‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 141 sur 148 · LES FILLES DE PACAGE · texte numérisé non relu

LES FILLES DE PACAGE

La scène se passe dans un chalet de pacage qu*une remplaçante de la vachère vient de quitter parce qu'elle y a vu un trold (Huldre-Ev.y

On envoya la vraie vachère; elle s'appelait Rônnaug la Tourbière ; et il y en avait une autre, qui s’appelait Kari la Folle. Elles disaient qu’elles n’avaient pas peur des gens des montagnes ; ils pouvaient venir, s’ils voulaient. A ce moment était venue aussi une vachère au chalet de Lom. Ces trois filles accoururent et firent paître les bêtes, et prirent leurs ébats sans mesure ; elles coururent sur toutes les hauteurs et se mirent à tuer les petits des gelinottes, et lorsqu'elles arrivaient au fjeld de Val, elles criaient à Tron du fjeld, disant qu'il pouvait venir les trouver le samedi soir, et qu'il pourrait dormir dans leurs bras, et lorsqu'elles arrivaient à la vallée du Moulin, elles criaient à Tjôstul du Coteau, et lorsqu’elles arrivaient au ballon qui est près de Slethô et s'appelle Bourse à Feu, elles criaient à Kristofîer la Bourse et lui disaient la même chose. Lorsqu'elles avaient fini leur travail, le soir, elles allaient à la barrière et criaient : « Tron Valfjeld, Kristoffer Bourse à Feu, Tjôstul du Coteau, venez, nous allons nous coucher ! » car ces T. VIII. 28

ŒUVRES d'iTALIE

filles ne croyaient pas ce que les gens disaient, qu'il existait des gens des montagnes, et que ces gaillards habitaient ces fjelds-là. Mais elles purent s'en apercevoir. Car un jeudi soir, tard en automne, si tard que tous les autres avaient quitté les chalets pour rentrer chez eux, les filles avaient achevé leur ouvrage et, assises autour de l'âtre, causaient ensemble, — de leurs amoureux, je suppose. Soudain la porte s'ouvre, et trois petits gars entrent. Ils ne dirent pas un mot, et les filles ne dirent rien non plus, mais elles les regardèrent bien, car les gars arpentèrent la pièce et s'assirent sur les bancs. Ils portaient d’amples vestes bleues et ils avaient des yeux rouges et de longs nez. Au bout d’un moment ils sortirent, mais le soir suivant ils revinrent, et commencèrent à s’agiter davantage, et Rônnaug la Tourbière et la fille du chalet de Lom en furent effrayées ; elles priaient Dieu de les sauver, mais Kari la Folle n’avait pas encore peur. Le samedi soir ils vinrent encore, et se démenèrent tellement avec les filles que ce fut un beau vacarme, car c’étaient des gars vigoureux, bien qu’ils fussent si petits. Mais alors arriva un chasseur qui s’appelait Peer Gynt. Il tua le Coteau d’un coup de fusil et assomma Tron Valfjeld, mais Bourse à Feu se sauva par le tuyau de la cheminée.

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