‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 41 sur 82 · SIGURD DOCTEUR · texte numérisé non relu

SIGURD DOCTEUR

était personnellement mal connu, mais dans un petit pays comme la Norvège un écrivain n’échappe pas à la curiosité du public, et le public n’était pas porté à lui être bienveillant. Paulsen n’avait pas encore commencé à publier ses souvenirs sur ses cinq ans de relations avec lui, en sorte qu’il a beaucoup contribué, avec son roman, à créer une légende caricaturale sur un homme qui lui avait rendu de grands services, et pour qui, certainement, il avait une réelle affection. Ibsen, il est vrai, prêtait à la caricature, surtout par son allure pédante, ses décorations et ses sautes d’humeur. Mais les souvenirs du même Paulsen montrent combien, sous son apparence solennelle, il pensait aux autres avec une grande délicatesse de sentiment et une générosité discrète. Et bien d’autres ont apporté un semblable témoignage. Un Scandinave de passage reçu par lui peu après la publication d ’Un Ennemi du Peuple , dit que malgré sa réserve, son masque froid, et les violents éclats dont il était assez coutumier, on voyait souvent rayonner de lui une cordialité chaleureuse, et sa nature noble et délicate était d’autant plus séduisante que lui-même semblait vouloir en dissimuler les qualités h Mais les relations furent rompues entre lui et son Eckermann, bien que ni lui, ni Mme Ibsen, ne lui aient gardé rancune lorsque, plus tard, ils ont lu ses livres de souvenirs % La critique, d’ailleurs, fut favorable au roman de John Paulsen, eut soin d’ignorer que Pehrsen eût quelques ressemblances avec Ibsen, et trouva que l’auteur était en progrès. Un critique bergensois déclara même douter que Paulsen se fût servi de modèle vivant 1 2 3 . Et, sauf avec Ibsen, Paulsen resta en fort bons termes avec tous les meilleurs écrivains 4 . Il n’avait d’ailleurs fait que suivre la pente naturelle de son talent, plus apte au récit des « choses vues » qu’aux œuvres d’imagination.

1 Kristian Glôersen, dans Kringsjaa, XXVII, p. 342.

2 Rosenkrantz Johnsen, Passiar , pp. 45-46.

3 Johan Bôgh dans Ber gens Tidende, 4 novembre 1882.

4 V. leurs lettres à Paulsen, Edda , XXX.

Avant le départ pour Gossensass, Sigurd Ibsen avait passé très brillamment, le 4 juillet, sa thèse sur La Caméra alta nel governo reftresentativo. Il n’avait que vingt-deux ans et demi, et il était le plus jeune docteur italien. On n’était pas pressé de le faire entrer en carrière. Il fut donc décidé qu’il resterait provisoirement dans sa famille, continuerait librement ses études, et écrirait un travail sur « l’évolution du concept de l’État à travers les âges ». Cela donnerait le temps de faire des démarches et de voir si ses titres universitaires étrangers pourraient lui permettre d’obtenir une situation en Norvège.

Et la famille fut enfin de retour à Rome le 24 novembre. Ce retard tenait à des inondations qui avaient commencé en septembre et coupé les communications. Il paraît que le voyage fut « pénible et vraiment dangereux » h

1 Lettre à Hegel du 2 décembre 1882, Breve, II, p. 114.

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