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rattache évidemment aux fameuses lettres à Brandès de 1871, et Brandès avait, lui aussi, été victime de l'ostracisme, même de la gauche.
Jonas Lie, d’après la déclaration d'Ibsen lui-même \ a été un quatrième modèle de Stockmann. Ibsen avait eu ample occasion d’étudier à Berchtesgaden, pendant l'été de 1880, son ancien camarade entouré de sa famille, très simple, d’une paisible gaieté naturelle, mais très indépendant, intransigeant dans son libéralisme, et rêveur audacieux, comme Ibsen, mais non, certes, à sa manière. Il était, dit Herman Bang, « un grand cœur, confus et génial par la pensée, un voyant, et aussi aveugle que le docteur Stockmann » â . C'est ainsi que Stockmann a pu devenir le porte-parole d’Ibsen, tout en étant un individu tout différent, et qui, même, contraste grandement avec lui par sa bonhomie et sa naïveté confiante. Il est probable que le prénom du docteur est simplement pris à Mme Thomasine Lie, grande admiratrice d'Ibsen, et qu'Ibsen appréciait, bien qu'il lui parût inconcevable qu'elle pût être la collaboratrice effective de son mari, l’œuvre littéraire devant être essentiellement individuelle.
Et il y a un cinquième modèle de Stockmann, également désigné par Ibsen lui-même, — cinquième chronologiquement, mais non le moins important. C'est Bjôrnson. Lorsque Bjôrnson, tout de suite, et sans que rien l'obligeât à s'exprimer publiquement, prit la défense des Revenants dans Dagbladet, Ibsen fut ravi et s’écria : « Ça lui ressemble ! » et il se souvint que Bjôrnson, avec Berner, avait été traité en « ennemi du peuple » dans la querelle du drapeau. Et c'est Bjôrnson qui a donné à Stockmann son joyeux optimisme, son goût de l'action et sa forte volonté. Et beaucoup de Norvégiens, plus tard, diront qu'Ibsen a fait la caricature de Bjôrnson avec Stensgaard, mais
1 Samtiden, IV, p. 406.
2 G. Brandès, Levned, III, p. 257.
3 Lettre du 4 avril 1872, Brève, I, 251.