dans Politihen, 18 mai 1925.

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