HISTOIRE DE L^ŒUVRE RUPTURE ENTRE IBSEN ET BJORNSON
Aussitôt reçus les deux derniers actes envoyés de Sorrente, le i8 octobre, Hegel se dépêcha de publier le nouveau drame, qui se trouva paraître le 14 novembre, jour anniversaire à la fois de la mort d’Oehlenschlæger et de la publication du Crépuscule de la Norvège de Welhaven. Peer Gynt était justement le contrepied de l’Aladdin d’Oehlenschlæger, pour qui le rêve se transforme merveilleusement en heureuse réalité, et Ibsen, en consommant sa rupture avec le romantisme national, prévoyait plutôt pour la Norvège un crépuscule du soir, et non du matin, comme Welhaven. Il avait sans doute pensé, au cours de l’écriture de son drame, à ces deux auteurs dont il s’était souvent inspiré autrefois, qu’il admirait toujours, et dont il s’écartait si nettement.
En envoyant ses deux derniers actes, il écrivait à Hegel : « Je suis curieux de savoir comment le livre va être reçu ; mais je ne suis pas inquiet, il est écrit avec mûre réflexion » Il eut, en effet, tout lieu d’être satisfait. A peine rentré chez lui à Rome ^ peu après la mi-novembre, une lettre de l’éditeur lui
* Brevet I, p. 314.
^ Halvdan Koht {Henrik Ibsen, II, p. 51) dit qu’il a changé de demeure. Pourtant, de Sorrente, le 16 octobre, il avait écrit au consul Bravo pour le prier