‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 146 sur 148 · L. 4. — Et qui s’humilie... (Proverbes, XXIX · texte numérisé non relu

L. 4. — Et qui s’humilie... (Proverbes, XXIX

P. 237, 1, 21. — Le sang paysan est royal, à peu près. — Beaucoup de familles paysannes se vantaient de leur antique origine, ou même prétendaient descendre des anciens rois, particulièrement dans le Gudbrandsdal, d’où est Peer Gynt.

L. 25. — Gyntiana. — Le nom est formé à l'imitation d’Oleana, la colonie norvégienne fondée par Ole Bull en Pensylvanie en 1852, et qui avait complètement échoué après lui avoir coûté une fortune.

P, 23S, l. 2. — Tel l’âne dans Varche. — L'allusion à l’âne provient sans doute de l’énigme : « Quel âne a brait si haut que les gens du monde entier l’ont entendu? » L'âne de l’arche de Noé est la réponse (Log., p. 467).

P. 23Ç, 1. 19. — simoun. — Au moment même où il écrivait l’épisode d’Anitra, Ibsen venait de subir, au commencement de juillet, un sciroco terrible et prolongé (V. notice, p. 46).

L. 23. — Kaaba. — Ibsen croyait évidemment que cette pierre sacrée de l’Islam était la tombe de Mahomet, et qu’il fallait faire de Peer Gynt le prophète ressuscité, et non un mahdi. Dans le manuscrit de travail, il n'est pas question de la Kaaba, mais de « la tombe de Médine ».

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V. 24 , 1 . 3. — On n*est pas prophète.,. Se trouve dans les quatre évangiles.

P. 241 ^ \. 10. — Prophète et Seigneur. Un prêtre à Hamar devint un dieu pour sa paroisse, et un dimanche, une jeune femme, se précipitant à ses pieds, lui cria : « Tu es Jésus, Jésus ! » D’après O. Arvesen (Ople~ verser of Erindringer^ pp. 114-115), cette histoire, racontée à Ibsen, lui aurait suggéré l’épisode d’Anitra.

P. 243^ 1.5. — Mais je n*ai pas d*âme. Wergeland fait dire par un père à sa fille : « Comme femme, tu es dépourvue d’âme » dans Harlekin Virtuos (signalé par D. A. Seip, Samtiàen^ I9i3> p. 573 )*

P. 244^ 1. 14. — « Das ewig weibîiche ziehet uns an! » Le dernier vers du Faust de Goethe est en réalité

Das Ewig-Weibîiche zieht uns hinan!

Ibsen, dans son manuscrit de travail, l’a écrit d’abord :

Das evig weibîiche ziet uns herann!

puis l’a corrigé en efîaçant her et le second n dans le dernier mot, et remplaçant ziet par ziehet^ évidemment pour rattraper la syllabe perdue par le premier changement, ce qui fait tout de même le vers moins bien rythmé. Log. (pp. 218-223 et 415-417) a longuement étudié et interprété ces variations d’Ibsen. Je crois avec lui, malgré l’opinion si autorisée de Sigurd Ibsen, qu’elles prouvent simplement que Henrik Ibsen n’a pas retrouvé dans sa mémoire, pourtant très bonne, le texte exact de Goethe. — On peut observer, de plus, que, par la suppression de hin, ou en y substituant her^ Ibsen a modifié le sens du vers de Goethe, en sorte que T Étemel féminin nous attire seulement, au lieu de nous élever vers les hauteurs, comme le dit le « Chœur mystique ».

P. 254, 1. 26. — un jeune fou. — Le mot est Galfrands^ qui probablement signifiait originairement « un toqué de Français » (V. Log., p. 228).

