‹ Œuvres complètes. tome huitièmeChapitre 30 sur 148 · RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

RÉDEMPTION

Or, Ibsen était certainement sur ce point du même avis que l’avocat du diable, et Tavait fait exprimer par Brand Aussi Peer Gynt n’est-il pas sauvé par Solvejg. Mais un changement s’opère en lui lorsqu’il se précipite vers elle. Cette fois, au lieu de « faire le tour », il va droit à elle, plein d’un remords sincère, car il ne cherche pas à se faire pardonner, mais franchement s’accuse. C’est par lui-même qu’il a retrouvé son meilleur moi, et ainsi au moins fourni — sans calcul de sa part — un argument en sa faveur. Mais est-il réellement sauvé? Ibsen ne le dit pas. Si on le lui avait demandé, il aurait peutêtre répondu qu’il n’en savait rien. Le fondeur de boutons interrompt la berceuse de Solvejg pour dire qu’il attend au dernier carrefour. Et une conclusion ainsi laissée en suspens devait plaire à Ibsen. La question ne lui a pas été posée. Son traducteur allemand Ludvig Passarge estimait que le chant de Solvejg signifiait symboliquement la mort, et l’a dit à Ibsen, qui le lui a confirmé *. Mais nul choeur mystique n’accueillera l’âme morte, ni aucune voix d’en haut n’a prononcé un jugement avant sa mort, comme dans Brand. On peut seulement dire, avec H. Logeman, que Peer Gynt, après avoir joué toute sa vie à être lui-même, y est enfin parvenu, au moment de mourir, par son union avec Solvejg.

1 Tome VII, p, 316.

2 Rapporté par Passarge dans la préface à la seconde édition de sa traduction de Per Gynt et cité ici d'après H. Logeman (p. 363), dont je me suis très librement, mais beaucoup servi dans ce dernier alinéa.

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