LE VKAI PEER GYNT
plutôt que de rechercher T histoire ancienne, et d'être ainsi plus « poètes du peuple » *. Un poème de Grimstad paraît même directement inspiré par cette préface Et Ibsen a aussi lu et relu les contes populaires publiés par P. Chr. Asbjôrnsen et Jôrgen Moe successivement depuis 1842, et notamment le second recueil de Contes de houldres et légendes 'Populaires de Norvège, publiés en 1848 par Asbjôrnsen seul, et où étaient racontées les aventures de Peer Gynt. Son attention avait de nouveau été attirée sur ce personnage lors de son excursion de 1862. Il avait traversé la région dans laquelle les paysans conservaient encore le souvenir de ce fameux hâbleur, et il en avait entendu parler. Il a écrit :
Si cela peut vous intéresser de le savoir, Peer Gynt est un personnage réel, qui a vécu dans le Gudbrandsdal, probablement à la lin du siècle dernier ou au commencement de celui-ci. Son nom est encore bien connu parmi le peuple là-haut, mais sur scs exploits on n'en sait guère plus que ce qui se trouve dans les Contes de houldres norvégiens d'Asbjôrnsen (dans le morceau « Tableaux du haut fjeld »). Ce n’est donc pas beaucoup que j'ai eu, sur quoi bâtir mon poème, mais cela m'a laissé une liberté d'autant plus grande
Ibsen était seulement passé dans la vallée, tandis que Peer Gynt avait vécu plus haut dans la montagne. Asbjôrnsen n'avait d’ailleurs pas recherché non plus l’histoire du vrai Peer Gynt, et s’était laissé dire qu’il était d’une commune, alors qu’il était de la commune voisine. Peu à peu la renommée qu’Ibsen a procurée au personnage a provoqué les recherches, et l’on hésite aujourd’hui, entre Per Haagaa, mort en 1785, et Per Laurissen, également de Haagaa, mort en 1665
Mais le vrai Peer Gynt importe assez peu ici. C’est le récit
^ Andréas Paye, Norske sagn, 1833, p. v.
2 Tome I, p. 131.
Lettre du 8 août 1867 à Hegel, Brève, I, p. 151.
* Voir Paal Kluften, dans Edda, XXX, et Ivar Kleiven, Gamal Bofidekitiiur i Gudbrandsdalen, p, 325.
ŒUVRES d'iTALIE
d’Asbjôrnseii qui a servi à Ibsen, et on le trouvera dans l'appendice à la fin du volume. Le héros de cette histoire est simplement un grand pourfendeur de trolds. Il est vrai que la plupart de ses exploits n’ont pas de témoins, et ne sont donc connus que parce qu'il s'en est vanté. C'est cet aspect de Peer Gynt, sorte de Tartarin norvégien, tel que l'avait décrit Asbjornsen, qu'Ibsen a voulu mettre en évidence. Et, bien entendu, il comptait mettre à contribution bien d'autres contes d'Asbjôrnsen et de Jorgea Moe, et tous ses souvenirs de folklore.
Tel était le point de départ. L’œuvre devait être gaie, amusante, pleine de mouvement, farcie de folklore, et en même temps elle devait être ironique et donner du peuple norvégien une image peu flatteuse. Cela convenait admirablement aux dispositions présentes d’Ibsen, qui avait, dans l'ordre strictement personnel, toutes raisons d'être de bonne humeur, et l'était en effet, et qui pourtant conservait l'animosité contre la Norvège qui lui avait inspiré Brand.
Les contes et chants populaires et les sagas constituaient les deux faces du romantisme national qu'Ibsen avait cultivé. On a vu qu'il avait progressivement rejeté la saga, et irrévocablement condamné dans son introduction au « Brand épique » la tendance des Norvégiens à s’admirer au souvenir des ancêtres. Demeurait-il donc romantique par sa manière d’utiliser le folklore? Pas davantage. Sur ce point comme sur l’autre sa pensée avait complètement évolué. Le folklore où se complait le romantisme national est sentimental et « poétique » au sens banal du mot. Il pouvait aussi être compris avec un esprit réaliste, et Ibsen s'était moqué de bonne heure de l'interprétation sentimentale et mystique, et lui avait opposé dès 1851 un réalisme assez élémentaire dans son poème « L'enfant dans la noue aux myrtilles * ». Sa comédie Le Soir de la Saint