LE TRAVAIL AVANCE
condamné lorsqu’il écrivait Br and. Les deux poèmes dramatiques devaient, sous ce rapport aussi, former contraste.
En fait, Peer Gynt est devenu finalement un poème « à idées » — philosophique, si Ton préfère, — autant que Brand. La difiérence, toute à l’avantage de Peer Gynt, consiste uniquement en ce que les idées exprimées dans Bm'rid proviennent directement de l’actualité de façon trop visible, tandis que le lien entre la guerre du Slesvig et la conception de Peer Gynt n’apparaît que fort peu. Les idées seront, dans le second drame, complètement dégagées de l'occasion qui les a suggérées. Elles devaient même, tout d’abord, être à peine mises en évidence. Mais c’eût été, pour Ibsen, renier sa propre nature. On peut préciser le moment où il s’est décidé à en suivre l’impulsion.
Le manuscrit de travail porte l’indication de la plupart des dates où chaque acte a été commencé et terminé. En voici le tableau :
Premier acte commencé le 14 janvier, Second — 3 mars.
Troisième — 15 juin.
Quatrième
Cinquième — 19 septembre,
terminé le 25 février.
— 2 juillet.
— 15 septembre.
— 14 octobre.
On voit qu’il y a un intervalle de quelques jours entre la fin d’un acte et le commencement du suivant (cinq jours entre le premier et le second, trois jours entre le quatrième et le cinquième). Ibsen employait cet intervalle à relire l’acte achevé. En supposant qu’il ait mis seulement deux jours à relire le troisième acte, qui est le plus court, le quatrième acte aurait été commencé le 5 juillet, et l’on peut dresser, pour quatre des actes, le tableau suivant, où l’on voit quel a été le rendement de son travail :