P. 256^ 1. 15. — Lày voilà le Turc^ et moi^ je suis ici. —Dans Huldre- Ev.j p. 82, un homme raconte un rêve où il a vu son grand-père, mort depuis longtemps, et qui était prêtre, prononcer un sermon en chaire. Mais soudain « il bondit — il était connu comme un gaillard alerte — en plein milieu de l’église, si bien que sa robe s’envola d’un côté et sa collerette d’un autre. Bon, voilà le prêtre et moi je suis ici, dit-il selon

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une formule qui lui était familière. Eh bien, dansons, maintenant. » Il paraît d'ailleurs que la formule était familière à d’autres, et notamment à des pasteurs connus (Log., pp. 231-232).

P. 257^ 1. 13. — on est mat. Équivalent emprunté au jeu d’échecs de l’expression d’Ibsen, qui vient du jeu de l'hombre, et dont on se sert aujourd’hui au bridge.

P. 258^ 1. 30. — Becker. K. F. Becker avait publié de 1801 à 1809 une Weltgeschichte dont Ibsen avait sans doute lu quelques volumes, car en 1837 Mlle Crawfurd, alors à Copenhague, avait été chargée d’acheter l’ouvrage pour la « Société de lecture » de Grimstad (H. Eitrem, a Henrik Ibsen — Henrik Wergeland », dans Maal og Minne, 1910, p. 48), et l’on sait qu’Ibsen, grand liseur à Grimstad, empruntait des livres à cette bibliothèque à la fois par cette demoiselle et par son second patron.

P. 259^ 1. 5. — Le manuscrit de travail a ici cinq vers biffés, trois à la suite et deux en marge, H. Logeman {pp. 236-237) observe que, les trois premiers se terminant par une virgule ont dû être biffés immédiatement, et Ibsen a continué par le texte qui est resté. C’est donc seulement plus tard qu’il a introduit, pour remplacer les trois vers biffés, les deux vers en marge, qu’il a d'ailleurs biffés à leur tour.

L. 24. — Le temps présent ne vaut pas une semelle, — Paraît être un souvenir du conte traduit par L. Pineau sous le titre « La princesse à qui personne ne pouvait fermer la bouche » (Contes norvégiens^ p. 159).

P. 260^ 1. 6. — Le chant de Solvejg est manifestement une forme nouvelle du chant d’Erik et Svanhvide, écrit pour le second acte de La Nuit de la Saint-Jean (t. III, p. 322).

P. 262 ^ 1. I. — La statue de Memnon. Il y en a deux, près de Thèbes, qui représentent Amenophis III, mais Ibsen s’intéressait seulement au colosse qui chante, — ou plutôt qui a chanté depuis un tremblement de terre qui l'a endommagé en l'an 27 avant notre ère, jusqu'au moment où Septime Sévère l’eut fait réparer. Ibsen s’en était déjà servi dans un poème de 1855 (t. III, p. 153), où le chant n’était que vaines paroles contrastant avec la statue impassible. John Paulsen dit qu’il avait projeté un moment un drame sur l'empereur Hadrien, et il avait sans doute appris que Hadrien avait été entendre le fameux chant. Mais il n’avait pas vu de dessin de la statue, comme le prouve sa description

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(p. 263, 1. 5-6), et il ignorait que le phénomène du « chant » avait commencé peu avant notre ère et duré jusqu'au troisième siècle, ainsi que Hans Eitrem l'a clairement établi (Samtiden^ 1906, p. 593) d’après la « Lettre par ballon » (t, IX). C’était surtout la légende qui l’intéressait. Il la connaissait évidemment par les Métamorphoses d’Ovide (XIII, 3), comme le prouvent les vers qui suivent. On voit en effet dans Ovide que l’Aurore, ayant perdu son fils Memnon tué par Achille, a obtenu de Jupiter que, du moins, quelque grand honneur fût rendu au mort. Et alors le feu du bûcher s’écroule, et il en sort mille oiseaux qui se forment en deux groupes, se combattent, et tombent sur la cendre d’où ils sont nés. Ce sont les Memnonides, qui tous les ans renaissent pour se battre et mourir sur le tombeau de Memnon. Ibsen a sans doute lu cette histoire à Grimstad en préparant son bachot et son attention a dû être particulièrement attirée vers les Memnonides à cause de son admiration pour Paludan Mûller, dont il a sans doute lu dès Grimstad le poème dramatique Tithofiy qui raconte les amours de ce frère de Priam avec l’Aurore ; du moins Tiihon est l’une des œuvres qu’il a mentionnées peu après dans sa défense de Paludan Müller contre Welhaven (t, II, p. 253). Les quatre premiers vers de la statue sont manifestement inspirés par Ovide.

