STRINDBERG
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peu à peu à voir dans les essais de « ménages de camarades » un moyen imaginé par l’astuce féminine pour asservir l'homme. Et c’est dans Mariés , douze histoires de mariage avec interview et préface (1884), et dans Mariés , dix-huit histoires de mariage avec préface (1885) que s’affirme de plus en plus la fureur misogyne du grand écrivain suédois. Ce sont des histoires express, très réalistes, la plupart sans aucune espèce d’intrigue, une collection de « cas » très divers, où tout, généralement, tourne mal, par la faute de la femme paresseuse, égoïste et tyrannique, défauts dont elle est d’ailleurs victime autant que l’homme. Le premier de ces contes, « La récompense de la vertu », vise les idées de Bjornson qui voulait exiger la chasteté des hommes jusqu’au mariage (Un gant , 1883). Mais le thème le plus fréquent est le ménage de camarades, plus ou moins longtemps heureux, et qui tourne mal, parce que la femme s’ennuie ou parce qu’elle veut dominer : c’est le cas personnel de Strindberg, tel qu’il l’interprète, et présenté de façon à rendre ridicule ou odieuse la Nora d’Ibsen. L’avant-dernier conte du premier recueil est même intitulé « Maison de poupée», mais celui-là, par exception, finit bien. Et ce qu’il y a peut-être de plus intéressant, ce sont les préfaces des deux recueils. La première contient une critique du drame d’Ibsen, qui est un plaidoyer en faveur de Helmer et au détriment de Nora. Strindberg va jusqu’à dire, à propos de la scène où Nora voudrait demander de l’argent au docteur Rank : « Autant que je peux comprendre, Nora s’offre — contre argent comptant1. » Et il oublie que Nora renonce à rien lui demander, lorsque Rank déclare son amour. L’habileté de plume de Strindberg a beau être grande, son aveuglement et son parti pris apparaissent avec évidence, surtout dans son analyse de la scène finale, en sorte que sa critique, comme telle, est d’un médiocre intérêt.
Mais ses deux recueils ont eu, dans les pays Scandinaves, un
1 Aug. Strindberg, Samlade S kr if ter XIV, p. 14.
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grand retentissement. Les gens qui admiraient à la fois Ibsen et Strindberg furent tout désorientés, le naturalisme entra décidément dans la littérature Scandinave, et la misogynie pathologique de Strindberg s’aggrava encore dans Le plaidoyer d’un fou, qu’il écrivit en français. Ibsen lut Mariés, et s’en amusa. Il acheta un grand portrait de Strindberg, qu’il plaça dans son cabinet de travail, et il le montrait à ses visiteurs en disant : « N’est-ce pas qu’il est bien fou? »
MAISON DE POUPÉE