LES MANUSCRITS DES « REVENANTS
à Berchtesgaden. La note IV est écrite au crayon sur un bout d’enveloppe qui porte, d’autre part : « Madame Ibsen. 75, via Capo le Case. Citta. « Les notes V et VI sont griffonnées derrière la bande déchirée d’un journal adressé à « Hr Dr Henrik... Consulato di Svezia e... Rom », et timbrée : Rom... 81. Les notes IV-VI sont donc de la fin du printemps ou du commencement de l’été 1881. Enfin la note VII, trouvée à part, sur une feuille détachée, par Mme Sigurd Ibsen, paraît avoir dû précéder immédiatement la rédaction du brouillon.
Il a sans doute commencé le brouillon aussitôt après la rédaction de cette dernière note, à Rome. Mais l’été venait, la colonie Scandinave se dispersait, Ibsen s’isolait de plus en plus dans son travail, on le perd presque de vue pendant plusieurs mois. On sait seulement que, à la fin de juin, aussitôt que Sigurd eut passé son examen de droit, il est allé s’installer à Sorrente avec sa famille, à l’hôtel Tramontana, que Dietrichson y était aussi, mais à l’hôtel Cucumella, et que les deux amis ne se sont réunis que deux ou trois fois, le soir K II est vrai que l’on avait peu envie de sortir, à cause de la chaleur extrême, et surtout du sirocco. Mme Ibsen prenait des bains de mer quotidiens pour supporter ce temps. « On ne peut presque pas penser à marcher ; il faut rester assis, autant que possible sans bouger 1 2 3 . » On sait pourtant qu’Ibsen aimait la chaleur, et ces conditions étaient favorables à son travail, — ainsi qu’au travail de Sigurd, qui commençait à préparer sa thèse de droit 3 .
La rédaction du premier brouillon a dû l’occuper de juin à septembre, après quoi est venu le second brouillon qu’Ibsen a mis dans une couverture où il a écrit « Manuscrit des Revenants », et qui est à la bibliothèque de l’université, à Oslo. Les différences dont il est possible de rendre compte dans
1 L. Dietrichson, op. cit , I, p. 364.
2 Lettre cTIbsen à Camilla Collett, d’août 1881, Brève , II, p. 92.
3 John Paulsen raconte (Samliv med Ibsen, 1913, p. 35), qu’arrivé à Munich en octobre 1879, il a entendu raconter par Ibsen lui-même sa vie de l’été « à
une traduction, entre ce manuscrit et le texte définitif, sont indiquées dans le présent volume, p. 211. Le manuscrit porte les dates du commencement et de la fin de chaque acte :
Premier acte : 25 septembre-4 octobre.
Deuxième acte : 13-20 octobre.
Troisième acte : 21-24 octobre.
Ensuite vint la mise au net. Il revint à Rome en automne, et put écrire le 12 novembre que la pièce allait paraître « au commencement du mois prochain » 5 . Ibsen avait envoyé ses trois actes un par un, et l’envoi du second acte avait été sensiblement retardé 2 . Ibsen a dû songer à quelque remaniement auquel il a finalement renoncé, mais dont on ne trouve aucune trace, car les différences entre le manuscrit de septembre-octobre et le texte définitif sont peu étendues. Enfin le volume a paru vers la mi-décembre.
Sorrente et Amalfi ». Ibsen lui dit qu’il s’était trouvé à Sorrente dans le même hôtel que Ernest Renan, mais « naturellement sans faire connaissance avec lui ». Ils s’étaient trouvés ensemble à l’hôtel Tramontana, qui était bien à Sorrente, et comme Ibsen avait passé l’été à Amalfi, et non à Sorrente, où il n’a tait un séjour prolongé qu’en 1881, on a parfois supposé que la rencontre muette des deux écrivains avait eu lieu en 1881. Mais c’est en 1879 que Renan a circulé autour du golfe de Naples, et les relations d’Ibsen avec Paulsen ont complètement cessé avant le séjour d’Ibsen à Sorrente en 1881. Il est probable qu’Ibsen, en 1879, est seulement passé à Sorrente, et n’a passé qu’un jour ou deux sous le même toit que Renan.
* Lettre du 12 novembre 1881, Brève , II, p. 95.
5 Lettre à Hegel du 23 novembre 1881, L. C. Nielsen, op. cit. } II, p. 351.