Quant au sens de ces paroles, il a été déchiffré par Chr. Collin. Celui-ci, dans un premier essai d’interprétation que l’on peut qualifier de transcendante, avait vu dans le chant à l’aurore un salut à une ère nouvelle, « qui s’élève de la cendre des temps anciens et incite les hommes à la lutte pour des idéals nouveaux ». Ibsen, hanté par l’idée de son drame sur Julien, où il voulait précisément peindre le triomphe d’un idéal nouveau sur le passé mort, aurait ainsi été amené à donner cette signification au vieux mythe, en même temps qu’il aurait songé au temps présent, qu’il imaginait gros de bouleversements prochains (Samtiden^ 1906, p. 386). Rien ne contredit cette explication dans les quatre premiers vers, mais elle cadre mal avec les quatre suivants. Dans son ouvrage Dei géniale Menneske^ pp. 133 sqq.^ Chr. Collin a donné une explication nouvelle fondée sur le fait certain que la grande colère d’Ibsen contre la Norvège qui avait failli au Danemark n’était pas apaisée. Les oiseaux « lutteurs » sont les Memnonides, descendants ou successeurs de Memnon. « Où dorment mes oiseaux? » Cela veut dire : « Où sont aujourd’hui les descendants d’une race héroïque, pour renou-

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veler les actions d'éclat d'un grand passé par des exploits et des chants? > La question est posée à Peer Gynt, au représentant des Norvégiens qui ne se sont pas conduits, en 1864, en vrais Memnonides. Elle s'adresse aussi aux « hiboux de la sagesse », c'est>à-dire aux savants norvégiens, qui s'occupent tant du beau passé, et dont Peer Gynt vient de dire, dans son monologue, qu’il veut faire partie à sa façon, a Mais du réveil de l'esprit héroïque du passé dépend le sort du peuple. Sa science est mortelle, si elle ne sait pas déchiffrer l’énigme. » Tout cela correspond exactement à la conception d'Ibsen à la date où il a écrit Peer Gynt^ c'est bien conforme à l'idée même du drame, et il est naturel de le présenter à Peer Gynt comme une énigme qu'il est incapable de deviner. Tout confirme la seconde explication précise de Chr. Collin. On peut d'ailleurs imaginer qu'en écrivant les quatre premiers vers Ibsen a plus ou moins clairement entrevu, comme un surplus, l'idée transcendante, ou plus générale, que Collin y avait vue d’abord.

Il y a sans doute dans le chant de la statue encore autre chose, que Collin a également signalé. C'est le « Hibou de la sagesse » interpellé d'un ton assez sévère, sinon méprisant, et qui paraît viser des professeurs de l'Université, surtout Lieblein, qui étudiait les antiquités égyptiennes comme stipendiât^ et avait écrit sur Brand un article dénigrant.

P. 264^ l. 7. — Begriffenfeldt. Nom allemand qui signifie « champ de concepts ». Anders Krogvig dans une lettre à H, Logeman (p. 254), écrit : « La vie intellectuelle allemande, telle qu'elle se manifestait alors (dans les années 1850 et 1860) chez les épigones de l'Université de Kristiania, était pour les jeunes gens l'image du pédantisme sentencieux et stérile. C'est ce qu'Ibsen a voulu exprimer par le nom de Begriffenfelft, qui, surtout pour les lecteurs de l'époque, a été plein de sens ». Cela est juste, et il est fort probable qu'Ibsen a pensé au professeur Monrad et à ses longs et insipides articles de critique. Mais Begriffenfeldt est allemand, et c'est bien comme allemand quTbsen l'a ainsi baptisé. Le nom aurait aussi bien convenu à v. Eberkopf, qui parle volontiers un charabia métaphysique, et c'est conforme au sentiment antiallemand qu'Ibsen manifestait publiquement depuis 1864.

