‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 28 sur 82 · EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EN ANGLETERRE

drame familial en trois actes, traduit par Rodolphe Darzens... » parurent chez Tresse et Stock, et furent joués dans la salle des Menus Plaisirs h

La pièce obtint un grand succès à la répétition générale, un succès plus hésitant à la première, même avec quelques rires à propos de répliques révolutionnaires, jusqu’au troisième acte, où la victoire fut décidément gagnée. Antoine avait eu un jeu extrêmement sûr, dans le genre de celui de Lindberg, mais encore plus naturaliste, donc plus sinistre ; et, à la fin, il avait atteint une superbe maîtrise i . Les Norvégiens étaient enchantés, surtout d’Antoine, et se plaignaient seulement des coupures h

Les jugements de la presse française furent très divers. Sarcey représentait l’opposition extrême, suivi par Hector Pessard (Le Gaulois) et Hugues le Roux (Revue bleue), Henri Fouquier (XIX e Siècle) trouvait qu’il n'y avait de quoi crier ni au scandale ni au génie. De nombreux articles parlaient de Shakespeare et de Sophocle. Auguste Vitu (Figaro) faisait un grand éloge de la pièce et de la représentation. Faguet (Soleil) estimait que Les Revenants étaient une « oeuvre maîtresse », qu’Antoine avait été un admirable Osvald et Janvier un bon Engstrand, et que l’attitude incertaine du public, pendant les deux premiers actes, était due à la médiocrité des autres acteurs.

Mais ce fut une représentation unique, non par suite d’interdiction, comme en Allemagne, mais parce que le Théâtre libre ne pouvait faire davantage. Antoine a redonné plus tard Les Revenants dans ses tournées, au Théâtre Antoine et à l’Odéon.

En Angleterre, le petit clan des ibsénisants a porté aux nues Les Revenants. Havelock Ellis le qualifie de « pièce merveilleuse

et parut tout heureux de pouvoir s’en remettre à Fritz Hammer, lorsque celui-ci s’offrit comme intermédiaire. (Dagbladet , 6 novembre 1911.)

1 André Antoine, « Mes souvenirs » sur le Théâtre libre } pp. 160-171

2 Morgenbladet, 1890, n° 312.

3 Dagbladet , 1890, n° 174.

où Ibsen a atteint le summum de son art ». William Archer déclare qu’aucune pièce moderne ne paraît aussi complètement réaliser l’idéal aristotélicien, « purger l’âme par des moyens de terreur et de pitié ». Edmund Gosse ne sait rien, en dehors d’Eschyle et de Shakespeare, qui soit plus solennel, plus poignant, plus direct comme appel à la conscience

Mais lorsque le drame, publié en traduction anglaise par miss Long en 1885, fut donné en représentation privée au petit Royalty Theater, ce fut une autre chanson. Il s’était formé une Indépendant Theatre Society dont les membres et leurs amis devaient seuls jouir du droit d’entrée aux spectacles qu'elle organiserait, et pour son inauguration cette société donna Les Revenants le 13 mars 1891. Tout se passa fort bien. Les applaudissements, après chaque acte, furent nourris et couvrirent les quelques sifflets 1 2 .

Mais ce fut un cri d’indignation dans toute la presse. Le Times exprima l’espoir que la censure interdirait la pièce. Le Standard voulait que le directeur du théâtre fût poursuivi. Le Pall Mail Gazette était le seul journal qui défendît Les Revenants 3 . Et William Archer et Bernard Shaw ont réuni plus tard en un invraisemblable bouquet la collection des pires injures accumulées par les journaux et les revues 4 .

La même expérience fut renouvelée par la même société en janvier 1893 à Y Athenœum Hall , et miss Hall Caine, dans le rôle de Mme Alving, souleva l’enthousiasme dans la salle 5 . Mais en 1906, dans sa notice sur le drame, William Archer put écrire que « l’Angleterre se distingue fièrement en ce qu’elle est le seul pays au monde où Les Revenants ne puissent être joués » 6 .

1 C. B. Burchardt, Norwegian Life and Littérature, pp. 137-8.

- Dagbladet, 1891, n° 70.

3 Aflenposten , 1891, n° 181.

4 William Archer, The mausoleum of Ibsen, Fortnightlv Review, août 1893, et Bernard Shaw, The Quintessens oj ibscnïsm, 1913, pp. 87-90.

5 Morgenbladet, 1893, n° 58.

6 The collected Works of Henrik Ibsen, VII, p. xxm.

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