‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 18 sur 148 · ARRÊT AU MILIEU DU SECOND ACTE · texte numérisé non relu

ARRÊT AU MILIEU DU SECOND ACTE

tout seul. C’est pourquoi il devait penser qu’il pourrait aborder le troisième acte avant la ün du mois, et achever le poème vers le juillet.

On peut ajouter que, jusqu’au milieu du second acte, il n’a réellement rencontré aucune difficulté, car les scènes des trois filles de pacage et de la femme en vert étaient prévues dans la liste des personnages et les manuscrits ne portent aucune trace d’hésitation. Il a donc dû parvenir effectivement à ce point, au plus tard, le 15 mars.

Or, il a terminé le demi-acte qu’il lui restait à écrire vers la fin d’avril, en sorte que, pendant un peu plus de six semaines, il n’a plus travaillé qu’à raison de six vers par jour en moyenne. Il écrit en effet le 2 mai à son éditeur ' pour lui demander de l'argent parce qu’il va bientôt partir pour Ischia. « J’ai maintenant achevé deux actes de mon nouveau poème, et le plan du surplus est complètement éclairci (klarnet) et établi. » Mais Ibsen n’en écrira pas plus à Rome, le désir du voyage le tourmente, et il a besoin de solitude. Quand il aura trois actes faits, il les enverra. Je comprends la phrase d’Ibsen comme indiquant qu’il vient d’achever le second acte. Il aurait d’ailleurs tout de suite écrit le troisième s’il avait cru pouvoir l’achever avant son départ, et s’il avait travaillé seulement à la moyenne de vingt vers par jour, son second acte, achevé avant la fin d’avril, lui aurait laissé plus d’un mois et demi avant son départ pour écrire le troisième, qui ne lui a pris que dix-huit jours.

Il a donc mis environ un mois et demi à écrire la seconde partie du second acte, — exactement 268 vers. Une pareille diminution soudaine dans le rendement de son travail ne peut évidemment s’expliquer par un simple ralentissement. Il faut qu'il y ait eu un arrêt, quelque difficulté contre laquelle Ibsen a butté.

» Tyve brève fra Hemik Ibsen,

ŒUVRES d’ITALIE

Or, cette seconde partie du second acte est remplie par la grande scène dans la salle du Vieux de Dovre et la scène du Grand Courbe, — ces deux personnages qui ne figurent pas dans la liste du manuscrit de travail. On y trouve seulement la mention « gnomes et trolds », ce qui ne paraît indiquer rien de plus qu'une scène courte dont la comparution de Peer devant le Vieux de Dovre a été le développement non prévu. On conçoit que cette scène imaginée tardivement, sans doute au moment même de l'écrire, ait nécessité quelques tâtonne' ments. On trouve, insérés dans le manuscrit de travail, des feuillets distincts où sont deux premiers essais de la scène des trolds. Ibsen a quitté son manuscrit pour esquisser la scène nouvelle. Mais ce n'est pas cela qui a pu le retarder beaucoup. Le même fait s'était produit déjà tout au commencement de l'acte pour la scène entre Peer et Solvejg, finalement rejetée, ce qui n’avait pas empêché ce commencement d'avancer très vite, comme le montre la lettre du 8 mars. Il n'y a donc pas eu simplement quelque hésitation et des essais pour une scène inventée après coup, mais bien une véritable interruption. Ceb rappelle, — mais sous une forme très atténuée, — la période de si vive inquiétude qu’avait traversée Ibsen deux ans plus tôt, lorsqu'il était resté en panne devant son « Brand épique ». jusqu'au moment où il a eu sa fameuse « révélation de Saint Pierre ». Seulement, cette fois, son tourment a été beaucoup moins pénible, et n'a duré que trois ou quatre semaines, et Ibsen n'a pas eu besoin de condamner ce qui était déjà écrit.

La cause de cet arrêt me paraît assez évidente. Ibsen avait voulu, dans un poème tout rempli de folklore, donner un portrait satirique du peuple norvégien, selon lui hâbleur et incapable de passer du rêve à l’acte. Outre l'allusion claire au^ événements qui avaient si profondément indigné Ibsen, ce poème comportait une idée plus générale et plus profonde et qui, sur ce point aussi, en fait une suite à Brand. Après le sombre héros du ferme vouloir, vient le gai compagnon qü‘

Page 1