Le nom était écrit Frasenfeldt (champ de phrases) dans la première liste des personnages. Il est sans doute imité de Blasenfelfdt, « directeur en chef dément d'un grand journal », personnage de la farce de Wergeland.

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U aventure en montagne de Vinaigre », où dans la sixième scène du second acte, il passe à travers le grillage d'un asile d'aliénés et se montre avec une couronne de papier, comme Begrifienfeldt posera sur la tête de Peer Gjmt une couronne de papier. La manie de Blasenfeldt est une folie des grandeurs qu'Ibsen, bien entendu, a transférée à son héros. Le hasard a pu amener beaucoup de ces rencontres, dit Didrik Arup Seip en signalant ces rapprochements (Samtiden^ 1913, p. 574 )- ü paraît difficile de croire qu'Ibsen, qui connaissait bien son Wergeland, et, je crois, particulièrement ses farces, n'ait pas pensé à celle-ci. Je pense que l'idée même de conduire Peer Gynt dans un asile d'aliénés vient de là.

P. 267^ 1, 8-9. — septante... cent soixante. Il s’agit évidemment des « Septante » traducteurs de la Bible, qu'on appelait en norvégien interprètes, fortolkere. L'expression « à cause des soixante-dix interprètes » paraît d'ailleurs avoir été assez courante (D. A. Seip, Samtiden^ 1913, 574-5)- Quant aux cent soixante, les explications proposées sont nombreuses (V. H, Logeman, p. 256). Je me rallie à celle de D. A. Seip, qui voit là une moquerie très justifiée à l'adresse des nombreux critiques de Brand.

P. 26g^ 1. 3, — Le baron Mûnchhausen, après avoir fixé par un clou à un arbre la queue du renard, lui coupa la peau du front, puis le fouetta si bien que l'animal se mit à courir, laissant sa peau.

L. 17. — Il devient très clair... — H. Logeman cite ici ces vers du Don Juan de Byron (XIV, 84) :

Enfermez tout le monde et libérez Bedlam^ et peut-être aurez-vous la surprise de voir tout suivre exactement même voie qu*aujourd’hui^ avec les gens qui sont soi-disant sains d*esprit.

P. 272^ 1. 3, — Huhu. On a généralement considéré le passage qui suit comme une attaque personnelle contre Vin je, et il est bien certain qu'Ibsen a pensé à son ancien camarade, mais il n'y a rien là de personnel, en sorte qu'un autre partisan du maaly Kristoffer Janson, a pu prétendre à l'honneur d'y avoir été caricaturé. H. Logeman (p. 264) rappelle à ce propos une citation d'Adam de Brême, qui se trouve dans l'histoire de « la gelinotte du Justedal » contée par Andréas Paye, et d'où Ibsen a tiré son Olaf Liljekrans : « J'ai entendu dire qu'en Norvège il y a des femmes et des hommes qui habitent les forêts et se montrent

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rarement : ils portent des peaux de bêtes sauvages comme vêtements^ et leur langue ressemble au grognement des animaux plutôt qu’à la parole des hommes, en sorte qu’ils sont à peine compris par leurs voisins «. — Quant au choix des côtes malabares comme pays d'origine de Huhu, il provient sans doute de Ludvig Holberg, qui parle deux fois des pays malabariques (Jean de France^ V, i, et Jakob v. Tyboe^ I, 8)^

P. 273f 1. 2. — Une nuit de quatre siècles. Allusion à la longue union de la Norvège avec le Danemark (1380-1814). Sur les idées d’Ibsen à ce sujet, voir Ording, Det Icerde Holland^ pp. 112-117.

