‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 142 sur 148 · LE RENNE DE GJENDIN · texte numérisé non relu

LE RENNE DE GJENDIN

Un des premiers récits de « Chasse au renne dans les Rondanes » {Huldre-Ev.^ p. 175), où se trouve la légende de Peer Gynt, est le sui* vant, utilisé par Ibsen dans les premières pages de son poème :

... Au renne il faut briser les jambes ou toucher le cœur, sans quoi il n’est pas abattu. Il y avait un chasseur dans les fjelds

APPENDICES

de l'ouest, qui s'appelait Gudbrand Glesne, et qui était marié avec la grand mère du garçon que vous avez vu hier soir dans le chalet, et on dit qu’il était excellent chasseur. Un automne il eut prise avec un grand bouc (renne mâle). Il le tira, et ne put que tenir pour certain que l’animal était tué raide, à voir comme il était tombé. Il alla donc, comme on le fait souvent, s’asseoir à califourchon sur le dos de la bête, et voulait prendre son couteau pour séparer le crâne de la vertèbre du cou, lorsque soudain le renne bondit, couche ses cornes en arrière et le tient serré entre elles, en sorte qu’il était assis comme dans un fauteuil, et les voilà partis. La balle avait seulement glissé sur le crâne du renne, qui s’était évanoui. Jamais homme n’a fait sans doute une course pareille à celle de Gudbrand. Il courait comme le vent à travers les pires névés et champs de pierres. Puis ce fut la crête de Gjendin, et alors il pria Notre- Seigneur, car il croyait bien qu'il ne verrait jamais plus le soleil ni la lune. Mais le renne finit par se mettre à l’eau, et traversa le lac avec le chasseur sur le dos. Gudbrand, cependant, avait dégagé son couteau, et aussitôt que le bouc eut mis pied à terre, il le lui enfonça dans le cou, et l'animal tomba mort, et Gudbrand Glesne n’aurait sûrement pas voulu recommencer pareil voyage pour toute la richesse du monde.

LA FEMME TROLD

{Huldre Ev., p. 31)

L’oncle Mads habitait Knae dans la vallée de Hur. Il était souvent dehors, dans la montagne, à couper du petit bois et des arbres, et quand il était dehors, il avait l’habitude d'y

ŒUVRES D’ITALIE

rester coucher; il se construisait une cabane de branchages, allumait un feu devant, et dormait dedans, la nuit. Une fois, comme il était ainsi dehors en forêt, lui et deux autres, il venait d’abattre un gros tronc, et il était assis pour se reposer un peu, lorsque soudain une pelote vint rouler du haut d’un rocher plat jusqu’à ses pieds. Cela lui parut singulier ; il n’osait la ramasser, et il eût mieux valu pour lui de ne pas le faire. Mais il regarda en haut pour voir d’où elle venait. Hé mais, là-haut sur la roche était assise une fille qui cousait, et elle était si jolie et ravissante qu’on était ébloui.

— Apporte-moi cette pelote de fil, dit-elle. Oui, c’est ce qu’il fit, et il resta longtemps à la regarder, et il ne se lassait pas de voir commbien elle était charmante. Il dut enfin prendre sa hache et se remettre au travail ; et lorsqu’il eut frappé des coups pendant quelque temps et leva les yeux, elle avait disparu, Il réfléchit toute la journée à cet incident ; cela lui semblait bizarre, et il ne savait qu’en penser. Et le soir, lorsque l’on fut pour se coucher, lui et ses camarades, il voulut absolument se mettre au milieu ; mais cela ne servit pas à grand’chose, je crois bien ; car, la nuit s’avançant, elle vint et le prit, et il dut aller avec elle, bon gré, mal gré. Ils arrivèrent dans la montagne, où tout était si beau qu’il n'avait jamais encore vu rien d’aussi beau, et il n’a jamais pu bien dire combien c’était beau. Il demeura chez elle trois jours pleins. Lorsque la troisième nuit fut près de finir, il se réveilla, et il était alors de nouveau couché entre ses camarades. Ils croyaient qu’il était rentré chez lui chercher de nouvelles provisions, et c’est aussi ce qu’il leur dit qu’il avait fait. Mais depuis ce temps-là il a perdu son équilibre ; assis bien tranquille, il Ini arrivait tout à coup de bondir et de se sauver ; il était ensorcelé (huldrin), je dirai.

Et voilà qu’après un certain temps, il était en train de fendre des perches de clôture en haut des champs. Au momoment où il venait d’enfoncer un coin dans un tronc, en

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APPENDICES 437

sorte qu'il y avait une fente tout le long, voilà que sa femme arrive lui apporter son dîner, à ce qu'il lui semble ; c'était de la bouillie de crème caillée, bien grasse, et servie dans un seau si luisant qu’il brillait comme de l'argent. La femme s'assit sur le tronc, tandis qu’il déposait sa hache, et s'assit sur une souche tout à côté; mais alors il vit qu'elle glissait dans la fente une longue queue de vache. Et, bien entendu, il ne voulut pas toucher à son plat ; mais de sa place il manœuvra tout doucement, et parvint à retirer le coin, en sorte que le tronc se ferma, et la queue y fut prise, puis il écrivit le nom de Jésus sur le seau. Oh, comme alors elle trouva des jambes, elle bondit si brusquement que la queue se brisa et resta dans le tronc, et elle disparut ; il ne vit pas où elle était partie. Le seau et la bouillie n'étaient qu'un panier d'écorce avec un peu de bouse de vache. Depuis ce temps il n'osa presque jamais aller en forêt, car il craignait qu'elle se vengeât.

Mais cinq ou six ans plus tard, comme un cheval s'était enfui, il dut aller le chercher lui-même. Il marchait dans la forêt lorsque soudain il fut chez des gens dans une cabane ; et il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il était venu là; une femme fort laide faisait le ménage, et dans un coin était assis un enfant qui pouvait avoir à peu près quatre ans. La femme prit le pot de bière, alla vers l'enfant et dit :

— Va offrir à ton père de la bière à boire.

Lui fut tellement effrayé qu'il prit ses jambes à son cou, et par la suite il n'a jamais entendu parler ni d'elle ni de l'enfant ; mais il a toujours été bizarre et un peu timbré.

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