P. 274^ 1 . 21. — à un fellah qui porte une momie. Tout le monde, sauf une exception, a compris ce personnage comme personnifiant la Suède, toujours fière de ses grands souvenirs historiques, et particulièrement de son glorieux roi Charles XII : il est la momie que porte le fellah. Le vers « sur le sol de mon ancêtre » s’explique parce que la Russie, pendant sept siècles, avait été gouvernée par Rurik, un Suédois, et ses descendants. Et le pain suédois est en grande partie fait avec du blé de Russie (1. 38). Cette explication est parfaitement d'accord avec le sentiment d’Ibsen à Tégard des Suédois lorsqu’il écrivait Peer Gynt (V. le personnage Trumpeterstraale), mais elle ne rend pas compte de tout ce que dit le fellah, particulièrement des vers 20-22, p. 276, où il devient soudain humble, comme les paysans norvégiens pendant l’hiver 1863-64 : « nous sommes trop petits... » C’est pourquoi Chr. Collin (Det géniale menneske, p. 138) pense que le fellah représente le paysan norvégien, lui aussi trop fier d’un beau passé (V, « le cadavre de Snefrid » dans « Aux Complices », prologue du « Brand épique »).

P. 277, 1 . 24. — Le ministre Hussein. Ici, Tallusion est claire. Il s'agit du comte Manderstrôm, le ministre des affaires étrangères suédois de 1864, qui multipliait les notes diplomatiques. On sait qu’Ibsen l’avait pendu en effigie (t. VII, p. 62). Et il avait évidemment lu, dans le Dagbladet danois du 15 décembre 1863, cette phrase citée par Halvdan Koht (Efierladte Skrifter^ I, p. lxxi) : « Beaucoup de gens ont cru voir dans le comte Manderstrôm un second Oxenstjema, un Cavour nordique. Il reste à savoir s'il n’est qu’une plume habile, ou un véritable homme d’État. »

P. 2SOj 1 , 6. — Vécut et mourut comme plume qu'on tient^ c’est-à-dire qui est dirigée par un autre.

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L. 12. — Ton nom ne me revient pas, — C’est le nom de Begriffenfeldt, naturellement, que Peer ne se rappelle pas. Mais H. Logeman fait observer (p. 271) que le lecteur norvégien est amené à penser à Dieu, à cause du proverbe : « Dieu est le protecteur de tous les fous ».

P. l. II. — le HalUngskarv. — Longue crête entre Kristiania et Bergen.

L. 15. — Fôlgefond. — Glacier au bord de l’extrémité du Hardangerfjord.

P. 1. 8 . — Blaahô. — Pic dans le Jotunheim.

L. II. — le pic de Gaîdhô. — Passait pour la plus haute cime de la Norvège (Jotunheim).

L. 13. — le Haartejg. — Pic sur le haut plateau de Hardanger.

Ibsen suppose évidemment le bateau de Peer Gynt situé non loin de l’entrée du Sognefjord, mais il est impossible, même de l’endroit le plus favorable, de voir les endroits indiqués.

P. 2Sç. — On n'est rien de plus que saucisse à Noël (littéralement : au temps de la boucherie). — Expression proverbiale : une saucisse ne compte pas, au moment des grands préparatifs culinaires pour la fête et pour l’hiver.

P. 2po, 1. 4. — Le passager étranger. Ce personnage singulier, introduit par Ibsen « comme un caprice » ressemble à beaucoup d’êtres surnaturels assez fréquents dans le romantisme, qui interviennent à un moment critique de la vie du héros, et pourtant il en diffère en ce qu’il « ne veut la perte d’aucune âme », et s’efforce, au contraire, de réveiller la conscience de Peer Gynt (P. L. Stavnem, loc. cit.^ p, 107). Par là, observe H. Logeman (p. 278), il n’a guère d’antécédent que l’aéronaute du poème de Paludan Mûller, « L’aéronaute et l’Athée ». Stavnem et Logeman montrent aussi, avec raison, que le Passager étranger a quelque analogie avec ces apparitions communes dans l'ancienne littérature nordique, et qui, généralement sous la forme d’animaux, annoncent la mort, comme le loup aperçu par Hjôrdis au quatrième acte des Guerriers à Helgeland, Mais je ne suis plus les deux commentateurs lorsqu’ils font un rapprochement entre le Passager étranger et le « chasseur étranger » du poème d’Ibsen « Sur les hauteurs désertes », puisque le « chasseur étranger » est précisément une sorte de Méphisto, alors qu’ils ont eux-mêmes constaté que tel n’est pas le com-

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pagnon de bord de Peer Gynt. Et je ne suis pas non plus H. Logeman lorsqu'il réduit presque le rôle du Passager étranger aux deux passages où celui-ci demande à Peer G5mt s'il a éprouvé « la gravité de l'angoisse » {Edda, 1917, pp. 260-263). On sait que Clemens Petersen avait vu dans le Passager « le concept de l'angoisse », et quTbsen avait trouvé cette interprétation ridicule et l'avait repoussée avec indignation (V. la notice, p. 76). H. Logeman donne raison à Petersen, tout en croyant à la sincérité de la protestation d'Ibsen, qui a pu, dit-il, ne pas se rendre compte du sens symbolique de son personnage comme représentant de ce concept. Je pense plutôt qu'Ibsen, poète romantique par sa formation et la littérature dont il était nourri, a imaginé son personnage selon la formule connue, et lui a donné une allure démoniaque, alors qu’il voulait en faire un éveilleur de conscience. D’où le double aspect du Passager étranger. Son diabolisme s’accordait d'ailleurs fort bien avec les circonstances, qui imposaient que son action s’exerçât par la peur.

P. 2Ç4^ 1. 2. — Le chien du bord. — Tant le diable que les messagers de mort apparaissent souvent, dans le folklore norvégien, sous la forme d’animaux.

P. 2p«?, 1 . 4. — Jê nage avec la jambe gauche, — H. Logeman (p, 283) pense quTbsen a ici confondu le Passager étranger avec le diable, toujours représenté avec un sabot de cheval du côté droit.

J'ai dit que H. Logeman voit dans l'aéronaute Montechrist d'un poème de Paludan Muller un antécédent au passager d’Ibsen, C'est, en efiet, par la peur que Montechrist parvient à convertir l'athée. Et Taéronaute donne, comme le passager, une impression assez diabolique, à tel point que l’athée l'appelle Satan (Paludan Mûller, Poeiiske Skrifief iudvalg, VI, p. 318). C'est « un esprit qui sait non seulement découvrir les choses secrètes, mais scruter à fond les cœurs et les reins » {ibid.y P* 343)» ce qui est bien proche de ce que dit de lui-même le passager (p, 292, 1 . 26). Les circonstances, d'une part, les intentions et l’allure de Montechrist et du personnage anonyme d’Ibsen, d'autre part, sont aussi semblables que possible. Il y a toutefois deux différences. L'une est que l'action de Montechrist vise un but proprement religieux, tandis qu'Ibsen, naturellement, reste dans le domaine éthique. L’autre est que Montechrist réussit, tandis que Peer Gynt ne comprend encore rien à l'avertissement qui lui est donné : différences, on voit, assez secon-

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daires. Aussi est-il très probable que le poème de Paludan Müller a suggéré à Ibsen son « caprice » et les vers (p. 299, 1 . 12 et 19), qui ont fait voir à Cl. Petersen, dans le passager étranger, le « concept de la peur », sont simplement des réminiscences du poème danois.

P. <2pp, 1. 9. — Oh^ je sais le diable... Mais dans la phrase interrompue, « le diable » peut n*avoir que la valeur d'une interjection, en sorte qu'il faudrait traduire : « Oh je ne sais fichtre... » Seulement, le passager étranger comprend le sens littéral. Ibsen s'est repris à plusieurs fois avant de trouver son texte à double sens (H. Logeman, p. 283).

P. 300^ 1. 21-22. — Ces vers semblent bien provenir de ceux qu'adressait Welhaven à 'Wergeland en 1830 :

Et à grand bruit se démener sur des cothurnes n*éveille pas le skalde et sa cendre dans Vurne.

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